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	<title>LES PERIPHERIQUES VOUS PARLENT</title>
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		<title>En qu&#234;te d'objets bris&#233;s</title>
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		<dc:date>2003-06-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Andr&#233; S. LABARTHE, Federica BERTELLI, Marc'O</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'en est-il de l'image, au cin&#233;ma ou &#224; la t&#233;l&#233;vision ? Quelle place laisse-t-elle au spectateur aujourd'hui ? Le spectateur ? Qui est-il ? A-t-il encore sa place ? Cet oubli&#233;, cet omis, &#233;cart&#233; par le primat accord&#233; aux cr&#233;ateurs, d&#233;positaires de l'art. Dans cette recherche &#224; voix haute, &#224; la lumi&#232;re de deux films d'Andr&#233; S. Labarthe sur Artaud et Van Gogh, il s'agit de d&#233;gager, plus qu'une id&#233;e de l'art ou du cin&#233;ma, la possibilit&#233; hors-objectif d'un devenir humain. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 17&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'en est-il de l'image, au cin&#233;ma ou &#224; la t&#233;l&#233;vision ? Quelle place laisse-t-elle au spectateur aujourd'hui ? Le spectateur ? Qui est-il ? A-t-il encore sa place ? Cet oubli&#233;, cet omis, &#233;cart&#233; par le primat accord&#233; aux cr&#233;ateurs, d&#233;positaires de l'art. Dans cette recherche &#224; voix haute, &#224; la lumi&#232;re de deux films d'Andr&#233; S. Labarthe sur Artaud et Van Gogh, il s'agit de d&#233;gager, plus qu'une id&#233;e de l'art ou du cin&#233;ma, la possibilit&#233; hors-objectif d'un devenir humain. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(...) Andr&#233; S. Labarthe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cin&#233;aste, cr&#233;ateur avec Janine Bazin de la s&#233;rie Cin&#233;astes de notre temps (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : Oui, qu'arrive-t-il au regard d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale ? Je ne peux pas dissocier le record de la parole. Le regard n'est rien. Je me souviens d'un chien que j'avais, un berger allemand. Lorsque nous regardions la t&#233;l&#233;, il se couchait &#224; nos pieds, la t&#234;te vaguement tourn&#233;e vers l'&#233;cran. Mais que voyait-il ? Les yeux mi-clos, les oreilles en alerte, il dormait comme dorment les chiens, d'un sommeil prudent. En l'observant, je notais que ces images, non seulement il ne les regardait pas, mais il ne les voyait pas. Si, cependant, sur l'&#233;cran, un chien aboyait, alors ses oreilles se dressaient, il se levait, faisait le tour du poste. Qu'est-ce que cela signifiait ? Que ce chien sur l'&#233;cran, il l'avait reconnu, il l'avait, en quelque sorte, nomm&#233;. Comme les enfants qui apprennent &#224; parler, il avait dit : chien. Et je pense que nous en sommes tous l&#224;. Pour que les choses existent, ici et maintenant, je dois les nommer. Je dois prononcer les mots chien, magn&#233;tophone, bicyclette, mais aussi perversion, fatigue, r&#233;volution. C'est &#224; cela que sert le langage. A fabriquer de la r&#233;alit&#233; en nommant ce qui m'environne. Lorsque nous sommes devant notre t&#233;l&#233;, sommes-nous si diff&#233;rents de mon chien qui ne voyait que ce qu'il reconnaissait, que ce sur quoi il avait pu mettre un nom ? L'image, ce n'est rien. La difficult&#233; qu'avait Artaud &#224; &#233;crire ou Van Gogh &#224; peindre tenait &#224; cela : la fuite, la d&#233;perdition, l'&#233;vaporation incessantes de ce qu'ils avaient sous les yeux. Comment s'opposer &#224; cette &#233;vaporation, &#224; cette d&#233;perdition, &#224; cette fuite ? Pour Artaud c'&#233;tait tragique : &#034;je ne suis pas au monde&#034; &#233;crivait-il &#224; Jacques Rivi&#232;re, sachant tr&#232;s bien que pour &#234;tre au monde encore fallait-il que ce monde exist&#226;t. Le Th&#233;&#226;tre de la cruaut&#233; n'avait pas d'autre raison d'&#234;tre. Pour Van Gogh, c'&#233;tait : comment faire exister ce bouquet de tournesols, ces ravins, ce cypr&#232;s - et la r&#233;ponse &#233;tait : en les incendiant. Oui, je crois vraiment qu'incendier ce cypr&#232;s, c'&#233;tait, pour Van Gogh, le nommer - et le faire exister. Si ce cypr&#232;s existe, alors, moi, Van Gogh, j'existe : tel est le cogito de Van Gogh... J'ai tent&#233; de faire passer cette id&#233;e aupr&#232;s de mes &#233;tudiants &#224; Paris 8 o&#249; j'ai enseign&#233; pendant quelques mois. Je leur disais : voici un verre, imaginons que nous le filmons dans le but de le faire exister, l&#224;, sur l'&#233;cran. Nous le posons sur une table, puis cam&#233;ra, lumi&#232;re, moteur, coupez. Projection du rush. Et voici, sur l'&#233;cran, l'image du verre. Non pas le verre, mais son image. Le verre n'est pas l&#224;. Nous reprenons le plan, le verre sur la table, mais cette fois nous soignons l'&#233;clairage, reflets, contrastes, relief. Nouvelle Projection. Cette fois, l'image du verre est saisissante mais il s'agit toujours d'une image. Imaginons maintenant qu'au cours d'une troisi&#232;me tentative, alors que la cam&#233;ra tourne, imaginons que, par quelque circonstance, le verre tombe et se brise. Projection, en catastrophe. Et soudain, alors que l'image avoue sa d&#233;faite, soudain le verre est l&#224;, &#224; l'instant m&#234;me o&#249; il se brise, comme si le scandale de sa disparition r&#233;v&#233;lait l'&#233;clat de sa pr&#233;sence. Cela signifie deux choses. D'abord que ce verre existera pour moi, &#224; cet instant, parce qu'il lui arrive quelque chose. Ensuite que ce quelque chose est de l'ordre du malheur, de la mort. Tu vois on n'est pas loin de Bataille. On n'est pas loin non plus de ce que nous disions du langage tout &#224; l'heure. Car c'est la disparition du verre, sa disparition scandaleuse, qui va me sommer de prononcer le mot &#034;verre&#034;, et le faire exister. Je ne voudrais pas, cependant, que ces consid&#233;rations nous entra&#238;nent vers une vision tragique de la vie. La mort est un n&#233;ant actif, elle est le ferment de la vie. Toutes consid&#233;rations sur le pessimisme ou l'optimisme seraient ici d&#233;plac&#233;es. Je pense &#224; cette phrase d'Apollinaire que je cite souvent, elle est dans Alcools : &#034;Mon verre s'est bris&#233; comme un &#233;clat de rire.&#034; Je pense aussi au burlesque - au burlesque am&#233;ricain, notamment, que Bunuel et Dali mettaient au dessus de tout. L'agressivit&#233; qui est au c&#339;ur du burlesque est de la m&#234;me nature que celle qui fait voler le verre en &#233;clats pour le faire, encore une fois, exister. Et je me demande si je n'&#233;tais pas guid&#233; par cette intuition lorsque, dans le film sur Artaud, j'ai film&#233; un verre qui tombe au ralenti avant de se briser sur le sol et, de nouveau vers la fin du film qui tombe encore au ralenti, comme si se trouvait illustr&#233; l&#224; le destin d'un homme qui n'a cess&#233;, sa vie durant, d'atteindre cet instant de la brisure qui le ferait enfin &#034;&#234;tre au monde&#034;. Paix dans les brisements disait Michaux... (...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cin&#233;aste, cr&#233;ateur avec Janine Bazin de la s&#233;rie &lt;i&gt;Cin&#233;astes de notre temps&lt;/i&gt; (de 1964 &#224; 1972), rebaptis&#233;e depuis 1989 &lt;i&gt;Cin&#233;ma, de notre temps&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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