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	<title>LES PERIPHERIQUES VOUS PARLENT</title>
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		<title>L'&#233;ternel absent</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne CALVEL</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Insoumis en nos lieux. Soumettons nos initiatives : elles ne seront plus les intruses des lieux p&#226;les et inodores. D&#233;sormais leurs traces bl&#234;mes s'effaceront et &#224; jamais le bl&#234;me est vaincu ! &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 0&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Insoumis en nos lieux. Soumettons nos initiatives : elles ne seront plus les intruses des lieux p&#226;les et inodores. D&#233;sormais leurs traces bl&#234;mes s'effaceront et &#224; jamais le bl&#234;me est vaincu ! &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; l'universit&#233; Paris 8, r&#244;de un malfaiteur. Figure &#233;nigmatique, &#233;ternel absent. Nous l'appellerons le Grand Responsable. Mais, laissons se d&#233;rouler l'histoire...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon programme pour la journ&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Rendez-vous avec L, &#233;tudiant, au sujet d'un devoir que nous faisons en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Passer au self-service informatique (salle o&#249; sont mis &#224; la disposition des &#233;tudiants une vingtaine d'ordinateurs), pour derni&#232;re correction d'un texte et surtout impression de 16 pages. Ouverture de 11h30 &#224; 16h30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10h58.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'attends L, comme pr&#233;vu, dans le hall de l'universit&#233;. L arrive avec 35 mn de retard : &#171; Excuse-moi, c'est du pur d&#233;lire, il y a d&#251; avoir une panne de courant, mon radio r&#233;veil n'a pas march&#233;, j'ai speed&#233; comme un malade, mais l&#224; je dois filer, parcqu'j'ai un exam. On se voit &#224; 14h, j'arriverai en retard &#224; mon cours, je m'en fous, le prof commence jamais &#224; l'heure &#187;. L dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11h45. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arrive au self-service informatique : la salle est ferm&#233;e. Pour l'instant la monitrice (qui s'occupe du bon fonctionnement des lieux), n'a qu'un quart d'heure de retard. Je ne m'inqui&#232;te pas, d'autant plus que, hier d&#233;j&#224;, la salle a &#233;t&#233; ouverte avec 1 heure de retard. Je me mets &#224; lire. Au bout d'une heure, je demande aux autres &#233;tudiants si quelqu'un est all&#233; se renseigner au secr&#233;tariat. R&#233;ponse : &#171; Il n'y a personne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;ternel absent, le Grand Responsable, d&#233;verse sur cette universit&#233; la glu des attentes, des ratages, du laisser couler. &lt;/h3&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les secondes se branlent de ce que les minutes se perdent &#224; gober les jours qui passent leur vie &#224; ne pas en avoir.
&lt;p&gt;Un &#233;tudiant qui mac&#232;re, c'est pas beau &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;/h3&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13h &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais au secr&#233;tariat : ferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais deux pas sur la droite, il y a une autre salle du service informatique : je frappe. Dans la salle, 5 personnes : une femme, probablement secr&#233;taire, discutant avec ce qui a l'air d'&#234;tre un enseignant, deux types travaillant devant des ordinateurs, une fille assise, non-identifiable, qui n'a d'ailleurs pas ouvert la bouche. Moi, (ton neutre mais pas sp&#233;cialement aimable) : &#171; Bonjour, le self-service &#231;a marche aujourd'hui ? &#187; La &#171; secr&#233;taire &#187; : &#171; Le self-service, c'est pas nous &#187;. Un type du fond de la salle : &#171; Ca ouvrira pas avant 14h &#187;. Moi : &#171; Et vous ne pourriez pas aller mettre une affichette pour pr&#233;venir ces pauvres personnes qui attendent depuis 11h30 ce matin, dans le couloir ? &#187; Volte-face du deuxi&#232;me type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eux quasiment tous ensemble : &#171; Le self-service, c'est pas nous &#187;. Moi : &#171; Et par solidarit&#233;...? &#187; On me r&#233;p&#232;te qu'ils ne sont pas responsables et qu'ils ont du travail... Le premier type accepte de faire une affichette que je colle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13h15. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais &#224; la caf&#233;t&#233;ria accompagn&#233;e de S, &#233;tudiante rencontr&#233;e pendant l'attente. Elle me raconte : &#171; J'ai un dossier de 40 pages &#224; rendre. Je suis en train de mettre plus de temps pour le taper et l'imprimer que pour le faire. En plus, mon prof est tr&#232;s s&#233;v&#232;re, j'esp&#232;re que je vais y arriver &#224; temps. Hier, j'avais enfin termin&#233;, j'ai demand&#233; &#224; une monitrice de me faire la marge, car j'apprends tout juste &#224; me servir de l'ordinateur. Elle m'a tout d&#233;cal&#233;. Il y avait des lettres &#233;parpill&#233;es sur tout l'&#233;cran. Elle a continu&#233; pendant 2h30 &#224; trafiquer l'ordinateur. Entre temps, la monitrice de la seconde tranche horaire est arriv&#233;e. Elle m'a demand&#233; de partir, car j'avais d&#233;pass&#233; le temps qui m'&#233;tait imparti. Je lui ai expliqu&#233; le probl&#232;me, elle ne voulait pas d&#233;mordre. Comme elle &#233;tait demand&#233;e par d'autres &#233;tudiants, elle m'a momentan&#233;ment oubli&#233;e, au point d'ailleurs de n'&#234;tre m&#234;me pas venue voir si elle pouvait m'aider. Apr&#232;s, j'ai d&#251; partir pour travailler, mon probl&#232;me toujours pas r&#233;gl&#233;. Et aujourd'hui, il n'y a personne ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14h. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouverture de la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monitrice devan&#231;ant nos remarques : &#171; -Je sais, mais, c'est pas ma faute (on s'en doute !), quand je viens travailler un mercredi sur 15, c'est toujours comme cela &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S, n&#233;ophyte, au bout de 5mn, r&#233;ussit toute seule &#224; &#171; rassembler &#187; son texte. Je tape pendant 1h15. Queue devant l'imprimante pendant 45mn. La machine d&#233;raille toutes les 5mn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16h03. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'imprime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16h04. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re panne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16h07. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'encre. La monitrice va en chercher, c'est finalement le technicien qui ram&#232;ne une cartouche. La monitrice : &#171; Tu devrais en laisser ici de r&#233;serve &#187;. Le technicien : &#171; J'en ai laiss&#233; moi, mais ils ont d&#251; les user &#187;. (Qui ils ?!)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16h16. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monitrice fait repartir l'imprimante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16h22. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me panne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16h35. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai imprim&#233; 8 pages sur 16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai cours &#224; l'autre bout de l'universit&#233;, je ne peux pas le manquer : je stoppe tout. Je m'aper&#231;ois que j'ai rat&#233; mon rendez-vous de 14H avec L, mais je pourrai le voir maintenant puisque nous avons cours ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment nous ressaisir de notre temps, de nos moyens ? &lt;/h3&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment &#233;viter que les d&#233;sirs, les impatiences, la curiosit&#233; se dissolvent dans la l&#233;thargie ambiante, dans les je m'enfoutismes ? &lt;/h3&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16h45. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s course folle, j'arrive au cours. J'enclenche la poign&#233;e : la porte est ferm&#233;e. Au secr&#233;tariat personne est au courant. Sur le tableau, pas d'affichette. Manifestement, il n'y a pas cours. Qui est le responsable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement pas le professeur lui-m&#234;me : (bus, accouchement, doigt de pied mal enclench&#233;, auriculaire gripp&#233;...) ! Retour au self-service, dans l'espoir de pouvoir imprimer les derni&#232;res pages. Queue de 5 personnes devant l'imprimante. S, toujours l&#224;, m'appelle : &#171; Tu sais, hier, pendant que la monitrice tapotait devant la machine, elle a dit, &#233;nerv&#233;e : mais qui m'a foutu une machine pareille ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L est confortablement install&#233; chez lui, un soir apr&#232;s une dure journ&#233;e. L appr&#233;cie ce moment de tranquillit&#233; qui lui donne un avant-go&#251;t du pied qu'il va se prendre ce week-end : enfin peinard deux jours de longs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le week-end se passe &#224; merveille. L appr&#233;cie ce moment de grand confort qui lui donne un avant-go&#251;t du pied qu'il va se prendre cet &#233;t&#233; : enfin peinard pendant deux mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vacances se d&#233;roulent &#224; merveille : L appr&#233;cie ce grand moment de tranquillit&#233;, de confort, de fun qui lui donne un avant-go&#251;t du m&#233;ga-pied qu'il va se prendre &#224; la retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa retraite se passe &#224; merveille : enfin d&#233;finitivement peinard. Et puis cela lui donne un avant- go&#251;t du pied qu'il va se prendre quand il pourra d&#233;compresser... au grand regret de sa famille, de ses amis et de ses chers coll&#232;gues. Le pied pour l'&#233;ternit&#233;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Ailleurs est &#224; faire de partout </title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article180</link>
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		<dc:date>2003-01-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne CALVEL</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je suis &#233;tudiante en cin&#233;ma. C'est l&#224; ma &#171; d&#233;finition &#187; sociale, mon statut, le contour rep&#233;rable qui me conf&#232;re au regard de l'autre une rassurante familiarit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 0&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je suis &#233;tudiante en cin&#233;ma. C'est l&#224; ma &#171; d&#233;finition &#187; sociale, mon statut, le contour rep&#233;rable qui me conf&#232;re au regard de l'autre une rassurante familiarit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &#201;tudiante &#187;, cela voudrait-il dire que mon r&#244;le est de d&#233;velopper avant tout ma capacit&#233; &#224; &#233;tudier au d&#233;triment de ma capacit&#233; &#224; vivre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela veut-il dire que je suis une &#233;trang&#232;re, que je n'apporte rien, que je n'ai pas ma place dans les lieux ou l'on n'&#233;tudie pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans r&#233;pondre &#224; ma question, on pourra toujours me r&#233;torquer que ce n'est l&#224; qu'un &#233;tat transitoire : avec le temps, je cesserai d'&#234;tre &#233;tudiante pour exercer un m&#233;tier du cin&#233;ma. Un &#233;tat &#171; transitoire &#187; qui risque pourtant de ne pas me mener bien loin. Mais en attendant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ores et d&#233;j&#224;, je sais que mon devenir s'&#233;labore au croisement de diff&#233;rents lieux, &#224; travers des espaces, des dimensions &#224; cr&#233;er, &#224; d&#233;couvrir, ici et maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, je sais, je sais, je veux dire j'ai appris - et je voudrais avoir &#224; l'apprendre toujours - que j'ai un devenir. Voil&#224; ce que je sais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universit&#233; n'est pas une institution fonctionnelle, pas plus qu'elle n'est un self-service de savoir. Enfin, elle ne devrait pas l'&#234;tre. Elle devrait, disons, elle doit jouer un r&#244;le pr&#233;dominant en favorisant de nouveaux champs d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Saint-Denis, il y a une volont&#233; de favoriser et de prendre en compte toute exp&#233;rience qui se rapproche plus ou moins au monde de la production : unit&#233;s de valeurs pratiques, possibilit&#233;s de faire valider des activit&#233;s men&#233;es extra muros, contact avec des professionnels, action culturelle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acquisition d'un savoir est bien consid&#233;r&#233;e comme indissociable de celle d'un savoir-faire, mais, &#224; l'heure o&#249; se profilent les nouvelles exigences d'un monde en mutation, &#224; l'heure o&#249; le monde de l'entreprise (pour ne prendre que cet exemple) a besoin d'un personnel motiv&#233;, inventif, cr&#233;atif, capable de s'adapter aux rythmes modernes, aux nouvelles conditions et &#171; opportunit&#233;s &#187; de production, n'y aurait-il pas un autre type d'apprentissage &#224; consid&#233;rer ; apprentissage adapt&#233; aux nouveaux m&#233;tiers qui s'exercent de plus en plus autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ne pas commencer par essayer d'apprendre &#224; chacun &#224; conqu&#233;rir le plein usage de sa personnalit&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; se transformer sans cesse ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus que dans la somme des avenirs, le devenir du monde est en chacun. C'est en chacun de nous que nous mettons tous nos d&#233;sirs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas l&#224; seulement une ambition personnelle, c'est une n&#233;cessit&#233; des temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette perspective que nous nous proposons de cr&#233;er un journal au sein de l'universit&#233; de Saint-Denis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal peut &#234;tre un moyen pour chacun, celui de la conqu&#234;te de &#171; l'exercice de sa personnalit&#233; &#187;, enfin la revendication de son apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y contribuerait, d'une part, en amenant cette probl&#233;matique sur le terrain de l'action collective et, d'autre part, en lui permettant de lier le monde de la formation, de la recherche et de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se veut donc un espace collectif qui repr&#233;sente en quelque sorte une place publique, une place que le public fr&#233;quente, une place o&#249; le public se parle, o&#249; le public se fait justement une place. L'espace collectif permet &#224; l'exp&#233;rience de l'un de trouver son usage dans son rapport &#224; celle de l'autre, et ceci pour un enrichissement mutuel. Il est un espace pratique : lieu accessible &#224; tous par sa nature m&#234;me, mais aussi pratique dans le sens de &#224; pratiquer, &#224; utiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est un moyen qui se fixe par l&#224; des objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus qu'un support parmi d'autres de l'information estudiantine, le journal se voudrait avant tout - et c'est l&#224; son principal objectif - un espace d'&#233;laboration. &#192; chacun pour cela de retrouver ce que Robert Musil appelait le &#171; sens du possible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il engage son lecteur &#224; participer, &#224; se mettre dans une optique &#171; op&#233;rationnelle &#187;, &#224; consid&#233;rer d'un peu plus pr&#232;s la Recherche et la Formation dans le cadre de la Production. Pour nous, la Production, par exemple, c'est donner au lecteur l'envie de r&#233;diger un article autant que de faire une enqu&#234;te, une interview, ou d'approcher le monde dit &#171; professionnel &#187;. De plus, l'information brute ne pourra &#234;tre donn&#233;e &#224; d&#233;couvrir que dans la simultan&#233;it&#233; de l'usage qui en sera fait, dont chaque article t&#233;moignera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise actuelle nous engage tout autant &#224; fonder un journal. Elle touche tous les recoins de nos existences. Mais elle peut aussi, si nous voulons l'affronter plut&#244;t que la subir, devenir paradoxalement une opportunit&#233;. De ce point de vue, elle nous oblige, pour nous en sortir, &#224; &#233;laborer des projets, nos projets ; elle nous situe d'embl&#233;e dans l'urgente n&#233;cessit&#233; d'obtenir des r&#233;sultats, dans l'urgente n&#233;cessit&#233; de ne pas la laisser se nourrir d'elle m&#234;me. Ne s'alimente-t-elle pas, d'ailleurs et en premier lieu, des cons&#233;quences de l'immobilisme des diff&#233;rentes disciplines cloisonn&#233;es, condamn&#233;es &#224; &#233;touffer dans le carcan des limites des comp&#233;tences qu'elles d&#233;finissent ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous nous adressons &#224; tous ceux que l'on a rel&#233;gu&#233;s &#224; la p&#233;riph&#233;rie de nos villes, &#224; la p&#233;riph&#233;rie de leurs vies. Nous disons : le poste de commandement aux p&#233;riph&#233;ries.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Un repli sur nos racines et nos traditions n'aboutit qu'&#224; boucher tous nos horizons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que jamais nous avons besoin de les &#233;largir afin de r&#233;pondre aux exigences d'un monde en mutation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut peut-&#234;tre commencer par sortir de l'inertie, sortir de ce que nous savons trop bien faire, de cette r&#233;p&#233;tition des m&#234;mes gestes pr&#233;cis qui nous &#233;touffent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'orchestre, aussi virtuose qu'il soit, continue &#224; jouer pendant que le bateau coule, il n'y aura bient&#244;t plus que l'&#233;cume pour rire de ce g&#233;n&#233;rique de fin lyrique et, &#244; combien, absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; un grand nombre de jeunes manifestent leur ennui, o&#249; beaucoup, du ch&#244;meur au retrait&#233;, ne savent plus &#224; quoi ils servent, &#224; l'heure o&#249; les chefs d'entreprises ne cessent de se plaindre de l'inadaptation de la Formation aux r&#233;alit&#233;s de l'&#233;poque, &#224; l'heure o&#249;, aussi bien les coupes budg&#233;taires que les peurs et inhibitions de &#171; chacun contre les autres &#187; ou des &#171; autres contre les autres autres &#187;, entravent tout devenir pour notre g&#233;n&#233;ration, l'esprit d'aventure oblige, force doit rester &#224; l'avenir. &#192; nous &#233;tudiants, qui en sommes l'expression, d'agir. Le journal est notre contribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous souhaitons, enfin, un journal, qui nous donne les moyens de nous poser des questions aussi simples que : qu'est-ce qui nous fait les habitants d'une m&#234;me cit&#233; (&#224; commencer par la cit&#233; universitaire), peut-&#234;tre une recherche, ou des buts &#224; atteindre en commun ? R&#233;p&#233;tons-le : Plus que jamais demain reste &#224; inventer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entretien avec Ir&#232;ne Sokologorski</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne CALVEL, Federica BERTELLI, Yovan GILLES</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'universit&#233; devrait promouvoir une alternance compos&#233;e de pauses professionnelles et le temps d'apprentissage et inversement, li&#233;s entre eux par des processus d'&#233;changes afin que chacun, qu'il soit &#233;tudiant, salari&#233; ou professeur, puisse &#234;tre en permanence &#224; la fois en situation d'acquisition et de restitution.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 1&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'universit&#233; devrait promouvoir une alternance compos&#233;e de pauses professionnelles et le temps d'apprentissage et inversement, li&#233;s entre eux par des processus d'&#233;changes afin que chacun, qu'il soit &#233;tudiant, salari&#233; ou professeur, puisse &#234;tre en permanence &#224; la fois en situation d'acquisition et de restitution.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent : &lt;br class='autobr' /&gt;
On entend, aujourd'hui, beaucoup de chefs d'entreprise se plaindre d'une incapacit&#233; des &#233;tudiants &#224; s'adapter aux r&#233;alit&#233;s de la production. D'autre part, le progr&#232;s technologique est en train de bouleverser compl&#232;tement le mod&#232;le taylorien de la production, fond&#233; sur le travail post&#233;, le compartimentage des t&#226;ches et la stricte ob&#233;issance au syst&#232;me hi&#233;rarchique des bureaux. La mati&#232;re grise rempla&#231;ant peu &#224; peu la force de travail, des responsables d'entreprise affirment, de plus en plus, qu'il leur faut maintenant des hommes responsables, autonomes, sachant prendre des initiatives et organiser leur propre espace de travail. Par cons&#233;quent, cette double &#233;volution n'implique-t-elle pas de la part de l'universit&#233; un changement p&#233;dagogique radical ? L'enseignement ne devrait-il pas alors se donner pour t&#226;che d'initier l'&#233;tudiant &#224; l'action par la connaissance ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ir&#232;ne Sokologorski&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Pr&#233;sidente de l'universit&#233; Paris 8 de Saint-Denis' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : Il y a plusieurs points. D'abord les entreprises changent, et progressivement, aussi bien de la part de l'entreprise que de l'universit&#233;, &#233;merge une volont&#233; de mieux se conna&#238;tre. On essaye, de part et d'autre, de d&#233;passer les a priori. Du c&#244;t&#233; des enseignants et des &#233;tudiants, l'entreprise apparaissait encore trop comme le lieu de l'exploitation, &#224; l'inverse, les entrepreneurs voyaient dans les universitaires des intellectuels incapables de participer &#224; la production. Les uns et les autres reviennent, aujourd'hui, sur cette position qui nourrit une ignorance r&#233;ciproque. Les universit&#233;s ont compris que la majorit&#233; de leurs &#233;tudiants seront, pour la plupart, appel&#233;s &#224; travailler en entreprise, et que le d&#233;veloppement de la capacit&#233; de production des &#233;tudiants &#233;tait un facteur de progr&#232;s et de mouvement de la soci&#233;t&#233;. Aussi s'agit-il de voir, &#224; pr&#233;sent, comment les y pr&#233;parer au mieux. Les entreprises ont fini, &#233;galement, par comprendre qu'elles pouvaient trouver dans les universit&#233;s des gens qui travaillent d'une mani&#232;re aussi int&#233;ressante que dans les &#233;coles ou les grandes &#233;coles. Ce pr&#233;jug&#233; n&#233;gatif est donc, lui aussi, en train de r&#233;gresser. Ceci pos&#233;, nous avons, de part et d'autre, engag&#233; une r&#233;flexion pour une strat&#233;gie de rapprochement. Je mentionnerai ce club rassemblant des pr&#233;sidents d'universit&#233; et des PDG d'entreprises nationales et internationales, qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; depuis peu. Au niveau local, et dans le cadre d'une familiarisation de nos deux univers, nous rencontrons des responsables des chambres de commerce et de la chambre patronale. Nous aboutissons, entre autres, &#224; ce que des &#233;tudiants, tout en poursuivant leurs &#233;tudes, puissent &#234;tre accueillis dans des entreprises afin d'&#234;tre mis directement en contact avec leur fonctionnement ; parall&#232;lement, des chefs d'entreprise visitent nos universit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, comment pr&#233;parons-nous les &#233;tudiants ? Notre universit&#233; a, pour deux raisons, une position significative en ce domaine. En, premier lieu, cela d&#232;s 1968, notre universit&#233; vincennoise s'est pos&#233;e le probl&#232;me de la professionnalisation, refusant d'embl&#233;e la coupure entre la r&#233;flexion et l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, et corr&#233;lativement, en tant qu'universit&#233; plut&#244;t tourn&#233;e vers les Sciences Humaines, nous ne formons pas des techniciens destin&#233;s &#224; des m&#233;tiers pointus. De ce fait, nous avons un acc&#232;s &#224; la professionnalisation tout &#224; fait diff&#233;rent des universit&#233;s scientifiques et techniques. Je pense que c'est une chance. Le dirigeant d'une PME me confiait r&#233;cemment : &#171; sur les 240 personnes qui composent mon entreprise, il y a au moins deux cents m&#233;tiers diff&#233;rents &#187;. Je dirais donc de la professionnalisation dans le monde actuel, qu'elle concerne une pr&#233;paration &#224; des m&#233;tiers que l'on ne conna&#238;t sans doute pas encore. Que doit, alors apporter l'universit&#233; aux &#233;tudiants ? - sinon un maximum d'atouts qui leur permettent non seulement d'&#233;voluer avec leur m&#233;tier, mais aussi de changer de m&#233;tier, dans le cadre d'une forte mobilit&#233; sectorielle et g&#233;ographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a peu encore, la n&#233;cessit&#233; de concevoir des enseignements adapt&#233;s &#224; des d&#233;bouch&#233;s professionnels, se r&#233;v&#233;lait une obligation pour les universit&#233;s dont les disciplines profilaient des m&#233;tiers imm&#233;diatement discernables. L'int&#233;r&#234;t des entreprises se portait donc in&#233;vitablement sur d'autres universit&#233;s que la n&#244;tre. pr&#233;sentement, je pense que la d&#233;marche des entreprises est diff&#233;rente : de moins en moins d'entreprises raisonnent en termes de besoins imm&#233;diats et de personnel interchangeable, au contraire, beaucoup ressentent la n&#233;cessit&#233; d'engager des individus bien pr&#233;par&#233;s, susceptibles d'amorcer des virages avec elles dans le cadre des continuels changements le l'&#233;poque. C'est pour cette raison que beaucoup d'entreprises, aujourd'hui, ont l'impression que les universit&#233;s qui ne sont pas directement professionnalisantes et &#171; sp&#233;cialisantes &#187;, comme la n&#244;tre, repr&#233;sentent un atout pour l'avenir. Ceci explique la fa&#231;on pressante avec laquelle beaucoup s'int&#233;ressent &#224; nous, depuis quelques mois. Il y a une importante &#233;volution sur ce point. Cela ne fait que renforcer la n&#233;cessit&#233;, aujourd'hui, de pr&#233;parer les &#233;tudiants &#224; un monde changeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P.V.P. : Compte tenu des changements en cours, il s'agirait donc de pr&#233;parer les &#233;tudiants aux changements incessants, autant au plan du m&#233;tier qu'au plan des &#233;tudes, plut&#244;t que de leur assurer un m&#233;tier ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.S. : Exactement. Notons aussi que le facteur personnel devient de plus en plus important dans les entreprises. Ce dont elles ont besoin, c'est d'individus porteurs de personnalit&#233;, la question des nouveaux m&#233;tiers se situe &#224; ce niveau d'appr&#233;ciation. L'universit&#233; scientifique ne s'est pas tellement pr&#233;par&#233;e &#224; ces probl&#232;mes nouveaux, tant elle &#233;tait assur&#233;e de former les gens dont on avait besoin ; tandis que nous, nous avons &#233;t&#233; accul&#233;s &#224; &#234;tre inventifs. Les Sciences Humaines, les disciplines litt&#233;raires, durant de longues ann&#233;es, ont pourtant &#233;t&#233; d&#233;pr&#233;ci&#233;es, pensant qu'elles &#233;taient inutiles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P.V.P. : D'ailleurs, la plupart des &#233;tudiants qui s'engagent dans une discipline litt&#233;raire, sont persuad&#233;s qu'ils sont vou&#233;s &#224; demeurer des &#171; intellectuels &#187; qui ne pourront jamais agir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.S. : En effet, ils le pensent, mais c'est de moins en moins vrai. Par exemple, des chefs d'entreprise &#233;crivent dans des articles que leurs meilleurs collaborateurs sont, paradoxalement, des agr&#233;g&#233;s de philosophie. Les gens doivent se mettre dans la t&#234;te que l'important est de se former, avant tout, en tant qu'individu, en tant que personnalit&#233;. Ceux de ma g&#233;n&#233;ration savaient qu'on choisissait un m&#233;tier afin de se mettre sur les rails &#224; vie, en revanche, vous, vous n'aurez pas d'autre alternative que d'&#234;tre constamment inventif, et cela sera aussi dur que passionnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P.V.P. : Comment traduire cette conception dans les faits. Je pense plus particuli&#232;rement &#224; la relation &#233;tudiants/professeurs ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.S. : C'est difficile. Les &#233;tudiants ne sont pas des sacs dans lesquels on fourre des connaissances. Il faudrait forger un type de rapport appuy&#233; sur une connaissance de l'autre, impliquant par l&#224; une aptitude pluridisciplinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P.V.P. : Cela implique un changement de mentalit&#233;. Il ne s'agit plus d'emmagasiner des connaissances pour d&#233;crocher un dipl&#244;me au plus vite, il faut apprendre &#224; agir avec le changement. Plus encore, ne pourrait-on pas concevoir l'universit&#233; comme un lieu de renouvellement des connaissances, et par cons&#233;quent des &#233;tudes elles-m&#234;mes ? Nous pensons que c'est l&#224; une &#233;volution qui se dessine aujourd'hui, une &#233;volution que les gens ont du mal &#224; discerner. Avant, il y a avait une segmentation tr&#232;s &#233;tanche entre le parcours &#233;ducatif et l'exercice du m&#233;tier, actuellement, on arrive &#224; une refonte de ces deux composantes, preuve en est du d&#233;veloppement significatif de la formation continue dans l'entreprise. Nous avons avanc&#233; l'id&#233;e g&#233;n&#233;rique selon laquelle l'universit&#233; qui a longtemps, et par vocation, &#233;t&#233; un lieu de transmission du savoir et de la culture, pourrait devenir un lieu de production des connaissances et de la culture. Bien &#233;videmment, il y a des r&#233;sistances conservatrices tr&#232;s fortes des mentalit&#233;s, du genre de celles que vous souligniez au d&#233;but. Ne pensez-vous pas qu'un effort concernant un changement culturel devrait pr&#233;c&#233;der d'&#233;ventuelles transformations structurelles de l'enseignement ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.S. : Oui. Le changement... certainement, affecte les mentalit&#233;s. Vous dites : &#171; lieu de production des connaissances &#187;, mais elle l'est d&#232;s le d&#233;part en tant que lieu de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P.V.P. : Certainement, pour les enseignants en qualit&#233; de chercheurs, mais comment faire p&#233;n&#233;trer cette id&#233;e chez l'ensemble des &#233;tudiants et en impr&#233;gner le mode d'enseignement lui-m&#234;me &#224; travers la relation &#233;tudiants/professeurs ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.S. : C'est l&#224; o&#249; l'universit&#233; doit jouer son r&#244;le d'&#233;changes, de contacts et d'interfaces. Avant, il y avait d'un c&#244;t&#233; la formation permanente dont b&#233;n&#233;ficiaient les personnes en situation d'emploi, et de l'autre c&#244;t&#233; les &#233;tudiants traditionnels. Maintenant, il y a m&#233;lange, et c'est un facteur positif. Il n'y a pas seulement le rapport enseignants/enseign&#233;s, mais aussi celui d'enseign&#233;s/enseign&#233;s qui favorise un enrichissement mutuel. L'universit&#233; devrait promouvoir une alternance compos&#233;e de pauses professionnelles et de temps d'apprentissage et inversement, li&#233;s entre eux par des processus d'&#233;changes afin que chacun, qu'il soit &#233;tudiant, salari&#233; ou professeur, puisse &#234;tre en permanence &#224; la fois en situation d'acquisition et de restitution. Il y a, bien entendu, le verrou des mentalit&#233;s &#224; faire sauter. Il faudrait aussi arriver &#224; donner aux enseignants une plus grande souplesse et mobilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P.V.P. : L'universit&#233; devrait s'ouvrir &#224; son environnement &#224; travers une culture mettant en jeu les expressions de chacun. N'a-t-elle pas un r&#244;le &#224; jouer contre l'exclusion ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.S. : Nous inaugurons, aujourd'hui m&#234;me, le Centre de Ressources Banlieue, con&#231;u pour que des universitaires rencontrent des professionnels et tous ceux qui agissent sur la ville de Saint-Denis, dans le cadre d'actions concert&#233;es. La situation de notre universit&#233;, son environnement y sont pour beaucoup. Nous sommes en prise directe sur la banlieue, sur la ville dans ses aspects les plus difficiles. Ce qui nous a port&#233;, entre autres, &#224; d&#233;velopper une r&#233;flexion autour du th&#232;me Banlieues-villes-lien social. En tant qu'ancienne universit&#233; vincennoise, on nous a exil&#233; en banlieue. Mais, nous avons su transformer ce handicap en chance, dans le cadre d'une appr&#233;hension pluridisciplinaire du monde contemporain. Nous sommes aux premi&#232;res loges pour observer ce qui s'y passe. Par ailleurs, l'universit&#233; a un r&#244;le &#224; jouer contre l'exclusion, ne serait-ce, d&#233;j&#224;, que pour tous ceux qu'elle accueille, et aussi ceux qu'elle n'accueille pas : elle est un lieu ouvert en permanence. Mais, nous ne pouvons pas faire de miracle, cette lutte est surtout de l'ordre du symbolique &#224; l'image de la biblioth&#232;que que nous inaugurons, ouverte sur la ville, comme une incitation au travail intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P.V.P. : L universit&#233; est le plus souvent devenue un lieu de transit, un lieu de non-relation humaine. Comment en faire un lieu de vie, un lieu o&#249; se rencontrer et &#233;laborer des projets qui aient un futur ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.S. : Un soir de la fen&#234;tre de mon bureau, j'ai aper&#231;u quelqu'un qui courait sur la passerelle avec sa serviette sous le bras. Il sortait, sans doute, d'un cours du soir. Il y avait une esp&#232;ce de joie dans sa h&#226;te : il avait re&#231;u quelque chose, et partait de l'universit&#233; plus riche. Je me suis dit, alors, que je ne travaillais peut-&#234;tre pas pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P.V.P. : Oui, en effet, plus que de parler d'un lieu de vie, disons que l'universit&#233; peut enrichir la vie de chacun.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.S. : Cela peut se traduire par une pr&#233;sence longue ou ponctuelle. Je suis pour une universit&#233; qui existe dans une aire g&#233;ographique. une aire g&#233;ographique assez floue, pour des personnes de toutes professions, qui y circuleraient librement pour y &#171; chercher quelque chose &#187;. Il faudrait que l'universit&#233; puisse rendre, &#224; tout moment, une esp&#232;ce de service culturel &#224; cette aire g&#233;ographique, qu'elle repr&#233;sente un lieu ouvert, un lieu de production et de diffusion diversifi&#233;es des connaissances... Que d&#232;s le moment o&#249; l'on &#233;crit, o&#249; l'on produit quelque chose, on puisse le pr&#233;senter. Evidemment, c'est une demande que tous devraient pouvoir faire &#224; l'universit&#233; ; oui, il faut instaurer cet &#233;tat d'esprit. Je pense que nous ne risquons pas l'exc&#232;s... L'exc&#232;s serait peut-&#234;tre possible, mais nous n'en sommes pas l&#224; ! C'est peut-&#234;tre de cette mani&#232;re, aussi, que l'on arrive &#224; lutter contre l'exclusion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;sidente de l'universit&#233; Paris 8 de Saint-Denis&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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