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	<title>LES PERIPHERIQUES VOUS PARLENT</title>
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		<title> Soldats non-uniformes</title>
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		<dc:creator>Christopher YGGDRE</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faudra-t-il que nous perdions tout, ou que la mis&#232;re nous ait pouss&#233;s jusque dans nos derniers retranchements, pour qu'&#224; l'exemple des paysans gu&#233;rilleros du Chiapas, nous reprenions soudain go&#251;t au combat politique authentique, celui d'une qu&#234;te pour des buts de vie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 4&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faudra-t-il que nous perdions tout, ou que la mis&#232;re nous ait pouss&#233;s jusque dans nos derniers retranchements, pour qu'&#224; l'exemple des paysans gu&#233;rilleros du Chiapas, nous reprenions soudain go&#251;t au combat politique authentique, celui d'une qu&#234;te pour des buts de vie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Participant au d&#233;veloppement du projet des &#201;tats du Devenir, notamment &#224; travers nombreuses rencontres avec des personnes ou associations qui en sont devenues parties prenantes, je n'ai cess&#233; de chercher &#224; savoir ce &#224; quoi peut mener un tel projet. Je ne veux pas dire ce &#224; quoi il nous am&#232;nera s&#251;rement, disons que je me demande quelles perspectives peuvent &#234;tre ouvertes ou se r&#233;v&#233;ler &#224; travers une telle entreprise. C'est paradoxalement &#224; la lumi&#232;re de la sp&#233;cificit&#233; de la r&#233;volte des communaut&#233;s paysannes indiennes du Chiapas au Mexique avec l'Arm&#233;e Nationale de Lib&#233;ration Zapatiste, - ils se sont faits conna&#238;tre un 1er janvier 1994 - qu'il m'a sembl&#233; pouvoir saisir certaines de ces perspectives. Suite &#224; un documentaire diffus&#233; en mars 1995 sur Arte : &lt;i&gt;La v&#233;ridique l&#233;gende du sous-commandant Marcos&lt;/i&gt; de Tessa Brisac et Carmen Castillo, j'ai relev&#233; quelques passages des entretiens avec le sous-commandant Marcos, passeur, porte-parole de la gu&#233;rilla, qui m'ont particuli&#232;rement marqu&#233;. Le premier concerne l'approche m&#234;me de leur mouvement : &lt;i&gt;&#171; Il ne faut pas id&#233;aliser l'arm&#233;e zapatiste, sinon on n'y comprend rien. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un Mexique tout entier organis&#233; pour la zone de libre-&#233;change avec Les &#201;tats-Unis et le Canada, une fausse note est venue briser l'idylle lib&#233;rale. Sacrifi&#233;s du d&#233;veloppement &#233;conomique, condamn&#233;s &#224; dispara&#238;tre, &#224; mourir dans l'indiff&#233;rence, ces communaut&#233;s indiennes ont eu recours &#224; l'argument des armes pour se faire entendre. Plus qu'&#224; d&#233;chirer le silence, ils sont parvenus &#224; cr&#233;er une ouverture politique et culturelle dans laquelle toute une partie de la soci&#233;t&#233; mexicaine, jusqu'ici inerte, s'est engouffr&#233;e pour des revendications concernant &lt;i&gt;&#171; le travail, la terre, un toit, l'alimentation, la sant&#233;, l'&#233;ducation, l'ind&#233;pendance, la libert&#233;, la justice, la d&#233;mocratie et la paix &#187;&lt;/i&gt;. &#192; la surprise de beaucoup, de &lt;i&gt;&#171; ces mots us&#233;s &#187;&lt;/i&gt;, ils ont r&#233;ussi &#224; extraire de la vie, un combat qui tient en &#233;chec toute une classe de financiers et de politiques persuad&#233;s de la solidit&#233; et la stabilit&#233; du r&#233;gime politique et &#233;conomique qu'ils voulaient imposer &#224; tout le Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlant de ces paysans indiens &lt;i&gt;&#171; pr&#234;ts &#224; mourir pour leurs id&#233;es &#187;&lt;/i&gt; et pour leurs vies, Marcos d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; Ils sont tr&#232;s humains, et il faudrait qu'ils puissent le rester, qu'ils soient moins longtemps des soldats et plus longtemps des &#234;tres humains, m&#234;me comme soldats d'un type nouveau. C'est bon pour eux et pour cette arm&#233;e, c'est bon pour cette arm&#233;e que son but le plus &#233;lev&#233; soit de dispara&#238;tre. Et le fait de comprendre et d'assumer que nous ne sommes ici que pour un temps et que dans le meilleur des cas cette arme et cette cagoule ne seront plus n&#233;cessaires, ce n'est pas pareil que de former une arm&#233;e dont l'objectif serait de se maintenir au pouvoir. &#187;&lt;/i&gt; Quand on &#233;voque l'id&#233;e du devenir, on se heurte &#224; tous ceux qui en d&#233;pit du prix &#224; payer, il se chiffre en vies humaines, continuent &#224; maintenir l'ordre des choses. Certaines des politiques que nous subissons, aujourd'hui, se justifient d'une rationalit&#233; et d'une connaissance aigu&#235;, pour ne pas dire de &#171; sp&#233;cialistes &#187;, des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques, alors qu'&#224; l'&#233;vidence, elles ne v&#233;hiculent qu'absurdit&#233;s, ignorance et impuissance. &#192; force d'en rester aux m&#234;mes formes et au m&#234;me fond, elles ne font que prolonger ou aggraver des situations sociales et culturelles invivables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'entends le sous-commandant Marcos souligner la d&#233;fection de toute une partie de la gauche mexicaine, je me demande si le cynisme qu'il &#233;voque n'est pas aujourd'hui un masque ou plut&#244;t un pr&#233;texte pour &#233;viter toute remise en question. &lt;i&gt;&#171; On ne s'attendait pas &#224; trouver une gauche aussi cynique, dans ce pays : &#034;tant pis, tout est perdu, maintenant chacun pour soi, et sauve qui peut&#034; (...) Des gens qu'on avait vus il y a dix ans tr&#232;s radicaux, tr&#232;s r&#233;volutionnaires, tr&#232;s engag&#233;s, on les a retrouv&#233;s en fans du n&#233;olib&#233;ralisme. Pour nous, &#231;a &#233;t&#233; tr&#232;s dur, dur &#224; comprendre, pas pour la d&#233;ception personnelle, mais nous ne comprenions pas. Nous ne comprenons toujours pas ce qui s'est pass&#233; en dix ans pour que les gens qui auraient d&#251; savoir que &#231;a valait le coup de lutter aient abandonn&#233; et que ceux qui n'avaient rien &#224; gagner soient pr&#234;ts &#224; lutter. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les journaux pour une fois furent peu bavards. lls se content&#232;rent de rapporter les &#171; faits &#187; de ce jeune meurtrier de vinqt-cinq ans qui, avant d'assassiner deux hommes, commen&#231;a par d&#233;capiter des pigeons. Il mettait les t&#234;tes de ces pigeons dans un bouteille o&#249; il les laissait pourrir, puis il respirait les effluves de la mort au goulot, cette sacr&#233;e odeur de la mort qui l'enivrait et qui dut lui composer un go&#251;t de meurtre dans la bouche. La vie est belle. &#192; son proc&#232;s il avoua avoir d&#233;capit&#233; une de ses victimes humaines apr&#232;s l'avoir tu&#233;. Il garda la t&#234;te avec lui quelques jours, lui parlait, s'excusait de son geste et lui fit une conversation macabre sur la vie et sur sa destin&#233;e. Cette dangerosit&#233; pathologique, dont la justice ne sut tr&#232;s bien parler, &#224; vrai dire cette dangerosit&#233; de la jeunesse abandonn&#233;e &#224; des occupations bizarres en p&#233;riode &#233;lectorale, ne fit outre mesure que quelques bruits de couloir dans le grand hall du monde affair&#233; o&#249; la vision comptable de l'existence absorbe le tumulte des d&#233;sax&#233;s. Ces crimes impr&#233;visibles n'affleurent que tr&#232;s peu &#224; la conscience de la m&#233;nag&#232;re pr&#233;occup&#233;e d'une seule chose : du maintien d'un pouvoir d'achat qui lui garantisse de vieux os. L'odeur des cadavres m&#234;l&#233;e au remugle des plans d'&#233;pargne bloqu&#233;s composent une soci&#233;t&#233; puante.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La vitalit&#233; des &#201;tats du Devenir tient &#224; la r&#233;volte qui motive ceux qui y participent. Ils ne se r&#233;voltent pas pour mieux survivre, mais d'abord pour vivre, pour l'opportunit&#233; de vivre, j'aimerais citer &#224; ce propos Georges Bataille dans La part maudite : &lt;i&gt;&#171; Les hommes assurent leur subsistance ou &#233;vitent la souffrance, non parce que ces fonctions engagent un r&#233;sultat suffisant, mais pour acc&#233;der &#224; la fonction insubordonn&#233;e de la d&#233;pense libre. &#187;&lt;/i&gt; Quoique G. Bataille l'utilise dans un tout autre sens, plut&#244;t celui du don, je ne peux m'emp&#234;cher en citant cette phrase de faire le lien avec le concept de d&#233;pense d&#233;velopp&#233; dans le n&#176; 2 des &lt;i&gt;P&#233;riph&#233;riques vous parlent&lt;/i&gt;. Bri&#232;vement &#233;voqu&#233;, la d&#233;pense, oppos&#233; &#224; la consommation, c'est penser l'usage de ce que l'on se procure. &#192; mon sens, la r&#233;volte implique aujourd'hui la d&#233;pense, et le don. R&#233;cemment un documentaire retra&#231;ait le parcours de &#171; d&#233;class&#233;s &#187;, sans domicile fixe, pr&#233;caris&#233;s qui cr&#233;aient une soci&#233;t&#233; des bas-fonds dans le seul refuge qu'ils avaient pu trouver : un tunnel de New-York ; un de ces expuls&#233;s de la soci&#233;t&#233; concluait la fin du film en d&#233;clarant que &lt;i&gt;&#171; &lt;strong&gt;le seul moyen de tout garder, c'est de tout donner&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Pour vivre dans une &#233;poque en proie aux contradictions les plus absurdes, le seul moyen de garder la vie, la dignit&#233;, l'intelligence, bref ce qui fait de nous des &#234;tres humains, c'est sans doute d'aller au bout de nos capacit&#233;s de r&#233;sistance, d'imagination pour un avenir &#224; faire, et ceci m&#234;me &#224; partir de rien, de la mis&#232;re la plus atroce. Cette r&#233;volte qui n'oublie pas le don, la possibilit&#233; du don, nous enseigne en premier lieu qu'il est impossible d'&#234;tre &#224; la fois un consommateur ignare soumis au march&#233;, incapable de mesurer les cons&#233;quences de ses actes et un r&#233;volt&#233; qui veut conqu&#233;rir un devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;voquant l'histoire de la gu&#233;rilla - ils n'&#233;taient que six &#224; l'origine - le sous-commandant Marcos raconte comment ils ont d&#251; apprendre &#224; &#233;couter les paysans indiens, parce que le langage et le contexte culturel &#233;taient diff&#233;rents des leurs. Un des &#233;l&#233;ments essentiels de la coordination pour les &#201;tats du Devenir me para&#238;t &#234;tre cette qualit&#233; de l'&#233;coute. Elle est n&#233;cessaire d&#232;s l'instant o&#249; nous nous situons dans le cadre d'un projet qui s'articule et se d&#233;veloppe &#224; partir des sp&#233;cificit&#233;s, des diff&#233;rences de chacun. Bien peu, je crois, peuvent se vanter d'avoir appris, cultiv&#233; cette qualit&#233; de l'&#233;coute qui finalement am&#232;ne &#224; comprendre que &#171; l'autre &#187; ne soit pas le responsable de ses frustrations, mais celui avec qui chacun va partager la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En famille, dans nos &#233;coles, et dans beaucoup d'autres espaces sociaux, ce qui s'apprend de fait, j'ai envie de dire &#171; de soi &#187;, c'est la couardise, la crainte de l'avenir, le &#171; en avant comme avant &#187;. Certes &#171; l'avenir n'a jamais &#233;t&#233; aussi incertain &#187;, mais justement c'est lorsque les lendemains sont inconnus qu'il nous faut apprendre &#224; l'inventer. Le r&#244;le, la responsabilit&#233; de chacun n'ont peut-&#234;tre jamais &#233;t&#233; aussi d&#233;terminants pour l'avenir. Le pire qui peut advenir, c'est notre aveuglement sur les raisons profondes de notre d&#233;sarroi, de notre ignorance face &#224; une situation radicalement nouvelle. La d&#233;b&#226;cle des certitudes, en soi, n'a rien d'effrayant, c'est l'id&#233;e que l'on se fait de cette d&#233;b&#226;cle qui nous fait peur, nous en faisons une r&#233;alit&#233; redoutable : l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; qui va faire de nous des &#233;trangers sur une terre &#233;trang&#232;re, nous poussant &#224; nous accrocher aux id&#233;es vieilles de s&#233;curit&#233;, de stabilit&#233;, d'autant que l'obsession du confort moral et mat&#233;riel, du conformisme nous pousse &#224; percevoir la pr&#233;carit&#233; de l'existence comme les effets d'une crise passag&#232;re et non comme le mouvement in&#233;luctable de l'Histoire elle-m&#234;me. Nous assistons &#224; un impressionnant retour &#224; ces valeurs qui ont fait le vichysme, le p&#233;tainisme ou autres formes politiques de la l&#226;chet&#233;, de l'abandon. N'est-ce pas ce que confirme un sondage du CCA rapport&#233; par le journal Le Monde du 20 septembre 1995 ? Il d&#233;voile que &#171; 59 % (&lt;i&gt;du public interrog&#233;&lt;/i&gt;) (contre 22 %, cinq ans plus t&#244;t) affirment partager l'opinion selon laquelle &lt;i&gt;&#171; il vaut mieux ne pas sortir des sentiers battus, suivre les r&#232;gles plut&#244;t que de montrer sa diff&#233;rence &#187;. L'heure serait plut&#244;t &#171; &#224; attendre avant d'innover &#187;&lt;/i&gt; (85 %), (...) et &#224; &lt;i&gt;&#171; encourager les &#233;trangers &#224; repartir chez eux &#187;&lt;/i&gt; (59 %). Cette sensibilit&#233; conservatrice est particuli&#232;rement nette pour ce qui concerne l'emploi f&#233;minin. En 1995, 54 % des personnes que le CCA a interrog&#233;es consid&#232;rent qu'il est pr&#233;f&#233;rable de &lt;i&gt;&#171; favoriser les femmes au foyer plut&#244;t que de favoriser leur travail &#187;&lt;/i&gt;. &#192; l'heure, o&#249; les sciences nous invitent &#224; reconsid&#233;rer totalement notre vision du monde et de l'homme, il peut sembler paradoxal qu'une majorit&#233; se replie et s'immobilise dans l'attente d'un retour du &#171; bon vieux temps &#187;. C'est une r&#233;alit&#233; qu'il ne faudra pas oublier d&#232;s lors que l'on &#233;voquera le mot &#171; r&#233;sistance &#187;. Car c'est bien ce qui s'annonce : une vague r&#233;actionnaire &#224; laquelle tous ceux qui veulent encore esp&#233;rer en leur devenir ne pourront manquer de s'opposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ose encore esp&#233;rer que ce qui bouleversera nos vies, ce ne sera pas la pr&#233;carisation et ses cort&#232;ges de populations sinistr&#233;es, mais la mobilisation de nos capacit&#233;s de proposition, d'imagination, d'initiative, pour devenir vivant, pour ne pas se laisser gagner par la m&#233;diocrit&#233;, rejet&#233; dans une difficile survie ou la folie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, je voudrais citer encore une phrase du sous-commandant Marcos, que nous pourrions faire n&#244;tre pour les &#201;tats du Devenir : &lt;i&gt;&#171; Nous ne voulons pas qu'on h&#233;rite de nous le culte de la mort. On veut laisser en h&#233;ritage le culte de la lutte. Et comme on dit ici, pour lutter, il faut &#234;tre en vie, morts on ne peut plus lutter ! &#187;&lt;/i&gt; &#201;chapper aux r&#233;alit&#233;s douloureuses du quotidien, se plonger dans la r&#233;signation, s'abandonner &#224; la mort lente, ces tentations hantent l'&#233;poque, mais cet &#233;tat d'esprit ne saura &#244;ter &#224; certains le go&#251;t de la vie. Faisons qu'ils deviennent tr&#232;s vite la majorit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Limites &#224; la comp&#233;titivit&#233; ou l'obligation de r&#233;volte </title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article320</link>
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		<dc:date>2004-01-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christopher YGGDRE, Riccardo PETTRELLA</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;La mondialisation effr&#233;n&#233;e de l'&#233;conomie est en train de se faire au prix d'un accroissement de la mis&#232;re mat&#233;rielle et culturelle d'une partie de l'humanit&#233;. La comp&#233;titivit&#233; comme seul crit&#232;re de la prosp&#233;rit&#233; s'impose. Face &#224; cette situation l'expression de la r&#233;volte &#224; l'&#233;chelon mondial ne passe-t-elle pas &#224; travers l'invention d'un nouveau contrat social mondial ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 4&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La mondialisation effr&#233;n&#233;e de l'&#233;conomie est en train de se faire au prix d'un accroissement de la mis&#232;re mat&#233;rielle et culturelle d'une partie de l'humanit&#233;. La comp&#233;titivit&#233; comme seul crit&#232;re de la prosp&#233;rit&#233; s'impose. Face &#224; cette situation l'expression de la r&#233;volte &#224; l'&#233;chelon mondial ne passe-t-elle pas &#224; travers l'invention d'un nouveau contrat social mondial ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les p&#233;riph&#233;riques : Pouvez-vous nous dire quelle est votre responsabilit&#233; au sein de la CEE, ainsi que nous pr&#233;senter le Groupe de Lisbonne, ses objectifs, et ses travaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Riccardo Petrella : Pendant quinze ans j'ai dirig&#233; le programme FAST pour la CEE, qui avait pour mission d'&#233;tudier les relations entre la science, la technologie et la soci&#233;t&#233;, et, en particulier, toutes les cons&#233;quences des d&#233;veloppements scientifiques et technologiques &#224; court et long terme sur le plan &#233;conomique et social. Sur cette base nous devions fournir aux autorit&#233;s europ&#233;ennes des &#233;l&#233;ments pour les choix des priorit&#233;s de la politique europ&#233;enne de la science et de la technologie. Cette tr&#232;s belle aventure s'est arr&#234;t&#233;e l'ann&#233;e derni&#232;re au mois de septembre. C'&#233;tait une belle aventure parce que nous, et les groupes scientifiques qui ont particip&#233; &#224; la r&#233;alisation des travaux de recherche, avions pris &#224; la lettre le mandat. Nous avons essay&#233; de voir de quelle mani&#232;re, &#224; la lumi&#232;re des analyses &#233;conomiques et sociales concernant les cons&#233;quences des avanc&#233;es technologiques, nous pouvions donner une orientation nouvelle &#224; la politique de la science et de la technologie. En r&#233;alit&#233; l'institution n'a cess&#233; de voir leur r&#244;le comme des instruments de la politique industrielle, et plus particuli&#232;rement depuis le milieu des ann&#233;es 80 comme des instruments d'am&#233;lioration de la comp&#233;titivit&#233; industrielle. C'est ainsi que les derni&#232;res ann&#233;es les contacts entre l'institution et le programme FAST sont devenus de plus en plus tendus, dans la mesure o&#249; nous disions qu'il ne fallait pas soumettre la politique de la science et de la technologie aux besoins de l'industrie, qu'il ne fallait pas les instrumentaliser au service de la comp&#233;titivit&#233; de l'entreprise europ&#233;enne. Au contraire, nous pensions que le r&#244;le de la science et de la technologie &#233;tait premi&#232;rement de faire grandir l'ingr&#233;dient socioculturel du d&#233;veloppement &#233;conomique, c'est-&#224;-dire de faire participer davantage les gens, les villes, les groupes au bien-&#234;tre et &#224; la d&#233;finition m&#234;me du d&#233;veloppement scientifique et technologique ; deuxi&#232;mement, de renforcer la coop&#233;ration entre les groupes, les nations, les cultures ; troisi&#232;mement, que la science et la technologie devaient &#234;tre orient&#233;es de mani&#232;re &#224; satisfaire les besoins de base, largement insatisfaits aujourd'hui, notamment dans les pays d&#233;velopp&#233;s o&#249; les cons&#233;quences de la crise ont fait r&#233;appara&#238;tre la pauvret&#233; ; la science et la technologie ont un r&#244;le fantastique &#224; jouer dans ce domaine. Une des grandes initiatives de l'Europe aurait d&#251; &#234;tre d'inciter les &#201;tats-Unis et le Japon - autres grands pays de la science et de la technologie - &#224; se mettre ensemble pour relever le d&#233;fi d'&#233;radiquer l'incapacit&#233; du syst&#232;me mondial actuel &#224; satisfaire les besoins de base comme l'acc&#232;s &#224; l'eau, au logement, l'alimentation, l'&#233;ducation, l'information, la libert&#233;, la d&#233;mocratie, etc. Toutes nos propositions pour une politique de la science et de la technologie &#224; finalit&#233; sociale, soit locale, soit europ&#233;enne, soit mondiale, n'ont jamais &#233;t&#233; prises en compte. En effet, l'orientation dominante commune &#224; l'Union Europ&#233;enne a &#233;t&#233;, d&#232;s 1985 avec le trait&#233; unique - qui pour la premi&#232;re fois introduit dans les trait&#233;s institutionnels de la communaut&#233; europ&#233;enne la politique de la science et de la technologie -, de voir principalement la science et la technologie comme des instruments servant &#224; l'am&#233;lioration des bases scientifiques de l'industrie europ&#233;enne et au renforcement de sa comp&#233;titivit&#233; sur les march&#233;s mondiaux. Les responsables politiques europ&#233;ens ont estim&#233; n&#233;cessaire d'arr&#234;ter les travaux de FAST en septembre 1994, car nous ne r&#233;pondions pas aux exigences et &#224; la tendance dominante. Depuis un an, on m'a nomm&#233; responsable d'une nouvelle division qui s'occupe de la recherche sociale et en particulier d'un programme sur l'exclusion sociale. Mais apr&#232;s l'arr&#234;t du programme FAST, j'ai quelques difficult&#233;s &#224; continuer de travailler dans cette institution. Pour l'instant, j'ai demand&#233; et obtenu d'&#234;tre d&#233;tach&#233; pendant un an pour enseigner &#224; l'Universit&#233; Catholique de Louvain, principalement sur la mondialisation et &#233;galement sur la soci&#233;t&#233; de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991, durant l'&#233;poque du programme FAST, j'avais pris l'initiative de cr&#233;er le Groupe de Lisbonne. Ce groupe est compos&#233; de dix-neuf personnes venant des &#201;tats-Unis, du Japon et d'Europe Occidentale, &#224; qui j'avais propos&#233; de se demander pourquoi nous acceptions aussi facilement l'utilisation massive de la science au service des objectifs des entreprises. Pourquoi devrions-nous sacrifier le r&#244;le de la science, de la connaissance, de la technologie, aux seules exigences de la lutte pour la conqu&#234;te des march&#233;s mondiaux ? Pourquoi ne concevrions-nous pas un manifeste dans lequel nous, europ&#233;ens, am&#233;ricains, japonais, ferions entendre notre d&#233;saccord ? Plusieurs personnes ont r&#233;pondu positivement. Soutenus par la fondation portugaise Gulbenkian, nous nous sommes r&#233;unis &#224; Lisbonne. Nous avons donc commenc&#233; &#224; travailler &#224; un manifeste sur les &#171; Limites &#224; la comp&#233;titivit&#233; &#187;. &#201;crit en 1992, il est maintenant traduit en plusieurs langues. Nous avons utilis&#233; la symbolique li&#233;e &#224; Lisbonne, et &#224; l'ann&#233;e 1992 : les cinq cents ans de la d&#233;couverte de l'Am&#233;rique par Christophe Colomb. Lisbonne a &#233;t&#233; une ville-phare de l'&#233;poque des Grandes Conqu&#234;tes et de la d&#233;couverte du Nouveau Monde. Nous disons qu'aujourd'hui nous voulons en finir avec l'histoire de 500 ans de conqu&#234;tes du monde par les occidentaux, de fa&#231;on &#224; faire des 500 prochaines ann&#233;es, les ann&#233;es de la solidarit&#233;, de la compr&#233;hension et de la coop&#233;ration. Il ne s'agit plus de voir le monde comme un terrain &#224; conqu&#233;rir, mais d'inventer une culture de la coop&#233;ration, au contraire de l'h&#233;g&#233;monie, pour &#233;tablir une gouvernance coop&#233;rative de la soci&#233;t&#233; plan&#233;taire. Le manifeste Limites &#224; la comp&#233;titivit&#233; a eu beaucoup d'&#233;chos aupr&#232;s de cette soci&#233;t&#233; civile qui agit &#224; travers les associations, ONG, de m&#234;me aupr&#232;s des syndicats et de ce que j'appelle, les &#233;lites &#233;clair&#233;es.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DE LA VIE EN PETITES COUPURES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ration sacrifi&#233;e. G&#233;n&#233;ration sacrifi&#233;e &#224; son propre espoir de toucher au moins un jour peut-&#234;tre son indemnit&#233; aux victimes. Le grappillage des restes, &#231;a lui donne un petit air b&#233;at dont papa et maman sont gaga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a toujours quelque part, quelque chose - au milieu des revanches, des menus fretins, des petits plaisirs que l'on se fait - quelque chose qui creuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps-l&#224;, le temps passe. Une g&#233;n&#233;ration laisse le temps passer, devenant chaque jour &#034;inapte&#034; au pr&#233;sent, inapte &#224; sa propre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vie au rabais... de la petite besogne : arriver &#224; faire tenir ensemble toutes les petites vocations, les petits personnages que l'on voudrait &#234;tre, en se gardant juste assez de bon sens pour revoir le tout &#224; la baisse au cas o&#249; le bel &#233;difice se fissurerait. Jusqu'ici aucun fl&#233;au, aucune guerre n'avait pu d&#233;truire le d&#233;sir du d&#233;sir. O&#249; est l'ennemi ?... ce que &#231;a en laisse de traces laides sur la ville, sur les visages, les accommodements, les concessions faites chaque jour &#224; la fatalit&#233;... ces visages aux bras longs, grima&#231;ants, mutil&#233;s, pour exister un court instant dans ce regard de l'autre - ce regard de l'autre qui vous regarde pour savoir si vous le regardez... Dans l'attente la jeunesse est &#034;morte-n&#233;e&#034;. Il y en aura toujours pour dire qu'ils ont fait pour le mieux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Les P.V.P. : Dans le livre Limites &#224; la comp&#233;titivit&#233;, vous rappelez l'&#233;tymologie du mot comp&#233;titivit&#233; qui vient du latin cum petere qui signifie rechercher ensemble. Ce n'est pas du tout le sens qu'on lui donne aujourd'hui, au contraire, ce mot semble traduire un processus &#233;conomique global dans lequel chaque entreprise ne peut assurer son h&#233;g&#233;monie et sa prosp&#233;rit&#233; qu'en &#233;liminant l'autre sur les march&#233;s mondiaux. Cette acception du terme comp&#233;titivit&#233; pour justifier le bien-fond&#233; de la guerre &#233;conomique comme expression naturelle des &#233;changes sur le march&#233; ne risque-t-elle pas &#224; terme de cr&#233;er plus de d&#233;g&#226;ts et de nuisances que de richesse, et bien s&#251;r, en premier lieu au plan social ? En opposition &#224; ce point de vue, quelles autres consid&#233;rations pourriez-vous avancer en accord avec le sens &#233;tymologique rechercher ensemble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R.P. : Ce n'est pas &#224; terme que la comp&#233;titivit&#233; tous azimuts, selon le principe &#171; tuer ou &#234;tre tu&#233; &#187;, va faire des d&#233;g&#226;ts ; elle a d&#232;s maintenant des cons&#233;quences d&#233;vastatrices au plan social, politique, culturel sur les conditions de vie de centaines de millions de personnes. L'imp&#233;ratif de comp&#233;titivit&#233; est aussi au centre du fameux Livre Blanc de la Commission Europ&#233;enne, Croissance, Comp&#233;titivit&#233;, Emploi, inspir&#233; par le pr&#233;sident Delors. D'apr&#232;s ce Livre Blanc, la comp&#233;titivit&#233; est &#224; la charni&#232;re de la croissance et de l'emploi, que seule une am&#233;lioration de la comp&#233;titivit&#233; de l'&#233;conomie europ&#233;enne pouvait g&#233;n&#233;rer une croissance massive. D'autre part, si la comp&#233;titivit&#233; permettait de relancer la croissance, elle permettrait &#233;galement d'augmenter les emplois et donc de combattre efficacement le ch&#244;mage. C'est &#224; mon sens, une th&#232;se un peu tir&#233;e par les cheveux qui n'est pas n&#233;cessairement valid&#233;e par les donn&#233;es &#233;conomiques, par exemple celles fournies par l'OCDE dans son dernier rapport sur l'emploi et la croissance. La comp&#233;titivit&#233; des &#233;conomies de la communaut&#233; europ&#233;enne se mesure en fonction du taux de p&#233;n&#233;tration dans les march&#233;s mondiaux : une entreprise ou une &#233;conomie est comp&#233;titive dans la mesure o&#249; elle augmente sa quote-part de march&#233;, ce que j'appelle l'imp&#233;rialisme des quotes-parts de march&#233;, et qui est l'indicateur le plus important. En revanche, une entreprise ou une &#233;conomie nationale est moins comp&#233;titive quand sa quote-part sur les march&#233;s mondiaux diminue. La comp&#233;titivit&#233; se d&#233;finit surtout en fonction des crit&#232;res de croissance sur les march&#233;s mondiaux, donc &#224; la capacit&#233; d'exporter mieux que les autres. Mais nous constatons que les &#233;conomies europ&#233;ennes s'int&#232;grent de plus en plus entre elles, c'est-&#224;-dire que le commerce entre elles augmente plus vite qu'avec le commerce mondial : en 1970, la part intra-communautaire du commerce mondial se chiffre &#224; 17 %, et en 1990 elle en repr&#233;sente 33,5 %. Au niveau europ&#233;en nous commer&#231;ons de plus en plus entre nous. Cela signifie, que l'entreprise europ&#233;enne est d'abord et surtout comp&#233;titive vis-&#224;-vis d'une autre entreprise europ&#233;enne. L'exemple belge est symptomatique. Lorsqu'une entreprise belge est comp&#233;titive, cela signifie qu'elle l'est d'abord vis-&#224;-vis d'une entreprise fran&#231;aise, hollandaise et allemande, dans la mesure o&#249; 65 % de ses exportations vont vers ces trois pays, et on arrive &#224; 75 % si l'on rajoute l'Angleterre et l'Italie. Donc les trois quarts de son commerce ext&#233;rieur concernent ces cinq pays de la communaut&#233;, 87 % avec tous les autres pays de la communaut&#233; europ&#233;enne, 94 % avec les &#201;tats-Unis et le Japon et 100 % avec le reste du monde. Donc, &#224; 87 % de ses exportations, l'entreprise belge est comp&#233;titive vis-&#224;-vis d'autres concurrents europ&#233;ens sur les march&#233;s europ&#233;ens ou mondiaux. La seule strat&#233;gie aujourd'hui pour &#234;tre comp&#233;titif sur les march&#233;s - qui sont hyper-d&#233;velopp&#233;s, riches et satur&#233;s, quand on ne cr&#233;e pas de nouveaux produits -, c'est de vendre les m&#234;mes produits moins chers et de meilleure qualit&#233;. L'entreprise fait de l'innovation technologique pour r&#233;duire les co&#251;ts de production. En les r&#233;duisant, on r&#233;duit le personnel, donc de l'emploi. Une entreprise belge vendant les m&#234;mes produits que ses concurrents sur le march&#233; europ&#233;en devient comp&#233;titive en r&#233;duisant les co&#251;ts de production, donc en &#233;liminant de l'emploi et en cr&#233;ant du ch&#244;mage ; par l&#224; elle &#233;limine du march&#233; d'autres entreprises europ&#233;ennes, ce qui revient &#224; &#233;liminer de l'emploi. Une entreprise est donc comp&#233;titive &#224; travers un double processus de cr&#233;ation de ch&#244;mage, chez elle pour &#234;tre comp&#233;titive et chez les autres concurrents parce qu'elle les &#233;limine du march&#233;. Croire dans ces conditions que plus une entreprise ou une &#233;conomie est comp&#233;titive plus elle cr&#233;e de l'emploi, ce n'est pas une &#233;vidence &#233;conomique appuy&#233;e par les faits, au contraire plus on est comp&#233;titif, plus on cr&#233;e du ch&#244;mage, de l'exclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de &#171; chercher ensemble &#187;, je dirai que pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du monde humain nous sommes v&#233;ritablement une g&#233;n&#233;ration qui a conscience de faire partie de la m&#234;me plan&#232;te, d'&#234;tre plan&#233;taire. Pourquoi sommes-nous la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration plan&#233;taire ? Je peux vous donner deux anecdotes qui expliquent bien ce que je veux dire sans faire de grandes th&#233;ories. La premi&#232;re, je l'appelle &#171; l'effet de la boule &#187; : en 1969 on a vu pour la premi&#232;re fois &#224; la t&#233;l&#233;vision la boule, la plan&#232;te bleue tout enti&#232;re depuis la Lune. Avant nous comprenions l'universalit&#233; abstraitement, maintenant nous avons compris que nous vivions ensemble sur une m&#234;me plan&#232;te. La deuxi&#232;me anecdote, moins amusante, pour appuyer le concept de g&#233;n&#233;ration plan&#233;taire, c'est que les personnes r&#233;alisent toutes seules que leur avenir ne d&#233;pend plus de leur univers imm&#233;diat, de leur pays, mais du monde entier. Combien de fois les gouvernements nationaux se justifient en invoquant la conjoncture mondiale. Notre avenir ne d&#233;pend pas uniquement de la technologie con&#231;ue, produite dans notre propre pays mais aussi de celle con&#231;ue ailleurs. De m&#234;me l'avenir de notre pays ne d&#233;pend pas simplement de notre monnaie, mais de celles des autres, c'est-&#224;-dire que, peu &#224; peu, nous nous rendons compte que l'avenir est construit dans le monde, et non pas seulement &#224; l'&#233;chelle nationale. Nous le voyons aussi, parce que comme consommateur nous sommes entour&#233;s de produits fabriqu&#233;s dans le monde entier : Made in the world. C'est donc le deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment qui fait que nous sommes la v&#233;ritable premi&#232;re g&#233;n&#233;ration plan&#233;taire. Petit &#224; petit, cette r&#233;alit&#233; p&#233;n&#232;tre les individus qui se disent que, si nous formons la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration plan&#233;taire, nous devons nous donner les r&#232;gles, les principes, les valeurs, les institutions, les m&#233;canismes capables de nous permettre de nous assumer, de nous faire vivre en tant que tel, et que nous ne pouvons plus continuer &#224; appliquer ceux des g&#233;n&#233;rations nationales. C'est dans ce sens, que les citoyens comprennent qu'il est temps d'en inventer d'autres.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me si le pire est &#224; vivre aujourd'hui, disons-nous, il y a deux fa&#231;ons de vivre le pire : &#224; genoux, soumis, &#233;cras&#233;, r&#233;sign&#233;, h&#233;b&#233;t&#233;, &#233;croul&#233; devant sa t&#233;l&#233;, ou debout, &#224; lutter, obstin&#233;ment, pour accompagner le mouvement irr&#233;versible du temps vers son accomplissement, accomplissement qui ne sera en fin de compte que ce que nous serons capables d'accomplir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Les P.V.P. : Dans les pays industrialis&#233;s avanc&#233;s, le nouveau mod&#232;le de r&#233;organisation des modes de production : le re-engineering qui consent un maximum de souplesse dans la gestion des effectifs (Andr&#233; Gorz avance qu'il permet d'assurer un m&#234;me volume de production avec moiti&#233; moins de capital et 40 &#224; 80 % de salari&#233;s en moins) alimente un syst&#232;me de pr&#233;carisation qui d&#233;bouche, peu &#224; peu, sur l'installation durable d'une sous-classe, ce que les am&#233;ricains d&#233;nomment d&#233;j&#224; l'under-class : des pans entiers de la population condamn&#233;s &#224; vivre sous le seuil de pauvret&#233; &#224; travers des petits boulots ou un travail &#224; temps partiel. De quelles fa&#231;ons la mondialisation du capital et la comp&#233;titivit&#233; aggravent-elles et nourrissent-elles ce ph&#233;nom&#232;ne ? D'autre part, le manque de projets et de perspectives &#224; long terme nous plonge dans une crise de civilisation sans pr&#233;c&#233;dent. Comment faire pour sortir de cette impasse ? Y-aurait-il une concertation internationale &#224; envisager ? Si oui, comment et sous quelle forme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R.P. : Ce ne sont pas seulement les populations qui sont devenues plan&#233;taires, il y a &#233;galement la transformation du capitalisme industriel national en un capitalisme mondial. Tandis que le d&#233;veloppement d'une culture de la g&#233;n&#233;ration plan&#233;taire est faible, la culture impos&#233;e par le capitalisme mondial est forte parce qu'il a avec lui les groupes sociaux, les &#233;lites qui sont les ma&#238;tres &#224; penser. C'est l'une des caract&#233;ristiques fondamentales du monde actuel : l'entreprise est devenue l'acteur ma&#238;tre &#224; penser, celui qui fait rh&#233;torique, l'argument sur ce qui est bon et juste. Le monde industriel fait culture, avec le monde financier, et tous les scientifiques, technocrates, bureaucrates, intellectuels, ing&#233;nieurs, les business schools, &#233;coles de gestion, universit&#233;s qui sont au service d'un capitalisme mondial caract&#233;ris&#233; par la lib&#233;ralisation des march&#233;s, les d&#233;r&#233;glementations et la privatisation de pans entiers des &#233;conomies nationales. Ce sont eux qui ont aujourd'hui une plus grande capacit&#233; que les autres &#224; fixer l'ordre du jour culturel. C'est donc l'entreprise avec tous ses serviteurs, la principale productrice de culture, et non plus les universit&#233;s, les mouvements syndicaux. Au 19e si&#232;cle, face au capitalisme national triomphant, les syndicats, les mutuelles, les mouvements ouvriers ont fait pression, ont lanc&#233; de nouvelles id&#233;es et concepts, comme la mutualit&#233;, le salaire garanti, le Welfare State, etc. De la sorte, petit &#224; petit, le capitalisme national a &#233;t&#233; soumis au contr&#244;le par des contrats sociaux nationaux. Au contraire, aujourd'hui, seule l'entreprise, acteur de la mondialisation des finances, du capital, des services, est productrice de culture : elle parle de flexibilit&#233;, de re-engineering, de mondialisation, d'adaptation, de ressources humaines. Dans la logique du capitalisme mondial qui vise &#224; augmenter le profit, et la puissance financi&#232;re, le re-engineering est une nouvelle mani&#232;re, parmi d'autres, d'organiser le syst&#232;me de production pour la r&#233;duction des co&#251;ts. Il est une nouvelle cause de destruction massive d'emplois. Si l'entreprise a invent&#233; l'expression &#171; ressources humaines &#187; &#224; la place d'hommes, c'est que les hommes deviennent &#224; travers ce terme des ressources &#171; entre autres &#187;. La ressource humaine n'est pas un sujet social, elle n'a pas de parole, ne n&#233;gocie pas, ne proteste pas, ne descend pas dans la rue, ce n'est qu'une ressource &#224; organiser avec d'autres ressources. C'est pour cette raison qu'il n'y a plus de v&#233;ritables syndicats, la ressource humaine n'en a plus besoin, elle ne peut institutionnellement et structurellement s'organiser en syndicat. C'est donc l'entreprise qui &#224; travers tous ces termes : ressources humaines, adaptation, r&#233;duction des co&#251;ts, soci&#233;t&#233; de l'information, autoroutes de l'information, produit les d&#233;bats politiques et culturels, d&#233;bats ensuite popularis&#233;s. Le d&#233;bat dominant n'est pas provoqu&#233; par la culture alternative, ou celle des faibles, des pauvres. C'est l&#224; l'un des dangers les plus graves. Si le syndicat veut devenir un v&#233;ritable acteur socio-politique et &#233;conomique de la mondialisation, il doit se mondialiser et apprendre la capacit&#233; de d&#233;tourner l'ordre du jour conceptuel. La bataille ne peut plus se r&#233;duire au montant d'emplois bien que ce soit tr&#232;s important - la perte d'un emploi est dramatique -, elle doit concerner la rh&#233;torique, dans le bon sens du terme, c'est-&#224;-dire l'argumentation, les choix, les valeurs, les priorit&#233;s. Tant que l'on restera soumis &#224; l'ordre du jour culturel impos&#233; par le capitalisme mondial &#224; travers l'entreprise et tous ses serviteurs, des &#233;tats aux institutions gouvernementales en passant par les universit&#233;s, nous serons incapables de penser autrement. Quand on me demande aujourd'hui que faire, je r&#233;ponds que la premi&#232;re chose &#224; faire c'est de d&#233;l&#233;gitimer l'imp&#233;ratif de comp&#233;titivit&#233; comme principe fondateur, r&#233;gulateur de l'organisation de l'&#233;conomie mondiale ; une fois cette d&#233;l&#233;gitimation r&#233;ussie, on peut travailler &#224; d'autres perspectives, &#224; la n&#233;cessit&#233; d'un nouveau syst&#232;me mondial. Sur ce point, les institutions onusiennes sont-elles des institutions adapt&#233;es pour cela ? Notre r&#233;ponse est bien entendu non ! Elles constituaient peut-&#234;tre une r&#233;ponse qui a fonctionn&#233; pendant cinquante ans, elles sont la r&#233;sultante de l'histoire du capitalisme national, de l'&#201;tat-Nation et du march&#233; national. Aujourd'hui, la mondialisation a tu&#233; le march&#233; national qui est l'un des fondements du pouvoir de l'&#201;tat-Nation. En l'annulant, elle modifie le capitalisme national et d&#233;place la capacit&#233; d'action du contr&#244;le d&#233;mocratique et politique de la res publica. La res publica est affaiblie, parce que l'un des fondements de l'&#201;tat-Nation, qui est la res publica nationale et sur lequel se basent ensuite les luttes sociales et le contrat social national du 19e et du 20e si&#232;cle, c'&#233;tait l'existence d'une &#233;conomie nationale. En l'&#233;liminant, le r&#244;le du pouvoir public est diminu&#233;. C'est ainsi que se produit ce ph&#233;nom&#232;ne &#233;trange chez les repr&#233;sentants du capitalisme mondial qui affirment qu'il n'y a plus aucune raison en faveur d'un contrat social national, qu'il repr&#233;sente un boulet aux pieds de l'efficacit&#233; de la comp&#233;titivit&#233; des entreprises et de nous tous. C'est extraordinaire !, les ma&#238;tres &#224; penser de l'ordre du jour r&#233;ussissent &#224; transformer ce qui &#233;tait une conqu&#234;te fondamentale de l'humanit&#233; sur le plan social : les concepts de Welfare State, de s&#233;curit&#233; sociale, de la s&#233;curit&#233; des droits, en un boulet aux pieds des op&#233;rateurs &#233;conomiques, ils ont r&#233;ussi &#224; le faire. Au contraire, il faudrait travailler sur le passage du contrat social national qui a permis de contr&#244;ler le capitalisme national, &#224; un contrat social mondial. L'horizon le plus court, le plus petit que l'on puisse imaginer, pour changer quelque chose, est de 25 ans. Il est inutile de penser que l'on puisse modifier l'&#233;conomie, la soci&#233;t&#233;, et la politique mondiales en trois, cinq ans, tant il y a d'inerties et de pouvoirs consolid&#233;s depuis des d&#233;cennies. Comment r&#233;soudre le probl&#232;me pour que la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration plan&#233;taire soit capable d'articuler ces cinq points pour son avenir : la justice, l'efficacit&#233; &#233;conomique, la d&#233;mocratie, le respect de la diversit&#233; culturelle et un d&#233;veloppement soutenable de la soci&#233;t&#233; ? Si nous nous mettons dans la perspective de 25 ans, nous devons compter avec huit milliards de personnes qui ont des besoins en logement, en &#233;ducation, en transports, en &#233;nergies efficaces, durables et bon march&#233;. Aujourd'hui ce sont des besoins largement insatisfaits : en ce moment, un milliard quatre cents millions de personnes sont sans eau potable. Combien seront-ils dans 25 ans, si nous laissons la rh&#233;torique du capitalisme mondial fond&#233; sur la lib&#233;ralisation des &#233;changes, la d&#233;r&#233;glementation des march&#233;s, la privatisation de l'&#233;conomie, la comp&#233;titivit&#233; pour conqu&#233;rir les march&#233;s solvables, imposer sa loi ? Beaucoup plus &#233;videmment. De m&#234;me, &#224; l'heure actuelle, il y a environ un milliard quatre cent millions de personnes sans v&#233;ritable logement, en 1993, il y avait un milliard quatre cent millions de personnes qui gagnaient moins d'un dollar par jour, ainsi qu'un milliard deux cent millions d'analphab&#232;tes et un milliard deux cent millions de gens sans emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les P.V.P. : Dans certains de vos articles, vous parlez de la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volte. Pouvez-vous nous exprimer vos sentiments &#224; ce propos ? Dans la lanc&#233;e de cette question et compte tenu de la situation tragique que nous vivons aujourd'hui ne pensez-vous pas que le &#171; devoir de r&#233;serve &#187; des fonctionnaires, des responsables des institutions, se heurte maintenant &#224; &#171; un devoir de r&#233;volte &#187; ? N'est-ce pas l&#224; une obligation qui s'impose, de fait, &#224; tout fonctionnaire que ses fonctions am&#232;nent &#224; avoir une connaissance des situations r&#233;elles, qu'elles concernent l'&#233;conomie ou le social ? Par exemple, la responsabilit&#233; des dirigeants, des experts, des hauts fonctionnaires qui participent ou collaborent, de gr&#233; ou par ordre, &#224; la pr&#233;carisation de larges parties de la population, est-elle ou non engag&#233;e ? Si oui, la justice ou autres instances, seraient-elles, dans un futur proche ou plus lointain l&#233;gitim&#233;es &#224; demander des comptes &#224; ces responsables ? (Nous pensons bien s&#251;r au proc&#232;s de Nuremberg, &#224; celui plus r&#233;cent du &#171; sang contamin&#233; &#187; ou aux poursuites engag&#233;es dans divers pays europ&#233;ens, contre la corruption et les malversations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R.P. : Aujourd'hui, &#171; nous savons que nous savons &#187; - bien entendu dans certaines limites - que si nous laissons faire le monde comp&#233;titif et lib&#233;ralis&#233; soumis &#224; l'imp&#233;ratif de guerre &#233;conomique, des individus, des villes, des pays seront d&#233;laiss&#233;s et abandonn&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, &#224; leur mis&#232;re. Plus tard, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas, comme les nazis ont pu le dire. Vous n'aurez aucune excuse, parce vous ne pourrez pas dire demain que vous d&#233;couvrez seulement maintenant les cons&#233;quences de l'aveuglement du capitalisme mondial. Par l&#224;, c'est tout le probl&#232;me de l'&#233;thique, de la responsabilit&#233;, de l'action qui est compl&#232;tement chang&#233;. Nous nous rendons bien compte que nous sommes en train de cr&#233;er une soci&#233;t&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale de plus en plus &#171; fragmentante &#187;, qui produit de plus en plus d'exclusion entre les gens, d'agressivit&#233;, chacun se d&#233;fendant pour assurer sa survie, ce qui signifie emp&#234;cher celle des autres. Les gens se rendent compte, m&#234;me s'ils sont accul&#233;s &#224; le faire, qu'il n'est pas n&#233;cessairement bien d'&#234;tre contraints d'&#234;tre gagnant plut&#244;t que perdant, ce sont des guerres que personne n'aime. Dans ces contextes-l&#224;, je crois que ce qui &#233;merge clairement, c'est l'obligation de r&#233;volte. La r&#233;volte signifie ne pas adh&#233;rer &#224; une situation qui est objectivement inacceptable. La r&#233;volte doit &#234;tre celle de tout le monde, jusque chez les bureaucrates. J'exclus tout de m&#234;me le monde financier, il n'y a personne qui s'y r&#233;volte, qui soit &#233;clair&#233;. Vous demandez si le fonctionnaire soumis au devoir de r&#233;serve a le droit de manifester cette r&#233;volte, je pense qu'oui parce qu'un fonctionnaire est aussi un citoyen, et ce n'est pas parce qu'il devient fonctionnaire qu'il ne l'est plus. Je vois mal que tous les fonctionnaires du monde ne soient plus citoyens, on aurait r&#233;duit la citoyennet&#233; &#224; quoi, alors ? Le fonctionnaire n'aurait le droit d'&#234;tre citoyen que dans le secret des urnes. C'est de la parodie ! Au contraire, nos soci&#233;t&#233;s sont ou deviendront meilleures lorsque la participation du citoyen augmente, et non pas lorsqu'un fonctionnaire n'est plus citoyen, m&#234;me quand il dort parce qu'il est responsable 24 heures sur 24 des aveux de restitution ! La citoyennet&#233; c'est aussi un droit de parole. Le fonctionnaire n'aurait droit &#224; la parole que s'il s'en va, ou alors &#224; l'int&#233;rieur de l'administration, &#224; condition qu'il ne parle pas &#224; des gens de l'ext&#233;rieur ! C'est une diminution du droit &#224; la citoyennet&#233;. Je crois que plus une administration est bas&#233;e sur la diversit&#233; de l'expression, de la mani&#232;re de r&#233;aliser certains objectifs, plus elle est efficace. Bien entendu, je ne pense pas qu'un fonctionnaire doit faire la politique &#224; la place de l'homme politique, mais il a le droit sur la base de ce qu'il sait, de ce qu'il dit et observe, de manifester sa raison mais aussi son &#233;motion. Saint-Augustin disait que l'homme qui a perdu sa passion a perdu davantage que celui qui se perd dans ses passions. D'ailleurs, aujourd'hui, on le reconna&#238;t avec la th&#233;orie du chaos, au plan scientifique, il n'y a pas seulement le c&#244;t&#233; rationnel, mais il y aussi le c&#244;t&#233; &#233;motionnel, et les deux ne sont pas n&#233;cessairement oppos&#233;s mais se compl&#232;tent. Pourquoi un fonctionnaire ne pourrait-il pas avoir d'&#233;motions face &#224; ce qu'il d&#233;couvre ? J'insiste beaucoup pour que notre soci&#233;t&#233; implique notre responsabilit&#233;. La responsabilit&#233; ce n'est pas se taire en sachant, il faut que l'administration devienne responsable, elle ne peut pas se cacher derri&#232;re le &#171; moi j'ex&#233;cute, je suis au service du politique &#187;. Nous ne pouvons peut-&#234;tre pas contester le politique, parce que nous ne sommes pas candidats aux &#233;lections, mais notre &#233;thique nous dit que nous devons parler &#224; haute voix quand la politique &#224; mener n'est pas pertinente. Pour ce qui est de la responsabilit&#233; des fonctionnaires je ne pense pas qu'elle peut relever du plan p&#233;nal, elle est plus d'un ordre moral et culturel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entretien avec Andr&#233; de Peretti</title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article192</link>
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		<dc:date>2003-01-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christopher YGGDRE, J&#233;r&#233;mie PIOLAT</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;On devrait penser &#224; une soci&#233;t&#233; &#233;tudiante cr&#233;atrice de son apprentissage et d'un certain nombre de savoir, communiqu&#233;s avec l'aide des enseignants.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 1&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;On devrait penser &#224; une soci&#233;t&#233; &#233;tudiante cr&#233;atrice de son apprentissage et d'un certain nombre de savoir, communiqu&#233;s avec l'aide des enseignants.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent : Dans le cadre de la crise &#224; r&#233;p&#233;tition qui caract&#233;rise notre &#233;poque, crise sociale, politique, des valeurs, il semble que le syst&#232;me &#233;ducatif a &#233;t&#233; et continue &#224; &#234;tre un champ particuli&#232;rement conflictuel o&#249; s'&#233;chouent les unes apr&#232;s les autres les tentatives de r&#233;forme. Pourriez-vous nous retracer, depuis dix ans, quelles ont &#233;t&#233; les querelles, les d&#233;bats contradictoires qui ont le plus souvent aliment&#233; la confusion des agents du syst&#232;me &#233;ducatif ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; de Peretti : Ces querelles contradictoires, incessantes mettent en difficult&#233; les tentatives de r&#233;forme, mais &#224; terme, celles-ci finissent par aboutir. Il reste que toutes ces querelles ont un effet retardataire consid&#233;rable et exasp&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces controverses est la querelle des anciens et des modernes ; il y a toujours le &#171; Autrefois, c'&#233;tait mieux. &#187; ou &#171; Le pr&#233;sent est mieux. &#187;, et quantit&#233; d'autres d&#233;bats de cette nature qui bloquent les r&#233;novations, les innovations et les p&#233;dagogies nouvelles. Il y a aussi, en particulier au plan de l'Universit&#233;, une querelle plus profonde, l'opposition entre la r&#233;alit&#233; th&#233;orique et la r&#233;alit&#233; pratique. Culturellement, nous avons toujours eu tendance &#224; privil&#233;gier l'abstrait, l'intellectuel au d&#233;triment du pratique. Ce qui est en soi une trahison de l'Encyclop&#233;die. On le voit, par exemple, au niveau des r&#233;alit&#233;s m&#234;mes de l'Universit&#233; : l'enseignant est consid&#233;r&#233; comme un intellectuel, un lib&#233;ral, et non comme un professionnel. Il y a aussi la querelle de l'&#233;litisme et de l'&#233;galitarisme, Laurent Schwartz nous dit que la France est malade de son &#233;galitarisme, ce qui est faux. Ce ne sont pas les &#233;lites qui ont &#233;t&#233; n&#233;glig&#233;es ; au contraire, dans notre syst&#232;me tout est orient&#233; sur Polytechnique et les Grandes &#201;coles, de plus il n'y a jamais eu autant d'&#233;l&#232;ves dans les &#233;coles pr&#233;paratoires, autant d'&#233;l&#232;ves qui font du latin, et autant de d&#233;veloppement du c&#244;t&#233; scientifique. En r&#233;alit&#233;, le probl&#232;me ce sont ces quatre-vingt-dix mille jeunes qui sortent sans rien et qui sont en difficult&#233;. La question n'est pas l'&#233;galitarisme mais l'identitarisme : on voudrait que tout le monde fasse la m&#234;me chose de la m&#234;me mani&#232;re au m&#234;me moment et celui qui ne le fait pas est alors exclu. Il est n&#233;cessaire d'adapter l'enseignement &#224; la diversit&#233; des personnes ; autrement dit, l'&#233;galit&#233; suppose la reconnaissance de la diff&#233;rence. Nous sommes bloqu&#233;s, enlis&#233;s dans ce mythe identitaire qui rapporte chaque individu &#224; une norme unique. Et nous le savons, depuis dix, vingt ans, le Minist&#232;re parle de p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e, mais tout ceci &#233;volue tr&#232;s peu. Enfin, nous rencontrons la querelle sur le niveau des &#233;tudiants, chacun de proclamer, bien s&#251;r, que le niveau baisse. Un certain nombre d'enseignants ou d'intellectuels vont se faire une r&#233;putation &#224; bon compte en racontant que tout va mal, que nous assistons au d&#233;clin de l'enseignement, fin de l'Universit&#233;. Ils n'h&#233;sitent pas &#224; nourrir des descriptions apocalyptiques de notre syst&#232;me, embouchent les trompettes du d&#233;sespoir ou de l'indignation ; bien entendu, nous avons d'importants travaux d'adaptation &#224; entreprendre, mais il ne s'agit pas de vider le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P.V.P. : On entend dire un peu partout, aujourd'hui, de la formation universitaire qu'elle est d&#233;phas&#233;e avec les nouvelles r&#233;alit&#233;s du monde du travail. Qu'en pensez-vous ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. de P. : Il y a dans ces critiques une part importante de v&#233;rit&#233;, la formation universitaire est encore tr&#232;s h&#233;sitante. Il faut dire que l'Universit&#233; a subi deux ou trois explosions quantitatives consid&#233;rables. Nous passons, d'un million d'&#233;tudiants, il y a dix ans, a deux millions, aujourd'hui, c'est donc un doublement. C'est un ph&#233;nom&#232;ne difficile &#224; ma&#238;triser ; d'une part, les cr&#233;dits de l'&#233;tat suivent doucement, et d'autre part il faut assurer la formation des universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on peut dire qu'il y a d&#233;phasage, c'est que la tendance de la formation universitaire est beaucoup trop individualisante et individualiste, et non pas personnalisante ; c'est-&#224;-dire, d&#233;veloppement de la personne en contact avec les autres, ainsi qu'avec les r&#233;alit&#233;s sociales et scientifiques. Les &#233;tudiants sont consid&#233;r&#233;s comme une masse informe non organis&#233;e, ou insuffisamment organis&#233;e. On a tendance &#224; consid&#233;rer l'&#233;tudiant en terme de passivit&#233;, il n'a qu'&#224; se d&#233;brouiller, il n'a qu'&#224; suivre. En ceci, la formation universitaire est d&#233;phas&#233;e des r&#233;alit&#233;s du monde moderne du travail o&#249; l'on demande des &#233;quipes de personnes solidaires, qui ont des responsabilit&#233;s importantes qu'ils m&#232;nent d'un bout &#224; l'autre. Il est &#233;vident qu'une formation universitaire &#224; dominante sur-individualiste est hors-jeu en ce qui concerne le travail en commun. Durant le temps de la formation universitaire, la notion d'entraide indispensable &#224; la r&#233;ussite de tout projet, n'est pas suffisamment claire. Je mettrais donc le d&#233;phasage au compte de l'individualisme et du cloisonnement. Beaucoup trop se r&#233;fugient dans leur sp&#233;cialit&#233; ; il faut de la sp&#233;cialisation, sans doute, mais avec un maximum d'ouverture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation universitaire devrait abandonner ce syst&#232;me de massification de l'enseignement qui produit des &#233;tudiants identiques, qui n'ont pas leur place dans un monde qui change, &#233;volue et se transforme sans cesse. On devrait plut&#244;t penser &#224; une soci&#233;t&#233; &#233;tudiante cr&#233;atrice de son apprentissage et d'un certain nombre de savoir, communiqu&#233;s avec l'aide des enseignants : les enseignants devraient &#234;tre les moteurs, or ils sont, encore trop souvent, des orateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P.V.P. : Lorsque l'on &#233;voque l'adaptation des universit&#233;s aux besoins des entreprises, on se r&#233;f&#232;re encore &#224; l'affrontement de deux id&#233;ologies, la premi&#232;re r&#233;affirmant la vocation la&#239;que, publique de l'Universit&#233;, la seconde affirmant la n&#233;cessit&#233; d'une Universit&#233; au service de l'entreprise avec la s&#233;lection impitoyable cons&#233;quente. Id&#233;ologies caricatur&#233;es par le slogan en vogue : &#171; fac d'&#233;lite &#187; ou &#171; fac poubelle &#187;. Mais la mutation de la soci&#233;t&#233; globale qui concerne tout aussi bien les structures d'enseignement que l'&#233;volution des modes de production ne pose-t-elle pas l'ouverture de l'Universit&#233; &#224; l'entreprise &#224; partir de ces questions pr&#233;alables : avant de penser la r&#233;vision des contenus et m&#233;thodes de formation, en vue de les ajuster aux r&#233;alit&#233;s du monde de la production, ne faut-il pas se demander ce qu'est aujourd'hui l'entreprise ? Continue-t-elle &#224; demeurer la propri&#233;t&#233; d'une poign&#233;e de d&#233;cideurs pr&#234;ts &#224; sacrifier au profit imm&#233;diat les hommes qui la composent ? Ou devient-elle un lieu qui lie la production des richesses au d&#233;veloppement optimal des ressources humaines ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. de P. : La r&#233;f&#233;rence que vous faites aux besoins des entreprises est une question int&#233;ressante, dans la mesure o&#249; la notion de besoin est beaucoup plus complexe qu'on ne peut l'imaginer, les besoins peuvent &#234;tre tr&#232;s diff&#233;rents selon le point de vue qu'on adopte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment, il ne peut y avoir de soumission de l'un &#224; l'autre, de l'Universit&#233; &#224; l'entreprise, de l'entreprise &#224; l'Universit&#233;. C'est un lien extraordinairement r&#233;versible, multiple, d&#233;termin&#233; &#224; la fois par l'imm&#233;diat et l'avenir. Il s'agit de rendre plus compatible l'enseignement universitaire et la vie universitaire aux transformations dont nous ne voyons que le commencement, mais qui seront consid&#233;rables. Nous vivons une mutation d'&#226;ge, un sociologue &#233;crit que nous sommes pass&#233;s de l'&#232;re quaternaire &#224; l'&#232;re quinternaire. Je symbolise ce changement d'une autre mani&#232;re, symbolique qui se rapporte &#224; la nature des relations entre un d&#233;cideur et l'ensemble des autres personnes d'une entreprise. Nous passons d'une &#233;poque domin&#233;e par les mod&#232;les des empires des mers, ce que Fernand Braudel a appel&#233; &#171; l'&#232;re thalassocratique &#187;, &#224; une &#233;poque &#171; a&#233;rocratique &#187;. Les &#201;tats qui poss&#233;daient une marine, dominaient le monde ; les empires coloniaux &#233;taient d'abord des puissances maritimes. L'expansion du 19&#232;me si&#232;cle a vu les usages maritimes s'inclure, consciemment ou inconsciemment, dans le fonctionnement de l'organisation sociale. C'est-&#224;-dire, un seul ma&#238;tre &#224; bord, ses d&#233;cisions sont imm&#233;diatement ex&#233;cut&#233;es par une foule d'interpr&#232;tes, il n'y a pas de communication r&#233;ciproque. Le maniement de la lunette, du porte-voix, du sextant est r&#233;serv&#233;, par cons&#233;quent c'est une direction sans retour possible, sans feed-back. Ce mod&#232;le s'est d&#233;plac&#233; dans le syst&#232;me taylorien, la division entre ceux qui savent et d&#233;cident, et entre ceux qui ex&#233;cutent, nombreux, s&#233;par&#233;s et surveill&#233;s. C'est le r&#234;ve panoptique de Bentham : une surveillance constante de chacun, par la vue, le sens de l'ou&#239;e &#233;tant d&#233;laiss&#233;, l'oreille ne sert qu'&#224; entendre l'ordre et non &#224; &#233;couter. Ce mod&#232;le a construit la fin du 19&#232;me si&#232;cle et tr&#232;s largement le 20&#232;me si&#232;cle, et c'est ce mod&#232;le qui demeure dominant, avec les r&#233;sultats qu'on lui conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entreprises japonaises, au contraire, sont attentives &#224; ce que l'avis de chacun soit connu avant que les d&#233;cisions soient prises au sommet, ce qui est plus performant ; d'autant plus que ce comportement correspond au ph&#233;nom&#232;ne de l'inversion des situations qui s'est produit au moment o&#249; Graham Bell a invent&#233; le t&#233;l&#233;phone, assurant la r&#233;ciprocit&#233; de la communication. Ensuite, la d&#233;couverte de la radio avec Branly et Marconi assure la transmission quasi-imm&#233;diate des messages par les ondes,... pour en arriver &#224; l'expansion fantastique de l'informatique telle que nous la connaissons. Nous sommes donc entr&#233;s dans une &#232;re &#171; a&#233;rocratique &#187;, bas&#233;e sur la ma&#238;trise des t&#233;l&#233;communications a&#233;riennes, stimulant et soutenant les usages croissants de l'&#233;coute r&#233;ciproque et des &#233;changes toujours plus imm&#233;diats. L'expansion, la diffusion dans la vie quotidienne des nouvelles technologies, qui rendent l'interaction possible en communication, demandent donc la mise en place d'un mod&#232;le &#171; a&#233;rocratique &#187; : un mod&#232;le plus vivant, plus souple, plus personnalis&#233; et non un mod&#232;le individualiste, s&#233;paratif, cloisonn&#233;. Dans ces conditions, l'entreprise, encore trop thalassocratique, doit &#233;voluer, mais avec l'Universit&#233;. Il doit y avoir interaction des deux, en ce qui concerne l'&#233;volution vers un enseignement qui pr&#233;pare &#224; ce travail en commun, &#224; cette &#233;coute, &#224; cette communication. L'enseignement doit devenir interactif, il faut qu'il y ait des t&#226;ches, des travaux communs de recherche. Il doit y avoir une consid&#233;ration r&#233;ciproque de l'enseignant et de l'&#233;tudiant : que l'enseignant ne soit pas r&#233;put&#233; tout savoir ou l'&#233;tudiant tout ignorer. L'institution scolaire doit &#233;voluer, mais elle ne peut pas prendre comme r&#233;f&#233;rence le mod&#232;le de l'entreprise thalassocratique, elle doit inventer les nouvelles formes d'enseignement et d'organisation du 21&#232;me si&#232;cle. Il faut d&#233;velopper une organisation qui permette la cr&#233;ation collective, qui accroisse le ph&#233;nom&#232;ne de communication. Chacun doit apprendre pour soi avec les autres, et pour les autres. Il faut permettre aux &#233;tudiants de se construire une m&#233;thode personnelle, originale en liaison avec celles des autres ; encore une fois, c'est la compatibilit&#233; qui est &#224; d&#233;velopper et non l'identit&#233;. Nous sommes entr&#233;s dans des soci&#233;t&#233;s &#224; mod&#232;le d'&#233;quilibre, o&#249; l'aspect interactif l'emporte. La richesse se trouve dans l'homme, dans les &#233;changes, dans les travaux r&#233;ciproques, dans les possibilit&#233;s de coop&#233;ration, dans la diversit&#233;, dans la mise en interaction des diff&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P.V.P. : Aujourd'hui, l'&#233;volution des techniques et des savoir est beaucoup plus rapide que la capacit&#233; de l'homme &#224; se former. En cons&#233;quence, l'Universit&#233; ne devrait-elle, ind&#233;pendamment de la transformation des contenus p&#233;dagogiques, promouvoir chez les individus une aptitude &#224; affronter ces changements rapides ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. de P. : Les &#233;tablissements d'enseignement doivent &#234;tre des syst&#232;mes qui d&#233;veloppent des capacit&#233;s d'&#233;volution, des aptitudes &#224; affronter les changements rapides, comme vous le dites. En effet, le monde change beaucoup et rapidement : un confr&#232;re am&#233;ricain dit qu'il y a choc du futur. Il suffit de constater les d&#233;localisations et l'ensemble des changements extr&#234;mement rapides, ind&#233;pendamment des changements technologiques. Warren Benis, compagnon de Kurt Lewin dans la cr&#233;ation de la dynamique de groupe, disait que nous sommes entr&#233;s dans l'&#233;poque de la succession acc&#233;l&#233;r&#233;e des syst&#232;mes sociaux temporaires. Il faut le vivre, ce qui suppose des enseignants qui ne soient pas ritualis&#233;s, rigides, compass&#233;s ; ce qui suppose des structures de travail autres que celles des cours en amphith&#233;&#226;tre, ou des travaux dirig&#233;s. Les chefs d'entreprise nous demandent, et ils ont raison, de pr&#233;parer des individus qui s'adaptent aux changements incessants. Mais, cette souplesse &#233;volutive, cette rapidit&#233; n'est pas constitu&#233;e chez les jeunes, ils sont tr&#232;s &#171; popotes &#187;, conditionn&#233;s par les mani&#232;res de travailler, et les routines qui s'&#233;tablissent. Pour vivre cette &#233;poque de changements acc&#233;l&#233;r&#233;s, il faut de l'activit&#233;, du dynamisme, de la joie d'&#234;tre, d'apprendre, d'enseigner...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P.V.P. : Quelles r&#233;formes des structures d'enseignement pensez-vous qu'il faudrait engager ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. de P. : C'est une vaste question, il est certain qu'il y a des rigidit&#233;s, des manques de souplesse, des lourdeurs de nos syst&#232;mes qui entravent les adaptations n&#233;cessaires. Le monde universitaire pr&#233;tend observer le monde ext&#233;rieur, sans s'observer lui-m&#234;me. Il serait bon d'avoir un observatoire de l'&#233;volution, des besoins de l'Universit&#233;. Il assurerait des relations avec le monde ext&#233;rieur, avec les entreprises, des chercheurs. Des &#233;changes, des &#233;tudes comparatives avec des universit&#233;s &#233;trang&#232;res sont indispensables. Il faut engager dans ce travail les pr&#233;sidents d'universit&#233;, les directeurs d'UFR, les organisations qui sont au service des &#233;tudiants. C'est une activit&#233; qui doit &#234;tre men&#233;e aussi bien par des &#233;tudiants, que par des enseignants et des intervenants ext&#233;rieurs. Il y a certainement beaucoup &#224; trouver, &#224; deviner, &#224; cr&#233;er, beaucoup plus, sans doute, que l'on ne peut imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P.V.P. : Votre optimisme, votre confiance, face &#224; la vie, &#233;tonnent, mais la possibilit&#233; d'un d&#233;nouement tragique de la crise ne nous menace-t-elle pas ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. de P. : Sans aucun doute, je vois certains risques. Mon optimisme tient aux progressions importantes que l'on conna&#238;t. Mais, je suis &#233;videmment inquiet quant aux lenteurs que conna&#238;t la r&#233;organisation du monde de l'emploi, du monde de l'enseignement, de la solidarit&#233; ; mon optimisme est m&#233;thodologique. Il faut &#234;tre optimiste tout en &#233;tant vigilant, et lucide.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jeunesse dangereuse</title>
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		<dc:date>2003-01-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christopher YGGDRE</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les &#171; moins que z&#233;ro &#187; d&#233;barquent de leur plan&#232;te t&#233;l&#233;-show, de leur univers spectacle.., ces d&#233;charn&#233;s mentaux, malades du feuilleton, sont excit&#233;s par l'id&#233;e qu'ils pourront entr'apercevoir leurs idoles. Idoles de la niaiserie et du confort.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 1&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; (...) leur nombre atteignait bien mille cinq cents. (...) Une &#233;meute allait-elle avoir lieu ? Nullement. Samedi 17 avril, les adolescents cannois guettaient seulement les jeunes vedettes de H&#233;l&#232;ne et les gar&#231;ons, le feuilleton quotidien de TF1 autour duquel s'agglutinent les jeunes de 8 &#224; 20 ans. &#034;Ils sont tellement beaux&#034; s'&#233;merveille Sophie, 14 ans. Gloussements ravis des copines, qui approuvent. &#034;Surtout S&#233;bastien, c'est le mieux.&#034; jette Cathy, 14 ans elle aussi. (...) Qu'a donc de particulier ce feuilleton ? &#034;C'est vachement mieux que Le Miel et les abeilles qui passait avant.&#034;, assure Sophie. Quelle diff&#233;rence entre les deux feuilletons ? &#034;L&#224;, il y a plusieurs nanas et plusieurs gar&#231;ons, c'est beaucoup mieux.&#034; explique Anita, treize ans. De quoi parlait le dernier &#233;pisode ? Des man&#339;uvres de Bob qui voulait sortir avec Laly et de Johanna &#034;cette folle&#034; qui tente de &#034;mettre ensemble&#034; S&#233;bastien et Laly. (...) Est-ce mal que les feuilletons n'aient aucun rapport avec la r&#233;alit&#233; ? Nullement. &#034;On aime justement parce que ce n'est pas r&#233;aliste.&#034; (...) &#187;&lt;/i&gt; (Le Monde, 20 avril 1993.)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE NARCISSISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au commencement est le dialogue. Non, plus modestement : la possibilit&#233; du dialogue. Le verbe s'en suit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communication est le fondement de l'humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La langue est l'instrument de papa/maman pour &#233;lever b&#233;b&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand papa/maman regarde b&#233;b&#233;, il se contemple. Il s'extasie d'&#234;tre bien l&#224;, dans ce futur qui n'est pourtant pas le leur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il colle alors b&#233;b&#233; &#224; leur mesure, narcissique...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; moins que z&#233;ro &#187; d&#233;barquent de leur plan&#232;te t&#233;l&#233;-show, de leur univers spectacle.., ces d&#233;charn&#233;s mentaux, malades du feuilleton, sont excit&#233;s par l'id&#233;e qu'ils pourront entr'apercevoir leurs idoles. Idoles de la niaiserie et du confort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet extrait d'article signifie l'acte de d&#233;c&#232;s de quelques consciences adolescentes. Combien d'entre elles ont &#233;t&#233;, ainsi, vid&#233;es d'elles-m&#234;mes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne le saurons sans doute jamais, car &#171; on peut dispara&#238;tre ici, sans m&#234;me s'en apercevoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont atteints de l&#233;thargie aigu&#235;. Ils ne r&#234;vent pas, ils n'agissent pas, suspendus entre le &#171; Moi, je n'ai rien &#224; dire. &#187; et le &#171; Faut pas pousser. &#187; Ils ont &#233;t&#233; endormis &#224; doses massives d'images-spectacle qui atteignent, ici, une d&#233;cadence qui ne peut qu'annoncer leur fin prochaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils auront mal, tr&#232;s mal quand ils ne pourront rien faire d'autre qu'ouvrir les yeux sur le monde tel qu'il est, ils ne pourront plus, alors, contempler leurs niaiseries r&#233;confortantes, ils devront apprendre &#224; vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la jeunesse qui aura appris &#224; r&#234;ver et &#224; agir par elle-m&#234;me se sera depuis longtemps pr&#233;par&#233;e &#224; placer ses sens en alerte et &#224; vivre au rythme des temps,... mais de ceux-ci personne ne veut encore entendre parler ; on pr&#233;f&#232;re croire &#224; une g&#233;n&#233;ration affaiblie et d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ...les r&#234;veurs du jour sont des hommes dangereux, car ils peuvent agir leur r&#234;ve avec les yeux ouverts, pour le rendre possible &#187;&lt;/i&gt; (T.E. Lawrence)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cr&#233;puscule de la quantit&#233; (3&#232;me et derni&#232;re partie) </title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article129</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article129</guid>
		<dc:date>2002-06-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christopher YGGDRE, Ren&#233; PASSET</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous publions ici la troisi&#232;me et derni&#232;re partie des entretiens r&#233;alis&#233;s avec Ren&#233; Passet qui portait sur la d&#233;l&#233;gitimation des normes de l'&#233;conomie lib&#233;rale et la refondation d'une &#233;conomie en tant que moyen et non plus fin de la vie sociale. Au terme de nos discussions, il &#233;voque aussi bien les conditions d'application de la taxe sur les transactions financi&#232;res, que la r&#233;duction du temps de travail ou encore les rapports entre la connaissance scientifique et l'engagement politique. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique41" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 16&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous publions ici la troisi&#232;me et derni&#232;re partie des entretiens r&#233;alis&#233;s avec Ren&#233; Passet qui portait sur la d&#233;l&#233;gitimation des normes de l'&#233;conomie lib&#233;rale et la refondation d'une &#233;conomie en tant que moyen et non plus fin de la vie sociale. Au terme de nos discussions, il &#233;voque aussi bien les conditions d'application de la taxe sur les transactions financi&#232;res, que la r&#233;duction du temps de travail ou encore les rapports entre la connaissance scientifique et l'engagement politique. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(...) LA RESPONSABILITE ET L'ETHIQUE FRAPPENT A LA PORTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent&lt;/i&gt; : Qu'entendez-vous lorsque vous affirmez qu'il faut introduire dans les sciences &#233;conomiques les concepts de responsabilit&#233; et d'&#233;thique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Passet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Economiste, Professeur &#224; l'Universit&#233; Paris 1, Pr&#233;sident du Conseil (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : Ce n'est pas moi qui les ai introduites. Ce sont elles qui frappent &#224; la porte. Quand on avait une &#233;conomie quantitative, on n'avait pas besoin d'&#233;thique. La seule &#233;thique, c'est de produire le plus possible. Vous savez que vous cr&#233;ez du bien-&#234;tre et du bonheur humain en produisant plus. On n'a pas besoin de contorsions &#233;thiques pour cela. Le probl&#232;me de l'&#233;thique appara&#238;t lorsque cette vision est d&#233;pass&#233;e. Aujourd'hui, elle l'est &#224; tous les niveaux. Tout &#224; l'heure, nous disions que la reproduction de la nature est menac&#233;e, que les grands m&#233;canismes r&#233;gulateurs sont en train d'&#234;tre mis &#224; mal. Ceci pose la question du d&#233;veloppement durable. Comment avoir un d&#233;veloppement qui puisse durer &#224; travers les g&#233;n&#233;rations ? Mme Brundland, l'auteur du c&#233;l&#232;bre rapport sur le d&#233;veloppement durable, le d&#233;finit de la fa&#231;on suivante : &#034;Un mode de d&#233;veloppement qui permet de satisfaire au mieux les besoins des g&#233;n&#233;rations pr&#233;sentes, tout en ne sacrifiant pas la capacit&#233; des g&#233;n&#233;rations futures de satisfaire leurs propres besoins&#034;. Vous voyez tout de suite appara&#238;tre la solidarit&#233; inter-g&#233;n&#233;rationnelle. Si nos soci&#233;t&#233;s se comportent de fa&#231;on irresponsable, les soci&#233;t&#233;s de l'avenir ne pourront pas avoir un niveau de vie d&#233;cent. Solidarit&#233; inter-g&#233;n&#233;rationnelle. Et voil&#224; ! Ce n'est pas moi qui pose le probl&#232;me, c'est lui qui se pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de la r&#233;partition, les modes de production actuels qui sont des modes de production int&#233;gr&#233;s, capital et travail confondus, ne permettent plus de distinguer la productivit&#233; propre d'un de ces facteurs. Quelle est la productivit&#233; du facteur travail, la productivit&#233; du facteur capital ? On ne peut plus le d&#233;terminer. On peut rapporter la production au travail, au capital, mais c'est de la productivit&#233; dite apparente. Ce n'est pas la vraie productivit&#233;. Comme on ne peut plus d&#233;terminer la contrepartie productive de la r&#233;mun&#233;ration du travailleur, vous avez l&#224; aussi, un rep&#232;re qui dispara&#238;t. Le salaire &#233;tait cens&#233; repr&#233;senter la productivit&#233; du travailleur, or on ne sait plus calculer la productivit&#233; du travailleur. Nous avons un crit&#232;re de commutativit&#233;, de contrepartie qui dispara&#238;t. Il faut trouver d'autres crit&#232;res. On passe, comme je le dis quelquefois, d'une situation o&#249; la question se posait en termes de justice commutative, &#224; une situation o&#249; la question se pose en termes de justice distributive. Je ne dis pas que le monde entre dans une &#232;re de justice distributive. Je voudrais bien vous le dire, mais je ne peux pas. Il s'agit l&#224; d'une question &#233;thique. Je pourrais vous &#233;num&#233;rer bien d'autres probl&#232;mes qui prennent une dimension &#233;thique. L'&#233;thique est l&#224; &#224; nous interroger. (...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Economiste, Professeur &#224; l'Universit&#233; Paris 1, Pr&#233;sident du Conseil Scientifique, auteurs de nombreux ouvrages dont le plus r&#233;cent est &#034;L'Illusion n&#233;o-lib&#233;rale&#034;, aux &#233;ditions Fayard (2000)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Catastrophes, gen&#232;se d'une d&#233;colonisation de l'imaginaire ?</title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article130</link>
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		<dc:date>2002-06-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christopher YGGDRE, Serge LATOUCHE</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;La notion de &#034;d&#233;veloppement&#034; hi&#233;rarchise les cultures en r&#233;f&#233;rence &#224; des valeurs &#233;conomiques dont la centralit&#233; continue de r&#233;gler le rapport des pays occidentaux au reste du monde. Or, affirme Serge Latouche, une grande partie du monde consid&#232;re que l'&#233;conomie est l'auxiliaire ou la subordonn&#233;e d'autres valeurs. S'il s'agit de lutter, en Occident, contre le r&#232;gne sans partage de la norme marchande, encore faut-il que ce combat contre la globalisation affirme et prenne conscience de ses propres d&#233;terminations culturelles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique41" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 16&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La notion de &#034;d&#233;veloppement&#034; hi&#233;rarchise les cultures en r&#233;f&#233;rence &#224; des valeurs &#233;conomiques dont la centralit&#233; continue de r&#233;gler le rapport des pays occidentaux au reste du monde. Or, affirme Serge Latouche, une grande partie du monde consid&#232;re que l'&#233;conomie est l'auxiliaire ou la subordonn&#233;e d'autres valeurs. S'il s'agit de lutter, en Occident, contre le r&#232;gne sans partage de la norme marchande, encore faut-il que ce combat contre la globalisation affirme et prenne conscience de ses propres d&#233;terminations culturelles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(...) LE DEVELOPPEMENT DURABLE : UNE NOTION CONTRADICTOIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent&lt;/i&gt; : Pour des auteurs comme Jeremy Rifkin, la culture appara&#238;t comme une voie royale de salut pour nous sauver du centrement obsessionnel sur l'&#233;conomique. Vous retournez le raisonnement en disant que les pratiques de march&#233; sont des pratiques culturelles. Dans notre participation aux diff&#233;rents mouvements sociaux contre la globalisation &#233;conomique, nous avons le sentiment que la pens&#233;e &#233;conomiste gagne certains de ceux qui la combattent &#224; travers notamment la prolif&#233;ration des r&#233;ponses &#233;conomiques aux probl&#232;mes &#233;conomiques. Pourtant la dimension culturelle de la transformation de nos modes de vie est un &#233;l&#233;ment incontournable pour sortir du processus actuel de destruction de la vie. Quelle analyse faites-vous de ce pi&#232;ge, comment en sortir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Latouche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Economiste, membre du Mauss (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : Quand vous faites r&#233;f&#233;rence &#224; Jeremy Rifkin, je suis frapp&#233; par le fait que le terme de culture n'a pas le m&#234;me sens dans la pens&#233;e anglo-saxonne qu'en France. Bien s&#251;r, le mot culture est un terme polymorphe qui a tant de sens qu'il finit par ne plus en avoir. J'utilise toujours le mot culture dans son sens fort. L'humanit&#233; vit dans la culture, c'est ce qui lui permet de trouver des r&#233;ponses aux probl&#232;mes de l'&#234;tre, donc du sens. L'homme est un animal culturel avant d'&#234;tre un animal politique. La tradition anglo-saxonne a &#233;difi&#233; une conception culturelle de la culture, au sens o&#249;, parlant d'un minist&#232;re de la Culture, on signifie que l'&#233;conomie est une infrastructure au contraire de la culture qui est une superstructure. Ceci est paradoxal, dans la mesure o&#249; l'&#233;tude des peuples dits primitifs, telle que l'a entreprise d'ailleurs l'anthropologie anglo-saxonne de fa&#231;on magistrale, montre que la culture repr&#233;sente pour ces peuples l'espace de r&#233;ponse &#224; l'ensemble des questions concernant la vie et la survie. C'est dans ce sens-l&#224; que j'affirme que la technique et l'&#233;conomie constituent notre culture &#224; nous Occidentaux, le reste &#233;tant r&#233;duit &#224; du folklore. Le technique et l'&#233;conomie sont pour un Occidental les seules vraies r&#233;ponses aux questions de l'existence et de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein du mouvement actuel de l'antimondialisation, se profile tout de m&#234;me depuis longtemps un mouvement transnational minoritaire non n&#233;gligeable qui constitue aujourd'hui l'un des p&#244;les forts de la contestation de la globalisation &#233;conomique. La critique radicale, c'est-&#224;-dire celle qui plonge jusqu'&#224; la racine des probl&#232;mes, est toujours, dans l'histoire, minoritaire, mais elle f&#233;conde et transforme n&#233;anmoins le monde et finit par grignoter du terrain. Hegel disait que &#034;nul ne peut sauter par-dessus son temps&#034;. Nous sommes tous pris, nous y compris, dans l'imaginaire &#233;conomique dominant. Il est extr&#234;mement difficile d'en sortir, m&#234;me si on peut prendre conscience d'un certain nombre de dangers qui lui sont inh&#233;rents. L'imaginaire qui est le sien se traduit par des comportements concrets qui devraient &#234;tre remis en cause, mais qui ne le sont que rarement. Chercher un moyen terme entre le beurre et l'argent du beurre est un r&#233;flexe tr&#232;s humain. Cette attitude n'est pas propre au citoyen lambda. Les industriels ont conscience de certains dangers et voudraient bien concilier &#224; la fois la protection de l'environnement et la prosp&#233;rit&#233; de leurs affaires. C'est pourquoi la notion de d&#233;veloppement durable est apparue pour associer deux r&#233;alit&#233;s profond&#233;ment contradictoires. On d&#233;sire une automobile propre parce qu'on ne veut pas y renoncer, alors que la profusion d'automobiles est une des sources de nos malheurs. Nous sommes pris au pi&#232;ge des contradictions du syst&#232;me dans lequel nous vivons et toute remise en cause concr&#232;te se fait dans la douleur.&lt;br class='autobr' /&gt; (...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Economiste, membre du Mauss (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales), son dernier livre paru est &#034;La d&#233;raison de la raison &#233;conomique&#034;, aux &#233;ditions Albin Michel&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L&#233;viathan oc&#233;anien</title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article136</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article136</guid>
		<dc:date>2001-03-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christopher YGGDRE</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Voil&#224; une centaine de l&#233;viathans qui sont sortis des mains de l'humanit&#233;. Les ordres emphatiques des sup&#233;rieurs, les cris des bless&#233;s, les coups de canon, c'est du bruit fait expr&#232;s pour an&#233;antir quelques secondes.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 15&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Voil&#224; une centaine de l&#233;viathans qui sont sortis des mains de l'humanit&#233;. Les ordres emphatiques des sup&#233;rieurs, les cris des bless&#233;s, les coups de canon, c'est du bruit fait expr&#232;s pour an&#233;antir quelques secondes.&#034;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Lautr&#233;amont, Les Chants de Maldoror.' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;EXTRAIT&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(...) Un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; a donc pris le relais de la colonisation, celui-ci ent&#233;rine des liens de d&#233;pendance &#224; une condition salariale qui est une condition de survie, cloisonne les espaces de vie, fabrique un temps standardis&#233; &#224; travers une culture de l'instant. En Polyn&#233;sie, la qu&#234;te de devenir prend donc l'allure d'un refus cat&#233;gorique de ces modes de vie et de pens&#233;e induits par cette soci&#233;t&#233; de production et de consommation de masse, dont la cr&#233;ation est somme toute r&#233;cente et l'avenir improbable. La qu&#234;te de devenir se fonde du d&#233;sir du changement - ou &#034;d&#233;contamination&#034; selon le terme de Gabriel Tetiarahi - des mentalit&#233;s et de la volont&#233; d'inventer d'autres paysages, d'autres temporalit&#233;s que ceux d'une soci&#233;t&#233; o&#249; le salariat, le pouvoir d'achat gouvernent les relations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les combats des Polyn&#233;siens prennent un sens particulier &#224; l'heure o&#249; le monde occidental vit sous un r&#233;gime de peur panique g&#233;n&#233;ralis&#233; qui s'&#233;gr&#232;ne au rythme des scandales sanitaires et environnementaux successifs. Nous sommes tous tenus de prendre de nouvelles responsabilit&#233;s. Les d&#233;rives des grands groupes transnationaux, qui ne connaissent d'autre loi que celle du march&#233;, placent l'humanit&#233; face &#224; sa responsabilit&#233;. Elle sait qu'elle ne peut plus d&#233;l&#233;guer la ma&#238;trise du pr&#233;sent &#224; des forces dont le seul moteur est le profit &#224; court terme sans encourir le danger que ce m&#234;me pr&#233;sent se r&#233;v&#232;le sans avenir. (...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lautr&#233;amont, &lt;i&gt;Les Chants de Maldoror&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les Enfants de la Bombe</title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article137</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article137</guid>
		<dc:date>2001-03-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christopher YGGDRE, Gabriel TETIARAHI</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le paradis touristique qu'est la Polyn&#233;sie Fran&#231;aise cache l'autre sc&#232;ne d'un enfer &#233;cologique, o&#249; les essais nucl&#233;aires ont eu des effets qui frappent de plein fouet des populations &#224; qui l'on a cach&#233;es que la splendeur du champignon atomique n'a d'&#233;gale que son rayonnement mortel. Dans cet entretien, qui est aussi le t&#233;moignage d'un des &#034;enfants de la bombe&#034;, Gabriel T&#233;tiarahi relate les circonstances d'un mensonge &#224; ciel ouvert et nous parle d'une identit&#233; culturelle polyn&#233;sienne qui persiste &#224; exister.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 15&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le paradis touristique qu'est la Polyn&#233;sie Fran&#231;aise cache l'autre sc&#232;ne d'un enfer &#233;cologique, o&#249; les essais nucl&#233;aires ont eu des effets qui frappent de plein fouet des populations &#224; qui l'on a cach&#233;es que la splendeur du champignon atomique n'a d'&#233;gale que son rayonnement mortel. Dans cet entretien, qui est aussi le t&#233;moignage d'un des &#034;enfants de la bombe&#034;, Gabriel T&#233;tiarahi relate les circonstances d'un mensonge &#224; ciel ouvert et nous parle d'une identit&#233; culturelle polyn&#233;sienne qui persiste &#224; exister.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;EXTRAIT&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(...) &lt;i&gt;Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent&lt;/i&gt; : Quelles sont pr&#233;cis&#233;ment les cons&#233;quences des essais nucl&#233;aires fran&#231;ais sur la Polyn&#233;sie ? Pouvez-vous nous parler de cette enqu&#234;te ind&#233;pendante2, &#224; laquelle Hiti Tau a particip&#233;, qui a &#233;t&#233; men&#233;e aupr&#232;s d'anciens travailleurs polyn&#233;siens du CEP&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='CEP : Centre d'Exp&#233;rimentation du Pacifique (essais nucl&#233;aires).' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gabriel Tetiarahi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Fondateur de l'Organisation Non Gouvernementale polyn&#233;sienne Hiti (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : Au moment de la reprise des essais nucl&#233;aires d&#233;cid&#233;e par Jacques Chirac notre premi&#232;re r&#233;action a &#233;t&#233; de rassembler une armada de petits bateaux pour mettre le cap sur Moruroa afin de tenter d'arr&#234;ter le premier tir. Notre deuxi&#232;me r&#233;action a &#233;t&#233; de construire ill&#233;galement un village de la paix en plein centre ville de Papeete face au bureau du Haut-Commissaire de la Pr&#233;sidence du Gouvernement territorial, et d'y rester pour en faire un lieu de coordination de toutes les manifestations que nous organiserions. Beaucoup d'entre-nous ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s sur les bateaux. Nous avions r&#233;uni plus d'un million quatre cent mille cartes postales de protestation dans tout le Pacifique, une d&#233;l&#233;gation de douze jeunes s'&#233;tait rendue &#224; l'Elys&#233;e pour les d&#233;poser en septembre 1995. Nous &#233;tions tr&#232;s actifs, et nous &#233;tions six cent tous les jours. Nous avons re&#231;u vingt-quatre mille visiteurs du monde entier. Nous nous sommes rendus compte que parmi ceux qui participaient au village de la paix, il y avait un certain nombre d'anciens travailleurs polyn&#233;siens qui avaient d&#233;cid&#233; de parler. C'&#233;tait tout &#224; fait nouveau. Jamais ils n'avaient voulu t&#233;moigner par le pass&#233;, ils nous racontaient leur vie. Bien s&#251;r, pour la premi&#232;re fois ils bravaient les interdits, les &#034;tabus&#034; des contrats sign&#233;s avec les militaires fran&#231;ais. S'ils parlaient, ils seraient menac&#233;s de mesures de r&#233;torsion en tout genre. Nous nous sommes dits qu'il fallait les mettre en avant, eux qui avaient &#233;t&#233; en contact quotidien avec la radioactivit&#233;. Ce sont eux les premi&#232;res victimes. Nous avons pos&#233; des recours au Parlement europ&#233;en, &#224; l'ONU contre la reprise des essais nucl&#233;aires. Nous savions pertinemment qu'ils n'aboutiraient pas, mais il &#233;tait important que l'on sache les cons&#233;quences de la radioactivit&#233; sur les anciens travailleurs du nucl&#233;aire. L'objectif de cette enqu&#234;te, r&#233;alis&#233;e entre mars 1996 et octobre 1997, intitul&#233;e Moruroa et nous, &#233;tait de donner la parole aux victimes. Les cons&#233;quences sont d'abord d'ordre sanitaire. Nous avons rencontr&#233; des personnes de 45 ans qui en paraissaient 90. Des ouvriers nous ont dit qu'ils avaient perdu quatre enfants, qu'ils avaient commenc&#233; &#224; travailler &#224; Moruroa alors qu'ils n'avaient que 12 ans, qu'ils avaient &#233;t&#233; utilis&#233;s comme cobayes. Pendant toute l'enqu&#234;te, nous avons rencontr&#233; des personnes souvent sans aucune ressource, qui aspiraient &#224; une reconnaissance et &#224; des compensations. Ce sont aujourd'hui des personnes abandonn&#233;es. Il y a des &#233;pouses qui n'ont jamais revu le corps de leur mari apr&#232;s qu'il ait &#233;t&#233; soign&#233; &#224; l'H&#244;pital militaire du Val-de-Grasse, les corps revenaient dans des cercueils plomb&#233;s. C'est le black-out total. Elles attendent toujours un geste de reconnaissance du gouvernement fran&#231;ais. (...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CEP : Centre d'Exp&#233;rimentation du Pacifique (essais nucl&#233;aires).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fondateur de l'Organisation Non Gouvernementale polyn&#233;sienne &lt;i&gt;Hiti Tau&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pacifique, un oc&#233;an de r&#233;voltes</title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article138</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article138</guid>
		<dc:date>2001-03-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christopher YGGDRE, Jacky BRYANT</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Toute colonisation ne peut perdurer que par un d&#233;ni de la culture de l'autre. Ce d&#233;ni, Jacky Briant en raconte les circonstances historiques et analyse le lien politique qui unit les polyn&#233;siens &#224; la France. La non-reconnaissance d'une sp&#233;cificit&#233; polyn&#233;sienne dans le rapport &#224; la nature, aux savoirs et aux modes de production et de vie traditionnels, si elle a pour cons&#233;quence de d&#233;poss&#233;der les polyn&#233;siens d'eux-m&#234;mes, est aussi en train de menacer &#224; terme l'&#233;cosyst&#232;me des &#238;les du pacifique, pour les besoins d'une exploitation commerciale &#224; l'usage des touristes nantis. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 15&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Toute colonisation ne peut perdurer que par un d&#233;ni de la culture de l'autre. Ce d&#233;ni, Jacky Briant en raconte les circonstances historiques et analyse le lien politique qui unit les polyn&#233;siens &#224; la France. La non-reconnaissance d'une sp&#233;cificit&#233; polyn&#233;sienne dans le rapport &#224; la nature, aux savoirs et aux modes de production et de vie traditionnels, si elle a pour cons&#233;quence de d&#233;poss&#233;der les polyn&#233;siens d'eux-m&#234;mes, est aussi en train de menacer &#224; terme l'&#233;cosyst&#232;me des &#238;les du pacifique, pour les besoins d'une exploitation commerciale &#224; l'usage des touristes nantis. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;EXTRAIT&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(...) &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent&lt;/i&gt; : Le lagon est en fin de compte votre bien commun, mais celui-ci est spoli&#233; par des multinationales d&#233;di&#233;es au tourisme qui en font un bien &#233;conomique priv&#233;. Pouvez-vous nous parler de ce complexe touristique de masse qui a cr&#233;&#233; une plage artificielle &#224; Bora Bora en extrayant le sable du lagon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacky Briant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Instituteur, a fond&#233; en Polyn&#233;sie fran&#231;aise sur l'&#238;le de Bora Bora le (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : En effet, le Club M&#233;diterran&#233;e a &#233;t&#233; le premier &#224; le faire. Celui-ci a pris au lagon des quantit&#233;s &#233;normes de sable. Pour vous donner une id&#233;e, ces quantit&#233;s correspondent &#224; dix fois le stade du Parc des Princes sur une &#233;paisseur d'un m&#232;tre, uniquement pour cr&#233;er des plages artificielles. Si, &#224; cet endroit de l'&#238;le, il n'y avait pas de plage, c'est qu'il y a des raisons, notamment li&#233;es aux courants marins qui ne permettent pas la stabilit&#233; du sable. Aujourd'hui le Club M&#233;diterran&#233;e, l'H&#244;tel Bora Bora, le Mona Beach, et actuellement le Sheraton qui se construit, pompent r&#233;guli&#232;rement du sable dans le lagon avec l'accord du gouvernement territorial et de la Commune pour cr&#233;er ces plages uniquement pour satisfaire une riche client&#232;le de passage. Ces endroits qui ne sont pas vendables &#034;touristiquement&#034; pour l'occidental &#224; moins d'y faire des plages artificielles sont, pour nous, riches d'autres ressources, d'autres connaissances, d'autres pratiques culturelles qui vont compl&#232;tement dispara&#238;tre. C'est une d&#233;marche qui n'est pas fond&#233;e sur une gestion partag&#233;e des ressources mais uniquement sur des principes de rentabilit&#233;. Maintenant vous trouvez dans le lagon des verrues, des secteurs qui ont &#233;t&#233; massacr&#233;s pour alimenter en sable des zones &#224; l'origine non sablonneuses. Pour contrer cette offensive sur le lagon, nous avons intent&#233; des proc&#232;s au Tribunal Administratif, nous avons fait signer des p&#233;titions, &#224; Moorea4 des embarcations ont fait barrage &#224; un chantier, le projet y a capot&#233;. Actuellement, nous pr&#233;parons des actions pour attirer l'attention sur les d&#233;gradations cons&#233;quentes &#224; ces chantiers. Mais il faut savoir qu'&#224; Bora Bora l'activit&#233; est contr&#244;l&#233;e &#224; 90% par l'industrie touristique. Les gens vivent donc un conflit permanent entre des pr&#233;occupations &#224; long terme qui concernent la pr&#233;servation de leur milieu de vie et des pr&#233;occupations &#224; court terme qui concernent leur emploi, leur survie.&lt;br class='autobr' /&gt; (...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb3-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Instituteur, a fond&#233; en Polyn&#233;sie fran&#231;aise sur l'&#238;le de Bora Bora le parti &#233;cologiste polyn&#233;sien Heiura - Les Verts&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cr&#233;puscule de la quantit&#233; (2&#232;me partie)</title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article139</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article139</guid>
		<dc:date>2001-03-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christopher YGGDRE, Ren&#233; PASSET</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ren&#233; Passet relate l'&#233;volution par laquelle l'&#233;conomie lib&#233;rale, lors de ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es, a peu &#224; peu affirm&#233; son emprise sur la soci&#233;t&#233;, notamment par l'essor de l'&#233;conomie financi&#232;re. Si l'&#233;conomie est un moyen au service de l'humanit&#233;, il faut alors d&#233;l&#233;gitimer les narrations qui l'&#233;rigent en but supr&#234;me du d&#233;veloppement humain. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 15&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ren&#233; Passet relate l'&#233;volution par laquelle l'&#233;conomie lib&#233;rale, lors de ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es, a peu &#224; peu affirm&#233; son emprise sur la soci&#233;t&#233;, notamment par l'essor de l'&#233;conomie financi&#232;re. Si l'&#233;conomie est un moyen au service de l'humanit&#233;, il faut alors d&#233;l&#233;gitimer les narrations qui l'&#233;rigent en but supr&#234;me du d&#233;veloppement humain. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;EXTRAIT&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ECONOMIQUE ET LE VIVANT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent&lt;/i&gt; : Dans &lt;i&gt;L'Economique et le vivant&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='footnote' title='L'Economique et le vivant, Economica, 2&#232;me &#233;dition, 1996.' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, vous pr&#233;conisez l'harmonisation du d&#233;veloppement &#233;conomique et du d&#233;veloppement de la biosph&#232;re, c'est-&#224;-dire l'environnement naturel. Nous sommes encore loin de cette harmonisation, chaque jour nous avons de nouveaux exemples de d&#233;g&#226;ts environnementaux caus&#233;s par l'industrialisation massive. Comment pourrait-on arriver &#224; cette harmonisation ? Et encore, qu'entendez-vous par introduire dans les sciences &#233;conomiques les concepts de responsabilit&#233; et d'&#233;thique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Passet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Economiste, Professeur &#224; l'Universit&#233; Paris 1, Pr&#233;sident du Conseil (...)' id='nh4-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : Tout le monde va vous dire, y compris les lib&#233;raux, qu'ils r&#233;alisent cette harmonisation, que l'&#233;conomie lib&#233;rale est ouverte sur la nature, mais qu'il y a ce qu'on appelle la fameuse internalisation des effets externes. La pollution est un co&#251;t social que les entreprises rejettent sur la soci&#233;t&#233;. Il y a un moyen de r&#233;tablir la v&#233;rit&#233; des prix, c'est de r&#233;int&#233;grer ces co&#251;ts dans le prix du march&#233;, donc, d'internaliser les effets externes. Ainsi on obtiendra le v&#233;ritable prix qui, enfin, harmonisera la sph&#232;re naturelle et la sph&#232;re &#233;conomique. En toute bonne foi, beaucoup croient que c'est l&#224; la vertu de l'&#233;conomie. Je dis non, vous faites le contraire. Vous traduisez ces co&#251;ts en termes marchands. Vous les r&#233;introduisez dans la sph&#232;re marchande, c'est-&#224;-dire que vous r&#233;duisez la sph&#232;re naturelle &#224; la logique du march&#233;. Vous croyez que le vrai prix du march&#233; va avoir une action quelconque sur la biosph&#232;re. Ce n'est pas vrai. Vous oubliez un point important, c'est qu'un bien quel qu'il soit, s'il a une valeur marchande, appartient aussi &#224; la soci&#233;t&#233; humaine. C'est aussi un bien social qui a un usage social et une fonction naturelle. L'arbre est un objet &#233;conomique, mais c'est aussi un bien naturel qui exerce une fonction dans la reproduction de la nature. Et aucune - c'est cela qui est important - internalisation des co&#251;ts ne prend en compte cette dimension qui rel&#232;ve des grands cycles biochimiques et non d'une logique marchande. Quand on fait dispara&#238;tre un bien naturel, on fait dispara&#238;tre une certaine valeur marchande, mais aussi une certaine fonction sociale et naturelle. La question est de savoir si on risque de d&#233;truire la fonction de r&#233;gulation de la nature, de la menacer ou de la d&#233;t&#233;riorer. C'est l&#224; le probl&#232;me. L&#224; o&#249; ils croient &#233;tablir une ouverture, ils op&#232;rent une r&#233;duction. Le probl&#232;me est de prendre en compte des biens qui ne rel&#232;vent pas d'une logique marchande, mais qui doivent &#234;tre g&#233;r&#233;s bien avant de devenir rares, car la raret&#233; nous met face &#224; l'irr&#233;versible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important est de maintenir un certain nombre de fonctions naturelles ou sociales sans lesquelles la r&#233;gulation naturelle s'effondre. Si tel est le cas, les soci&#233;t&#233;s et l'&#233;conomie s'effondrent aussi. Tout cela rel&#232;ve du calcul &#233;conomique, mais pas comme le croient les &#233;conomistes, en donnant une valeur marchande &#224; ces choses-l&#224;. C'est en les prenant comme des contraintes &#224; respecter et des fonctions qu'il faut pr&#233;server &#224; tout prix. C'est cela qui dessine un cadre &#224; l'int&#233;rieur duquel le calcul &#233;conomique est possible. Lorsque l'optimisation &#233;conomique porte atteinte &#224; l'une de ces fonctions, il faut y renoncer. Par exemple, la for&#234;t a un rythme de renouvellement. Ce que je vais prendre en compte, c'est ce rythme de renouvellement naturel et non la valeur marchande de la for&#234;t dont je n'ai que faire. J'ai besoin de savoir qu'un cheptel vivant se reproduit &#224; tel rythme, et c'est ce rythme que je dois respecter. Je vais g&#233;rer alors dans les limites de reproduction des ressources reproductibles et renouvelables. Pour ce qui concerne les ressources non renouvelables qui s'&#233;puisent, l'hypoth&#232;se la plus raisonn&#233;e est celle d'une prise de relais d'une ressource par d'autres ressources. Il faut inscrire &#233;galement comme contrainte &#224; respecter la capacit&#233; de charge et d'auto-&#233;puration des milieux naturels. Les &#233;conomistes me disent que ce n'est pas de l'&#233;conomie, mais ils oublient qu'ils font tout le temps et simplement la m&#234;me chose quand ils font ce qu'on appelle la gestion d'entreprise et de la recherche op&#233;rationnelle. Ils ont un certain nombre de contraintes physiques : un volume d'entrep&#244;t, un certain nombre d'heures travail/machine disponibles. Il n'est pas besoin de traduire ces contraintes en termes de prix. On le traduit plut&#244;t en m&#232;tres cube de volume d'entrep&#244;t. En fonction du volume exig&#233; par la fabrication de diff&#233;rents biens, on sait optimiser dans le respect de ces contraintes. Je ne demande pas autre chose avec le milieu naturel. L'&#233;conomie doit red&#233;couvrir sa vraie essence qui est de g&#233;rer sous contraintes. S'il n'y avait pas de contraintes et de limitations, il n'y aurait pas besoin d'&#233;conomie. Cela voudrait dire que l'univers se pr&#233;sente &#224; nous sous des formes qui permettent de satisfaire directement nos besoins. Ce n'est pas le cas.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb4-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Economique et le vivant&lt;/i&gt;, Economica, 2&#232;me &#233;dition, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-2' class='spip_note' title='Notes 4-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Economiste, Professeur &#224; l'Universit&#233; Paris 1, Pr&#233;sident du Conseil Scientifique, auteurs de nombreux ouvrages dont le plus r&#233;cent est &lt;i&gt;L'Illusion n&#233;o-lib&#233;rale&lt;/i&gt; aux &#233;ditions Fayard (2000).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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