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	<title>LES PERIPHERIQUES VOUS PARLENT</title>
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		<title>L'enseignement dans les domaines artistiques et litt&#233;raires </title>
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		<dc:date>2004-02-17T13:58:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine CLAUDE</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;crivain Catherine CLAUDE r&#233;pond ici &#224; notre texte :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Et si l'art avait pour objectif de rendre cr&#233;ateur celui &#224; qui il s'adresse ?&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 2&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;crivain Catherine CLAUDE r&#233;pond ici &#224; notre texte :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Et si l'art avait pour objectif de rendre cr&#233;ateur celui &#224; qui il s'adresse ?&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si un enseignement implique un jeu d'interaction entre professeurs et &#233;tudiants, c'est bien dans le domaine des arts et de la litt&#233;rature (&#171; expression artistique &#187; du livre). Dans celui des sciences, le professeur doit retransmettre les savoir acquis et v&#233;rifi&#233;s dans les disciplines de sa comp&#233;tence. Dans celui des arts et de la litt&#233;rature, la notion de savoir et surtout celle de V&#233;rit&#233; s'effilochent. Aucune &#339;uvre artistique n'a jamais pr&#233;tendu &#233;noncer une v&#233;rit&#233;, ni plusieurs. Aucune n'a de signification r&#233;ductible &#224; des messages que l'auteur aurait voulu transmettre. L'auteur ne veut dire que ce qu'il &#233;crit (dans une &#171; &#233;criture &#187; litt&#233;raire, musicale, cin&#233;matographique, picturale), qui se d&#233;multiplie dans un jeu de connotations infinies qui &#233;chappe &#224; lui-m&#234;me, mais qui laisse entre elles l'espace pour une infinit&#233; de lectures. Et la vie d'une &#339;uvre commence dans le jeu de ses rencontres avec ce qu'on peut appeler exp&#233;ditivement le &#171; public &#187; qui d&#233;couvre le sens d&#233;multipli&#233; que l'auteur lui-m&#234;me ignorait. Ceci explique la long&#233;vit&#233; de certaines &#339;uvres. Celle de Sophocle par exemple, enracin&#233;e dans l'actualit&#233; de la Gr&#232;ce du V&#232;me si&#232;cle (avant J.C.), et qui d&#233;voile 25 si&#232;cles plus tard son actualit&#233; &#224; de nouvelles g&#233;n&#233;rations de lecteurs-spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un professeur donne son interpr&#233;tation en terme de v&#233;rit&#233;, il interpr&#232;te ce qui n'est pas interpr&#233;table. Toute lecture a sa &#171; valeur &#187; propre, celle de l'&#233;tudiant comme celle du professeur qui, tout au plus, peut situer l'&#339;uvre dans son contexte pour en faciliter l'approche. On observe m&#234;me que les enfants qui n'ont pas encore &#233;t&#233; fortement model&#233;s par l'enseignement, font des &#171; d&#233;couvertes &#187; qui ont &#233;chapp&#233; &#224; l'instituteur - et qui &#233;patent l'auteur (s'il en a connaissance)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'en dis ne rel&#232;ve pas de ma seule jugeote. &#192; propos de la litt&#233;rature appartenant &#224; son domaine propre, l'Union des &#233;crivains a proc&#233;d&#233; en 1982 &#224; une analyse qui a d&#233;gag&#233; notamment que l'enseignement litt&#233;raire, de l'&#233;cole &#224; l'universit&#233;, &#233;quivalait souvent &#224; un assassinat de nature &#224; &#233;c&#339;urer &#224; jamais les &#233;tudiants... Le programme d&#233;coulant de cette analyse sur ce chapitre, a d&#233;bouch&#233; sur des &#171; ateliers d'&#233;criture &#187; qui ont &#233;t&#233; des r&#233;v&#233;lateurs de la cr&#233;ativit&#233; des participants, stimul&#233;e par une pratique lib&#233;r&#233;e des m&#233;thodes de l'enseignement - &#224; la plus grande satisfaction des ma&#238;tres. En effet, la transmission des connaissances qui est du r&#244;le des enseignants, peut &#234;tre compl&#233;t&#233;e par une approche de nature diff&#233;rente, et individualis&#233;e, sans empi&#233;ter sur ce r&#244;le. Ainsi, la fonction cr&#233;ative de l'art prendrait-elle tout son sens en stimulant la cr&#233;ativit&#233; dans une soci&#233;t&#233; qui en a un besoin urgent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ceux qui disent que &#231;a vous passera... </title>
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		<dc:date>2003-01-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine CLAUDE</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'histoire ne recommence jamais exactement selon les formes pr&#233;c&#233;dentes. Mais ce qui reste toujours vrai, &#224; travers toute l'histoire humaine, c'est le choix entre la peur qui engendre la r&#233;signation, et le refus de la r&#233;signation qui devient un moteur pour trouver des solutions l&#224; o&#249; ceux qui se r&#233;signent n'en trouvent pas.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 1&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'histoire ne recommence jamais exactement selon les formes pr&#233;c&#233;dentes. Mais ce qui reste toujours vrai, &#224; travers toute l'histoire humaine, c'est le choix entre la peur qui engendre la r&#233;signation, et le refus de la r&#233;signation qui devient un moteur pour trouver des solutions l&#224; o&#249; ceux qui se r&#233;signent n'en trouvent pas.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ceux qui vous disent que &#231;a vous passera, c'est que &#231;a leur est arriv&#233; : de croire que sans &#234;tre un puissant de ce monde, on peut intervenir dans son histoire. Il y a beaucoup de gens &#224; qui &#231;a n'est jamais arriv&#233;. Le plus grand nombre, parce qu'ils ont &#233;t&#233; pris par la n&#233;cessit&#233; dite avec tant de force par l'expression populaire gagner sa vie. N'avoir de vie que juste ce qu'il faut pour &#234;tre oblig&#233; de la gagner pour la conserver. Trimer, manger, dormir, juste pour avoir la force de continuer, et m&#234;me pas d'espace pour la col&#232;re d'&#234;tre dans une vie comme &#231;a. C'est le destin ordinaire d'une proportion fantastique de la population plan&#233;taire, et de ceux qui dans nos pays passent les huit dixi&#232;mes de leur vie &#224; la gagner en travaillant comme des robots et en se refaisant des forces pour continuer jusqu'&#224; ce que la retraite les prenne de court, &#224; ne savoir que faire de ce bout de vie en rab, quand, dans la force de l'&#226;ge ils n'ont appris qu'&#224; la gagner, leur vie qui n'est pas plus qu'une survie. Ceux-l&#224;, c'est sans commentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains qui la gagnent largement, leur vie, ont converti ce qui rel&#232;ve de cette tr&#232;s ancienne n&#233;cessit&#233; en app&#233;tit de pouvoir. &#201;videmment ce sont les plus forcen&#233;s &#224; conqu&#233;rir ce pouvoir, qui tr&#244;nent aux plus hauts sommets des estrades o&#249; ils d&#233;cident du destin des populations plan&#233;taires. On les voit causer de ces destins sur les &#233;crans de t&#233;l&#233;, si convaincus de leur efficience qu'ils ne s'aper&#231;oivent m&#234;me pas, pour la plupart, qu'ils d&#233;voilent leur impuissance &#224; r&#233;soudre les probl&#232;mes relevant de leur comp&#233;tence pr&#233;sum&#233;e que m&#234;me, ils n'ont pas pr&#233;vus. On est sid&#233;r&#233; par leur manque d'imagination Qu'ils se trompent &#224; chaque coup, n'a rien d'&#233;tonnant. Ni que certains repr&#233;sentants des plus hautes instances de l'&#201;tat d&#233;clarent, tranquilles, &#224; propos du ch&#244;mage par exemple : &#171; il n'y a pas de solution &#187;. M&#234;me s'ils ajoutent : &#171; il faut continuer &#224; chercher &#187; alors qu'ils savent qu'ils ne les trouveront pas, les solutions : c'est comme &#231;a, c'est bien triste mais il faut s'y r&#233;signer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on le dise avec des mots savants ou d'autres, l'esp&#232;ce humaine s'est distingu&#233;e des esp&#232;ces animales en ne se r&#233;signant pas, jamais, et ce fut &#224; travers les mill&#233;naires un long apprentissage que les g&#233;n&#233;rations ant&#233;rieures nous ont l&#233;gu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre nous, je vous trouve un peu injustes &#224; l'&#233;gard de ceux qui en 68 ont oppos&#233; un refus &#224; la r&#233;signation, m&#234;me s'ils ont rat&#233; leur cible en s'inspirant de vieux mod&#232;les, et bien que moi aussi, qui suis de la cuv&#233;e pr&#233;c&#233;dente, ils m'aient souvent agac&#233;e. Les r&#234;ves de leurs vingt ans, ils ont mis un mouchoir dessus, mais cela ne signifie pas que sous le mouchoir, ils n'en conservent pas des petits bouts, comme des braises qui couvent sous la cendre. Quand ils vous disent que &#231;a vous passera, peut-&#234;tre esp&#232;rent-ils que &#231;a ne vous passera pas. M&#234;me s'ils vous en parlent comme d'une maladie infantile. Ou : il faut que jeunesse se passe. Quelle dr&#244;le d'id&#233;e de tenir qu'avec l'&#226;ge, il faut accepter de renoncer. Que la bonne sant&#233;, c'est le renoncement. Ils disent aussi qu'ils en sont revenus. Pour arriver o&#249; ? Pour faire quoi ? Bonne question &#224; leur poser : ah bon ! &#199;a vous est pass&#233;, vous &#234;tes gu&#233;ris, alors &#231;a va ? Vous vous sentez mieux dans votre peau ? Ce peut &#234;tre un moyen d'engager le dialogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon toute occurrence, dans un premier temps ce dialogue bifurquera. Les illusions perdues. Pour ce que &#231;a a servi. Vous laissez courir. Il y aura bien un moment o&#249; surgira comme un n&#233;nuphar des eaux croupies d'une mare, les souvenirs du temps o&#249; &#231;a tenait au ventre votre interlocuteur. Peut-&#234;tre dira-t-il quelque chose comme : bon, c'&#233;tait une aventure... Sous-entendu : qui a mal tourn&#233;. Ne laissez surtout pas passer cela : bien qu'il soit galvaud&#233;, le mot aventure est un tr&#232;s beau mot. L'aventure, c'est ce qui advient quand on s'embarque vers l'inconnu. Toute aventure au sens o&#249; je l'entends est un apprentissage. Il arrive toujours quelque chose quand on part en aventure, ne serait-ce que la d&#233;couverte de ses propres possibles. Et ce n'est pas parce qu'une aventure a mal tourn&#233; que d'autres ne se profilent pas &#224; l'horizon, pour ceux qui se sont d&#233;barrass&#233;s de l'id&#233;e qu'ils ont une seule vie, allant de son d&#233;but &#224; sa fin comme une rivi&#232;re de sa source &#224; son embouchure. Chacun d'entre nous a des quantit&#233;s de vies qu'il d&#233;couvre, un peu comme en montagne des paysages nouveaux apr&#232;s ceux qu'on laisse derri&#232;re soi. L'aventure est toujours l&#224; pour ceux &#224; qui &#231;a n'est pas pass&#233; en d&#233;pit des &#233;checs qu'ils ont enregistr&#233;s. Ils se sentent pousser des ailes &#224; l'id&#233;e de prendre un nouveau d&#233;part, en se donnant d'autres atouts pour ne pas &#233;chouer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui peut dire que la vie a un but, tant que la mort, &#224; son heure, viendra pour interdire &#224; quiconque d'atteindre quelque but que se soit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le mouvement, la travers&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;C'est un peu ce qui m'est arriv&#233; quand j'ai lu le num&#233;ro 0 des P&#233;riph&#233;riques. Dans ma lettre envoy&#233;e au journal en mai dernier, je n'ai pas employ&#233; au hasard le mot bonheur que j'ai rarement l'occasion d'utiliser dans son sens fort. Je n'ai compris qu'apr&#232;s coup ce que signifiait l'autre mot de rel&#232;ve, venu au fil de mes doigts courant sur le clavier. Quelque chose qui pourrait se traduire par : enfin. Il me semble maintenant que depuis des dizaines d'ann&#233;es j'attendais cela : la rel&#232;ve de ceux qui affrontent leur destin en mettant dans leur jeu toutes les chances pour en &#234;tre des acteurs efficaces. Il suffit presque de le vouloir et d&#233;j&#224; ils sont dans le bonheur d'&#234;tre pleinement humain parce que &#234;tre humain, c'est cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai appris il y a cinquante ans, et je ne l'ai jamais oubli&#233;. &#199;a ne m'est pas pass&#233;. Peut-&#234;tre parce que ce n'&#233;tait pas un r&#234;ve, mais l'affrontement d'une r&#233;alit&#233; de l'&#233;poque, pas tellement diff&#233;rente tout compte fait, de celle qui semble bloquer toute perspective d'avenir aujourd'hui. Apparemment plus dramatique. Bien plus simple. Pour le fond, de m&#234;me nature. Et maintenant, oubliez tout ce que vous avez lu sur la R&#233;sistance avec un grand R, et surtout que les r&#233;sistants &#233;taient des h&#233;ros. C'est un mot qui ne veut rien dire, en tout cas pour aucun de ceux que j'ai connus. &#192; cette &#233;poque, comme pour vous aujourd'hui, c'&#233;tait un choix entre la r&#233;signation et la col&#232;re contre l'intol&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la R&#233;sistance en France, a &#233;t&#233; fauss&#233;e par le r&#244;le des forces arm&#233;es alli&#233;es, ce qui a permis de laisser supposer que sans elles, elle n'aurait pas pes&#233; lourd, la R&#233;sistance. Elle l'a &#233;t&#233; aussi par la repr&#233;sentation h&#233;ro&#239;que de ceux qui y ont particip&#233;, qui me rebrousse le poil. Elle masque qu'ils &#233;taient des gens ordinaires, pas particuli&#232;rement courageux mais dont la col&#232;re a &#233;t&#233; plus forte que la peur. C'&#233;taient des gens qui, simplement, ont cru que, en d&#233;pit de leur petit nombre et de l'&#233;crasante force des allemands, ils pouvaient gagner. Et si les forces militaires alli&#233;es n'avaient pas emport&#233; le morceau en Europe, ils y auraient mis le prix mais ils n'auraient pas l&#226;ch&#233;, comme depuis cinquante ans, on le voit partout dans le monde, o&#249; les forces militaires les plus colossales ont &#233;t&#233; mises en d&#233;route par des petits bonshommes et des petites bonnes femmes de rien du tout, qui avaient d&#233;cid&#233; d'&#234;tre les acteurs de leur destin. Ce que j'ai appris pour le reste de ma vie, c'est qu'en d&#233;pit de toute raison raisonnable, l'obstination et l'imagination de petits groupes cr&#233;ant des effets de boule de neige, peuvent l'emporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, personne ne nous disait que &#231;a nous passerait. C'&#233;tait selon : ou bien nous &#233;tions des bandits, ou bien des inconscients qui n'avaient pas compris qu'il n'y avait qu'&#224; se r&#233;signer : se r&#233;signer &#224; l'ordre nazi qui pr&#233;voyait notamment l'&#233;limination pure et simple de peuples entiers qui, selon les crit&#232;res nazis, souillaient l'humanit&#233;, et qui s'y employait avec une rigoureuse m&#233;thode. Il y avait aussi la variante du p&#233;ril que nous repr&#233;sentions pour les innocents. Je me suis toujours demand&#233;e ce que voulait dire le mot innocent, &#224; une &#233;poque o&#249; sont morts cinquante-cinq millions d'humains dont on peut estimer que 95 % l'&#233;taient, innocents. Faute de t&#233;l&#233;, c'&#233;tait ce que d&#233;veloppaient &#224; la radio et aux actualit&#233;s projet&#233;es dans les cin&#233;mas, les messieurs qui acceptaient impavidement de livrer &#224; la Gestapo des cargaisons d'ind&#233;sirables en se pr&#233;valant des bont&#233;s particuli&#232;res que leur soumission vaudrait aux fran&#231;ais. C'est ce qu'on appelait le vichysme. Bien entendu, il y avait ceux qui adh&#233;raient aux principes nazis, mais pour l'essentiel, le vichysme, c'&#233;tait la r&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, les r&#233;sistants sont rentr&#233;s chez eux, ceux qui avaient surv&#233;cu. On a pass&#233; tout &#231;a &#224; la moulinette et de nouvelles augures ont entonn&#233; une nouvelle antienne, celle du progr&#232;s des techniques qui allait apporter &#224; tout le monde, tout et le reste. Cela aurait pu &#234;tre vrai si les messieurs et quelques dames qui avaient endoss&#233; le r&#244;le de d&#233;cideurs, ne s'&#233;taient pas d&#233;brouill&#233; pour que ces progr&#232;s pris en compte selon les vieilles recettes qui ne marchaient plus, conduisent tout droit &#224; la crise actuelle. Passons sur l'aveuglement des futurologues ne s'avisant pas que des pans entiers de la client&#232;le de l'Occident devenaient concurrentiels et sur quelques bagatelles dans la m&#234;me logique aveugle : prime aux sp&#233;culateurs, champs mis en jach&#232;re dans le continent occidental entour&#233; d'un oc&#233;an de mis&#232;re, le tout d&#233;bouchant sur les g&#226;chis actuels, pour lesquels para&#238; t-il, il n'y a pas de solution. M&#234;me un lyc&#233;en sait que pour r&#233;soudre un probl&#232;me, il faut poser correctement les questions et que les math&#233;matiques n'ont avanc&#233; que comme &#231;a : en posant autrement les questions d'un probl&#232;me r&#233;put&#233; insoluble. Ce qu'essayent de faire les P&#233;riph&#233;riques s'attaquant &#224; ce sac de n&#339;uds. Mais ne passons pas sur le mythe de la S&#233;curit&#233; d&#233;velopp&#233; parall&#232;lement, avec &#224; la clef des populations d'assist&#233;s qui, naturellement, sombrent dans la panique quand l'&#201;tat Providence ne tient pas ses contrats. Il y a cinquante ans, c'&#233;tait d&#233;j&#224; le leurre d'une s&#233;curit&#233; relative obtenue en acceptant les renoncements les plus ignobles qui annihilaient les forces pour riposter &#224; la menace nazie. Il est vrai qu'alors, cette menace &#233;tait visible, l'ennemi circonscrit. Actuellement les menaces r&#233;elles qui sont d&#233;j&#224; l&#224;, se redoublent de la peur qu'elles inspirent. La peur ne se discute pas. On a peur ou non, ce n'est pas affaire de d&#233;cision. Mais la peur obture toute chance de trouver une solution &#224; ce qui la provoque, et ceux qui la subissent sont d&#233;poss&#233;d&#233;s d'un essentiel humain qui d&#233;cide de leur libert&#233;. Il y a cinquante ans, pour ceux dont la col&#232;re a &#233;t&#233; plus forte que la peur, ce fut une exp&#233;rience inoubliable : &#233;chapper &#224; la peur et &#224; la honte de soi qu'elle engendre c'est d&#233;j&#224; devenir acteur de son destin. C'est la libert&#233;, v&#233;cue existentiellement. C'est pour cela que ceux qui ont &#233;t&#233; fusill&#233;s apr&#232;s avoir &#233;t&#233; tortur&#233;s sont morts en chantant. Ceux qui ont laiss&#233; une trace de leur dernier moment n'ont exprim&#233; aucun regret. Car, le sachant ou ne le sachant pas, ils avaient atteint leur plus grande dimension dans cette aventure qui fut aussi une histoire d'amour, dans la solidarit&#233; que chacun avait avec tous ceux qui se battaient pour que triomphe la vie. Pour en finir avec les turpitudes qui empuantissent notre monde depuis presque toujours et qui, &#224; ce moment-l&#224;, comme aujourd'hui, avaient pris des formes plus exacerb&#233;es. Aussi, pour ceux qui comme moi ont eu la chance de survivre, &#233;tait-ce grande piti&#233; de voir nos enfants et nos petits-enfants d&#233;sapprendre ce que nous avions su dans ce temps-l&#224;, dans l'abondance des biens, pay&#233;e au prix fort de la d&#233;perdition de valeurs humaines essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA PERPLEXIT&#201; DE DIEU&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Or malheureuses, les b&#234;tes se mangent entre elles et les dieux cruels condamnent les mortels &#224; la mort.&#034; (Serres, Pr&#233;face &#224; Les arbres de connaissances)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Dieu est immortel, alors il ignore ce qu'est la mort. Il ne sait pas que les hommes meurent. Il s'&#233;tonne de les voir dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'&#233;tonne qu'on les enterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vont-ils chercher au fond de la terre ? se demande Dieu. Il s'&#233;tonne encore plus qu'on les br&#251;le. O&#249; partent-ils en fum&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu ignore la mort, c'est pourquoi les hommes le fascinent. C'est pourquoi, il les maintient en vie. Pour les observer, pour comprendre ce qu'ils vont chercher dans la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUEL EST LEUR SECRET ? &lt;br class='autobr' /&gt;
se demande Dieu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Si, finalement, en cela, nous avons &#233;t&#233; vaincus, c'est que nous &#233;tions emp&#234;tr&#233;s dans des id&#233;ologies, des mod&#232;les du pass&#233;. Si obnubil&#233;s par le monstre nazi, que lorsqu'il a &#233;t&#233; vaincu, nous avons mis du temps &#224; nous apercevoir qu'il renaissait partout, sous des formes tr&#232;s proches ou diff&#233;rentes. Que d'autres mod&#232;les devaient &#234;tre invent&#233;s en faisant appel &#224; toutes les ressources de l'intelligence, un objectif tout de m&#234;me plus satisfaisant que celui qui cinquante ans plus t&#244;t, ne laissait d'autre alternative &#224; ceux qui ne se r&#233;signaient pas que mourir ou tuer, alors qu'ils n'&#233;taient pas des assassins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire ne recommence jamais exactement selon les formes pr&#233;c&#233;dentes. Mais ce qui reste toujours vrai, &#224; travers toute l'histoire humaine, c'est le choix entre la peur qui engendre la r&#233;signation, et le refus de la r&#233;signation qui devient un moteur pour trouver des solutions l&#224; o&#249; ceux qui se r&#233;signent n'en trouvent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que le plus important du message des P&#233;riph&#233;riques tient &#224; la lucidit&#233; de l'analyse qui conclut &#224; la n&#233;cessit&#233; d'affronter l'instabilit&#233;, dans un monde en pleine turbulence. &#192; y regarder d'un peu pr&#232;s, cette instabilit&#233; qui implique l'impr&#233;visible, et qui implique d'apprendre &#224; lui faire face, en r&#233;-inventant constamment des ripostes, est une donn&#233;e de toute l'histoire humaine, que nos soci&#233;t&#233;s satisfaites de leurs prouesses ont oubli&#233;e. C'est m&#234;me le plus beau de cette histoire des humains acc&#233;dant &#224; leur statut d'homme en affrontant les &#171; impr&#233;visibles &#187; qui ont jalonn&#233; leur parcours. Quelle prodigieuse aventure masqu&#233;e par les manuels racontant l'Histoire comme si ce qui a eu lieu ne pouvait avoir eu lieu que comme &#231;a, exception faite pour les brillants capitaines se taillant des empires par des massacres, et sans laisser voir que les p&#233;riodes de crise aigu&#235; sont propices &#224; l'enfantement de l'avenir. Ainsi, pour la civilisation occidentale, le tournant pris au 16&#232;me si&#232;cle en moins de vingt ans, qui a d&#233;cid&#233; de plus de quatre si&#232;cles de son histoire. La nouvelle &#233;ch&#233;ance dont tout le monde sent bien qu'elle se dessine l&#224;, aujourd'hui, et qui exige cette fois la plus extr&#234;me vigilance de l'intelligence et de l'imagination pour d&#233;nouer les n&#339;uds embrouill&#233;s par des d&#233;cideurs fon&#231;ant aveugl&#233;ment sans avoir apparemment compris que le prodigieux bond en avant des techniques exigeait une refonte radicale des structures sociales et des mentalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas besoin d'&#234;tre &#233;conomiste ou sociologue (peut-&#234;tre est-il m&#234;me pr&#233;f&#233;rable de ne pas l'&#234;tre) pour comprendre qu'on ne ravaude pas un tissu us&#233; jusqu'&#224; la corde. Tout est &#224; r&#233;-inventer, tout. Cela prendra du temps, et cela exige une mobilisation de toutes les intelligences. Mais quel prodigieux enjeu pour ceux qui rel&#232;vent le d&#233;fi. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, les progr&#232;s des sciences et des techniques ouvrent effectivement sur la possibilit&#233; pour les hommes d'&#233;chapper &#224; la fatalit&#233; imprim&#233;e dans le langage par l'expression gagner sa vie. &#192; condition, &#233;videmment, de ne pas laisser les margoulins de la r&#233;signation brouiller les cartes. Un enjeu culturel puisqu'il passe par l'approche intelligente de processus &#224; r&#233;-inventer. Mais l'intelligence n'est pas l'apanage de pseudo-&#233;lites qui ont assez d&#233;montr&#233; leur impuissance pour faire d&#233;j&#224; figure de dinosaures. La culture n'est pas non plus un canton r&#233;serv&#233; &#224; des initi&#233;s s'ing&#233;niant &#224; en conserver la ma&#238;trise, et qui jouent un nivellement par le bas notamment par l'interm&#233;diaire des m&#233;dias, d&#233;poss&#233;dant ceux qui n'appartiennent pas &#224; leur caste de l'atout majeur de l'esp&#232;ce humaine tenant &#224; son intelligence cr&#233;atrice. Le d&#233;ploiement de toutes les intelligences est l'atout actuel de nos soci&#233;t&#233;s, comme la houille, le fer, l'&#233;lectricit&#233; l'ont &#233;t&#233; pour les soci&#233;t&#233;s industrielles. La culture elle aussi doit s'emparer d'h&#233;ritages qui ne se r&#233;sument pas &#224; ceux d'intelligentsias ressassant les m&#234;mes probl&#233;matiques. Elle aussi est &#224; r&#233;-inventer, notamment par ceux qui subissent de plein fouet les transformations remodelant le monde, et qui ont le choix entre les subir ou les affronter : intelligemment. &#199;a fait du travail sur la planche, et ce n'est pas pr&#232;s d'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui vous disent que &#231;a vous passera, avaient dans la t&#234;te un mod&#232;le qui g&#233;n&#233;ralement avait nom r&#233;volution. C'est fini, la r&#233;volution qui r&#232;gle tout (non sans massacres) et, une fois ses buts pr&#233;sum&#233;s atteints, se repose sur ses lauriers (pour le meilleur b&#233;n&#233;fice de ceux qui s'en emparent). Le pouvoir &#224; l'imagination de vos a&#238; n&#233;s de 68, c'&#233;tait une belle id&#233;e, &#224; condition de se donner les moyens de l'inscrire dans la r&#233;alit&#233; en ne confondant pas r&#234;ve et imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi, dans cette ann&#233;e anniversaire de celle de mes dix-huit ans, je peux regarder sans amertume les photographies ou les images laiss&#233;es dans ma m&#233;moire par ceux qui, il y a cinquante ans cherchaient cela. Oui, c'&#233;tait cela, m&#234;me s'ils ne l'avaient pas &#233;lucid&#233;. La rel&#232;ve est assur&#233;e, je peux leur sourire : &#231;a ne m'est pas pass&#233;, je repars et de nouveau j'ai vingt ans, avec l'&#233;quipe des P&#233;riph&#233;riques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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