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	<title>LES PERIPHERIQUES VOUS PARLENT</title>
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		<title>Une si changeante d&#233;suetude </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne CHEPTOU</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce domaine le plus fondamental, dans lequel nous cherchons le sens de toute chose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est l&#224; qu'une culture, se d&#233;calant insensiblement des ordres empiriques qui lui sont pr&#233;scrits par ses codes primaires, instaurant une premi&#232;re distance par rapport &#224; eux, leur fait perdre leur transparence initiale, cesse de se laisser passivement traverser par eux, se d&#233;prend de leurs pouvoirs imm&#233;diats et invisibles, se lib&#232;re assez pour constater que ces ordres ne sont peut-&#234;tre pas les seuls possibles et meilleurs... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Foucault, Les mots et les choses. Edition Gallimard 1966.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 0&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce domaine le plus fondamental, dans lequel nous cherchons le sens de toute chose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est l&#224; qu'une culture, se d&#233;calant insensiblement des ordres empiriques qui lui sont pr&#233;scrits par ses codes primaires, instaurant une premi&#232;re distance par rapport &#224; eux, leur fait perdre leur transparence initiale, cesse de se laisser passivement traverser par eux, se d&#233;prend de leurs pouvoirs imm&#233;diats et invisibles, se lib&#232;re assez pour constater que ces ordres ne sont peut-&#234;tre pas les seuls possibles et meilleurs... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Foucault, Les mots et les choses. Edition Gallimard 1966.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avec l'&#233;lection de Bill Clinton &#224; la t&#234;te des &#201;tats-Unis, ce fut le foisonnement des id&#233;es de changement et de politique plus &#224; gauche, de culture d'ouverture, en bref l'annonce de la grande nouveaut&#233; dans ce contexte d'ultra-lib&#233;ralisme am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a d'ailleurs rechign&#233; sur aucun des indices pouvant concr&#233;tiser ou du moins promettre ce changement. Durant toute la campagne &#233;lectorale, Bill Clinton s'est montr&#233; volontaire pour &#171; am&#233;liorer les performances du syst&#232;me &#233;ducatif am&#233;ricain (et) en faciliter l'acc&#232;s au plus grand nombre &#187; (Le Monde, 6 novembre 1992). Ce programme ambitieux n&#233;cessitant un r&#233;engagement, notamment financier, de l'&#201;tat dans les &#233;coles et universit&#233;s a laiss&#233; supposer un r&#233;&#233;quilibrage budg&#233;taire et plus particuli&#232;rement de &#171; possibles r&#233;ductions du budget de la d&#233;fense &#187; ! (ibid.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareille &#233;volution fait penser au d&#233;bat sur l'&#233;ducation nationale en France (m&#234;me si l'&#233;volution se fait en sens inverse !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce type de changement, bien que marquant une d&#233;marche politique s'opposant avec celle de Bush ne saurait pr&#233;tendre &#224; acc&#233;der &#224; un enseignement diff&#233;rent, mieux adapt&#233; aux exigences des individus concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette action de changement s'op&#232;re d'une fa&#231;on traditionnelle ; c'est-&#224;-dire que malgr&#233; la profondeur apparente de ce changement, cette orientation politique d'&#233;ducation se situe dans un syst&#232;me r&#233;f&#233;rentiel lui-m&#234;me inchang&#233;. Y voir le changement serait signifier que le remplacement d'une chose par son contraire dessine une autre r&#233;alit&#233;. Ce serait omettre que &#171; chaque aspect de la r&#233;alit&#233; tire sa substance et son caract&#232;re concret de l'existence de son oppos&#233;. (...) (Ainsi le jour et la nuit, le chaud et le froid, ...ainsi) qu'une multitude d'autres polarit&#233;s constituant simplement les deux aspects compl&#233;mentaires d'une seule r&#233;alit&#233; ou d'un seul cadre de r&#233;f&#233;rence. &#187; (P. Watzlawick, J. Weakland, R. Fisch : Changements, Ed. Seuil, p. 36)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me exemple de changement quant &#224; la politique de Bill Clinton est celui de la nomination de Ron Brown (un noir) comme secr&#233;taire au commerce ainsi qu'un certain nombre de femmes au congr&#232;s. Effectivement, femme et noir sont les oppositions courantes de homme et blanc ; mais en quoi cela constituerait-il les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires et &#233;vidents d'une politique diff&#233;rente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, afin de parler de changement politique il faudrait d'abord analyser plus pr&#233;cis&#233;ment la consistance de cette id&#233;e de changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le changement peut s'effectuer &#224; plusieurs niveaux. Le premier serait celui du changement dans la continuit&#233;, c'est-&#224;-dire, l&#224; o&#249; les combinaisons internes s'en r&#233;f&#233;rent aux r&#232;gles d'un syst&#232;me, en l'occurrence un syst&#232;me ultra-lib&#233;ral ; et le seul changement r&#233;side en des am&#233;nagements internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude ne peut engendrer de l'int&#233;rieur les conditions de son propre changement : il ne peut pas produire les r&#232;gles qui permettraient de changer les r&#232;gles qui r&#233;gissaient le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'alternative est : se vouloir un homme qui agit (un acteur) et s'organiser en cons&#233;quence, sinon, essayer d'obtenir satisfaction de l'Organisation. C'est la loterie. Il peut toujours se consoler : il y en a bien qui gagnent &#224; la loterie. Mais lui, il s'obstine &#224; poser l'homme avant l'Organisation parce qu'il &#034;se sent&#034; un homme et qu'il ne &#034;sent&#034; pas l'Organisation. Il ne &#034;se sent&#034; pas un homme lors qu'il &#034;se sent&#034; &#233;l&#233;ment utile de l'Organisation. L'Organisation dispose de sa vie. Dans ces conditions, il ne lui reste qu'&#224; &#234;tre un petit malin. La politique des petits malins, c'est pas tr&#232;s malin. &#192; malin, malin et demi. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;el changement r&#233;side dans une perspective bien diff&#233;rente : le changement n'est alors plus r&#233;f&#233;r&#233; &#224; un ensemble de r&#232;gles, celles d'une tradition politique profond&#233;ment marqu&#233;e par sa volont&#233; de puissance mondiale, son orientation lib&#233;rale (plus ou moins nuanc&#233;e selon que les pr&#233;sidents successifs furent r&#233;publicains ou d&#233;mocrates ; le r&#233;el changement ou le changement syst&#233;mique s'effectue dans une attitude se pla&#231;ant en dehors de ce syst&#232;me, donc sans contrainte pr&#233;suppos&#233;e. En d'autres termes, il n'est absolument pas indiff&#233;rent de consid&#233;rer, les acteurs socio-politiques selon ces deux attitudes de changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une logique de changement interne, compr&#233;hensible en terme de vicissitudes r&#233;f&#233;rentes &#224; un syst&#232;me, les individus se consid&#232;rent eux-m&#234;mes comme les &#233;l&#233;ments d'un ensemble r&#233;pondant &#224; un certain nombre de r&#232;gles, cet ensemble &#233;tant &#171; le r&#233;el &#187; dans lequel Bill Clinton, par exemple, devra se mouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une logique de changement syst&#233;mique, les acteurs socio-politiques sont conscients que ces r&#232;gles ne sont r&#233;elles que dans la mesure o&#249; elles r&#233;pondent &#224; une d&#233;finition qu'ils ont eux-m&#234;mes cr&#233;&#233;e ou accept&#233;e et surtout qu'ils sont en mesure de transformer en une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce deuxi&#232;me type de changement ne peut &#234;tre appel&#233; renversement ou opposition ; car ce changement ne situe pas son action &#224; l'int&#233;rieur d'un cadre immuable : ce changement joue sur le cadre lui-m&#234;me ; il est une fonction libre d'&#233;voluer et de cr&#233;er d'autres r&#233;f&#233;rents. Ces r&#233;f&#233;rents r&#233;pondant &#224; une r&#233;alit&#233; (ou partie) sont n&#233;cessairement transformables puisqu'ils sont production des individus socio-politiques eux-m&#234;mes en tant qu'entit&#233; &#233;volu&#233;e et &#233;voluant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la politique de Bill Clinton qualifi&#233;e de &#171; changement dans la prudence &#187; par A. Frachon (Le Monde, 6 nov. 1992) ne permet pas d'&#233;quivoque quant &#224; sa consistance !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; ne savoir qu'en faire </title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article104</link>
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		<dc:creator>Anne CHEPTOU</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Savoir en diff&#233;r&#233;, vou&#233; &#224; stagner au fond des t&#234;tes d&#233;form&#233;es ! Ou bien plut&#244;t, d&#233;passer ces fonds us&#233;s et englu&#233;s : int&#233;grer son savoir, c'est se rendre capable de jouer avec ces connaissances agglom&#233;r&#233;es avec le temps.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 0&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Savoir en diff&#233;r&#233;, vou&#233; &#224; stagner au fond des t&#234;tes d&#233;form&#233;es ! Ou bien plut&#244;t, d&#233;passer ces fonds us&#233;s et englu&#233;s : int&#233;grer son savoir, c'est se rendre capable de jouer avec ces connaissances agglom&#233;r&#233;es avec le temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'universit&#233; est un milieu ferm&#233;, une institution non adapt&#233;e aux exigences de l'entreprise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tels sont les lieux communs sans cesse ressass&#233;s et v&#233;hicul&#233;s comme s'ils &#233;taient des v&#233;rit&#233;s, des donn&#233;es de fait auxquelles il est impossible de rem&#233;dier. Impossible d'y rem&#233;dier puisque v&#233;hiculant des id&#233;es, des fonctionnements qui nous sont trop habituels, qui appartiennent &#224; la tradition !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, on ne peut se d&#233;terminer &#224; vivre dans cet amalgame de d&#233;calages permanents, de ces difficult&#233;s d'adaptation entre les lieux de &#171; formation &#187; et les lieux de &#171; production &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universit&#233; nous est donn&#233;e comme le lieu de formation, d'instruction, d'acquisition de toutes nos connaissances, apr&#232;s quoi, rempli de ce savoir, l'individu doit pouvoir &#171; s'adapter &#187; au monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette adaptation trop souvent per&#231;ue comme une simple mise en application du savoir &#171; th&#233;orique &#187; devient la difficult&#233; : d'une part la d&#233;cr&#233;pitude, l'ennui, la mort &#224; petit feu du jeune salari&#233;, d'autre part l'insatisfaction du chef d'entreprise devant ce personnel non motiv&#233;. &#171; Non motiv&#233; &#187; n'est pas le terme exact. Les individus sortant de l'universit&#233; seraient plut&#244;t &#171; mal motiv&#233;s &#187; : l&#224; o&#249; le travail de production commence, la formation cesse ! R&#233;sultat incontestable des syst&#232;mes &#233;conomiques de nos soci&#233;t&#233;s avanc&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1990, les d&#233;penses de formation des entreprises fran&#231;aises repr&#233;sentent 3,1 % de la masse salariale. Cet effort dans l'air du temps est ind&#233;niable. Reste &#224; rendre compte des r&#233;sultats de ces journ&#233;es de formation que l'on propose (impose) aux salari&#233;s. &#171; Dans les petites entreprises, la politique de formation ressemble le plus souvent &#224; une absence de politique &#187;, me disait r&#233;cemment un jeune technicien. &#171; Dans la bo&#238;te o&#249; je travaille, on a envoy&#233; des salari&#233;s dans un centre de formation, pendant huit jours ; ils sont rentr&#233;s d&#233;&#231;us ; &#231;a s'&#233;tait mal pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; aucun moment, pr&#233;alablement &#224; ce temps de formation, les objectifs n'avaient &#233;t&#233; &#233;tablis. Il est n&#233;cessaire que les formateurs, les salari&#233;s et les chefs d'entreprise se mettent d'accord sur les objectifs de la formation, la m&#233;thode. La formation, c'est une certaine capacit&#233; &#224; ma&#238;triser une situation en cas de probl&#232;me ponctuel dans l'entreprise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;flexion happ&#233;e au fil d'une conversation r&#233;v&#232;le bien, &#224; mon avis, la situation probl&#233;matique dans laquelle les entreprises sont engag&#233;es. Certes, il y a volont&#233; de formation, mais est-ce suffisant de se contenter de cette volont&#233;, du bon vouloir d'un chef d'entreprise &#224; &#171; offrir &#187; quelques journ&#233;es de formation &#224; ses salari&#233;s ? Non, &#233;videmment, dans la mesure o&#249; ce moment de formation n'est bien souvent qu'un savoir en diff&#233;r&#233;, un savoir &#171; qui peut toujours servir &#187; mais qui, en r&#233;alit&#233;, ne sera jamais utilis&#233;, jamais repens&#233;, seulement vou&#233; &#224; stagner au fond des t&#234;tes d&#233;form&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi vivotent les petites entreprises, ainsi perdurent dans cette impossibilit&#233; d'avanc&#233;es personnelles, les salari&#233;s dans ces bo&#238;tes ; d'autant qu'il n'est plus question pour la plupart d'entre eux (ceux qui ont appris &#171; sur le tas &#187;, comme on dit) d'oser une nouvelle exp&#233;rience dans une autre entreprise. En effet, dans un contexte o&#249; les dipl&#244;mes universitaires sont institu&#233;s et fonctionnent (ou du moins, perdurent &#224; l'&#233;tat de derniers r&#233;sidus) comme signe distinctif de l'ultime reconnaissance sociale, il n'est gu&#232;re pensable de parler de savoir &#171; fait maison &#187; ou ailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si actuellement des initiatives visant &#224; cr&#233;er des ponts entre les savoir acquis dans le cadre d'une exp&#233;rience, d'un travail et les savoir ou connaissances de type universitaire, scolaire s'&#233;difient petit &#224; petit, reste la question du r&#233;f&#233;rent. Pourquoi le savoir acad&#233;mique serait le seul, unique et v&#233;ritable r&#233;f&#233;rent apte &#224; rendre compte de tout type de savoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou en reformulant la question : qu'en est-il du savoir ? Cette valeur absolue, cette seconde peau de laquelle il nous faudrait nous recouvrir, sans aucun doute, puisque c'est elle qui sera apte &#224; rendre honneur ou d&#233;sespoir aupr&#232;s de nos pr&#233;tendus amis, ou ennemis tout aussi bien ! Il serait de bon aloi de commencer par faire la distinction explicite entre savoir (th&#233;orique) et savoir-faire (technique), mais pour le fondement m&#234;me de mon questionnement, je m'en dispenserai : j'opposerai plut&#244;t pour les besoins de cette explication savoir et connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cr&#233;ons des groupes professeurs / &#233;tudiants pour y poser le probl&#232;me de l'enseignement. Professeur interpr&#232;te ou professeur acteur ? est la premi&#232;re question. Il y a des professeurs qui prennent les &#233;tudiants pour leur gagne-pain. Il y a des &#233;tudiants qui attendent de leurs professeurs qu'ils leur donnent un gagne-pain. Nous ne mangerons pas de ce pain-l&#224;.&lt;/h3&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Si le savoir acad&#233;mique (universitaire) est irr&#233;m&#233;diablement pos&#233; comme r&#233;f&#233;rent &#224; notre niveau de comp&#233;tence individuelle, il est indispensable d'en faire une br&#232;ve esquisse afin de donner la possibilit&#233; &#224; tout un chacun d'en user !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis &#233;tudiante depuis quatre ann&#233;es et je peux dire que le syst&#232;me d'enseignement sup&#233;rieur est principalement bas&#233; sur l'acquisition d'une culture ; culture dans le sens d'un accueil possible d'un certain nombre de connaissances ; d'ailleurs tr&#232;s grand nombre de connaissances. Cet enseignement consiste donc ni plus ni moins &#224; l'inculcation d'un certain nombre de th&#233;or&#232;mes, de propositions, de pens&#233;es, d'&#233;v&#233;nements etc.. Et ceci, on l'appelle &#171; savoir &#187;, le Savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le savoir ayant quand m&#234;me une finalit&#233; bien pr&#233;cise, celle d'une int&#233;gration dans la soci&#233;t&#233;, doit pouvoir se donner les moyens de rendre les individus intelligents et aptes &#224; produire. Bien souvent, justement, on s'en plaint : les jeunes enseignants ont les connaissances requises mais ne parviennent pas &#224; transmettre le savoir, les jeunes ing&#233;nieurs ne connaissent pas les r&#233;alit&#233;s de l'entreprise, les jeunes politiciens ne connaissent pas la vie sociale effective. Mais cette attitude est normale et l&#233;gitime car on est en droit de demander de l'&#233;tudiant, apr&#232;s qu'il ait pass&#233; un, deux ou dix ans de sa vie dans une institution qui d&#233;tient l'ensemble (ou presque) du savoir, qu'il soit un &#234;tre form&#233;, c'est-&#224;-dire &#233;lev&#233; et constitu&#233; en tant que d&#233;tenant telles connaissances, capable de les utiliser &#224; bon escient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, l'institution universitaire n'est pas &#224; proprement parler un lieu de formation des individus. C'est un lieu o&#249; on peut lire les &#171; grands auteurs &#187;, o&#249; on peut &#233;couter et recopier des cours, intervenir de temps &#224; autre sur un d&#233;saccord de compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignant intervient dans ce lieu pour apporter le savoir, les connaissances qu'il laisse &#224; disposition de ses &#233;tudiants ; il leur demande de rendre compte de ce qu'ils ont re&#231;u. L'&#233;tudiant joue son r&#244;le tout aussi consciencieusement : il essaie de redire la plus grande partie possible de ce qu'il a entendu. Mais &#224; aucun moment, l'&#233;tudiant n'est suppos&#233; r&#233;ellement int&#233;grer ces connaissances ; les int&#233;grer, ce serait se rendre capable de jouer de ces connaissances, agglom&#233;r&#233;es avec le temps. &#171; Jouer avec &#187;, c'est disposer son esprit comme individu ouvert, et non pas immuable, afin que des connaissances nouvelles puissent p&#233;n&#233;trer et bouleverser (&#224; des degr&#233;s divers) l'ordre &#233;tabli, tous les pr&#233;jug&#233;s, ou pr&#233;suppos&#233;s &#233;difi&#233;s selon une &#233;chelle de valeurs, elle-m&#234;me intouchable en raison de sa durabilit&#233;. Apr&#232;s cette premi&#232;re mobilisation, il en est une autre, celle qui consiste &#224; redonner &#224; cet &#233;tat de fusion un certain ordre : porter un jugement, se positionner (de fa&#231;on d&#233;termin&#233;e mais non pas stable) par rapport &#224; ces nouvelles donn&#233;es ou plut&#244;t, voir comment ces nouvelles donn&#233;es viennent contredire les pr&#233;acquis, en quoi elles permettent au sujet pensant de se remettre en cause lui-m&#234;me et par l&#224; m&#234;me, lui permettent de r&#233;&#233;valuer son comportement ; l'ajuster pour lui donner les moyens de s'affronter lui-m&#234;me, pour se r&#233;v&#233;ler davantage en tant qu'&#234;tre humain, individuel se d&#233;veloppant dans un milieu. Cette r&#233;flexion, dont l'individu devra faire l'effort, fera elle-m&#234;me surgir d'autres questions, d'autres difficult&#233;s, d'autres disharmonies, mettant ainsi le cerveau &#224; dure &#233;preuve, et le laissant toujours en questionnement, donc dans un &#233;tat instable, ainsi ouvert aux secousses : les agents ext&#233;rieurs, c'est-&#224;-dire les autres individus, la vie quotidienne, l'entourage collectif et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, bien que toujours en &#233;veil, l'esprit humain par ces remises en question successives, pose aussi des jalons, ces jalons desquels na&#238;tra une nouvelle contradiction qu'il lui faudra d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me ces jalons seront susceptibles d'&#234;tre &#233;branl&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en fait, &#224; chacune de ces nouvelles &#233;preuves, ces moments n&#233;cessaires &#224; la formation de l'&#234;tre humain, du nouveau se construit. M&#234;me si les fondements de cette construction sont d'un ciment friable, ils ont exist&#233;, ils ont permis un travail de l'individu, puis une construction : son identit&#233; propre qui se manifeste &#233;galement ext&#233;rieurement par un comportement, une prise de position dans la soci&#233;t&#233;, un jugement sur son entourage amical, familial ou social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de formation de l'individu en tant qu&#171; 'appartenant &#224; une communaut&#233; &#187;, en tant qu&#171; 'exer&#231;ant une activit&#233; &#187; (quelle qu'elle soit) sur une partie du monde (voisin, travailleur, scolaire), ce n'est pas du ressort de l'universit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonctionnant de fa&#231;on plut&#244;t renferm&#233;e sur elle-m&#234;me, elle ne peut pr&#233;tendre faire r&#233;fl&#233;chir, comprendre les individus sur cette dimension indispensable dans notre &#233;tat &#171; libert&#233;, &#233;galit&#233;, fraternit&#233; &#187;, celle du recouvrement de la libert&#233; de chacun, la permission et le besoin de vivre sa vie en soci&#233;t&#233;. Cette libert&#233; n'est pas un pr&#233;suppos&#233;, elle s'acquiert. Elle se prend et se comprend par une r&#233;flexion, un travail : elle n&#233;cessite le savoir. Le savoir pourrait alors se d&#233;finir comme ce processus d'&#233;l&#233;vation, ce processus par lequel la connaissance, l'&#233;v&#233;nement viennent nourrir l'individu pour le rendre lui-m&#234;me &#171; en action &#187; ; en &#234;tre ni r&#233;fl&#233;chissant &#224; la mani&#232;re d'un miroir, ni absorbant &#224; la fa&#231;on d'une &#233;ponge, mais plut&#244;t en &#234;tre v&#233;hiculant un pass&#233;, r&#233;ceptif &#224; un entourage dans toutes ses dimensions, acteur de sa vie et comme &#234;tre social : responsable (en partie) de celle des autres. C'est pourquoi la &#171; formation &#187; ne saurait distinguer connaissances venant de l'ext&#233;rieur et int&#233;gration particuli&#232;re de l'individu. Et c'est ainsi que les acquisitions de type scolaire n'ont pas n&#233;cessairement une activit&#233; plus importante, plus effective que les acquisitions de type socioprofessionnel sur le processus de formation. Et c'est ainsi que cette op&#233;ration visant &#224; opposer formation et production perd sa consistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'am&#232;ne &#224; dire que la mise en place, dans le r&#233;seau productif de formations continues multiples est certainement positive, dans la mesure o&#249; elle permet une ouverture (&#233;trang&#232;re, ext&#233;rieure) aux salari&#233;s, mais reste contradictoire ; en faisant des lieux de production des lieux o&#249; l'on ne se forme pas, l'entreprise productive n'est autre qu'une institution niant une partie de l'&#234;tre humain, ses huit heures par jour sur son lieu de travail. Or, c'est &#224; seule fin de se satisfaire, de se r&#233;aliser que l'individu travaille ; c'est un besoin &#224; l'accomplissement humain, &#224; la vie de tous les jours. Ainsi, pour d&#233;passer cette apparente contradiction, il faut renouer avec l'id&#233;e que le travail peut &#234;tre aussi formateur. Il est tout aussi utile que les autres moments de la vie &#224; la formation de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'exclut aucunement, au contraire, les temps d'interaction entre ces diff&#233;rents lieux (&#233;cole et lieu de production), mais qui rend moins absolue l'&#233;chelle universitaire du savoir, ce qui la relativise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut plut&#244;t la regarder comme une &#233;chelle parmi d'autres, un r&#233;f&#233;rent quant &#224; un certain type de connaissance. Au-del&#224;, une multitude d'autres &#233;chelles, que l'individu se doit de consid&#233;rer pour une d&#233;marche de formation de lui-m&#234;me. Et la &#171; formation continue &#187; cesse alors d'&#234;tre cette id&#233;e de connaissance autre, d&#233;tach&#233;e de son contexte ; la formation continue, en ces termes, devient la formation indispensable et illimit&#233;e de chacun, lui donne la possibilit&#233; d'&#234;tre acteur de son propre d&#233;veloppement, et par la m&#234;me sa place en tant qu'individu dans la soci&#233;t&#233;, son lieu de vie, sa vie quotidienne, ses rapports avec autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conqu&#234;te d'une nouvelle possibilit&#233; de vivre. Les r&#233;percussions sur l'institution universitaire sont du m&#234;me ordre. Il faut bousculer certains pr&#233;suppos&#233;s de l'&#233;ducation, il faut se d&#233;barrasser de cette mauvaise tendance qui vise &#224; essayer de pr&#233;-professionnaliser les &#233;tudiants tout en les maintenant dans la figure du savant acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut concevoir l'institution universitaire comme un lieu o&#249; connaissance, recherche et production sont indissociables. Produire, c'est-&#224;-dire rendre active sa formation, r&#233;aliser dans et pour le monde sa d&#233;marche de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait proposer &#224; l'&#233;tudiant une r&#233;flexion soigneuse sur son savoir. R&#233;fl&#233;chir sur les connaissances acquises ult&#233;rieurement, les analyser afin d'en d&#233;terminer la consistance, afin d'en voir les r&#233;percussions sur l'individu, afin qu'il se rende possesseur de son propre savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi prendre en compte les transformations actives, les &#233;volutions profitables dans le champ de sa vie courante, de son activit&#233; sur le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment se doit d'&#234;tre un &#171; d&#233;broussaillage &#187; intense, afin d'en rep&#233;rer les failles, les ouvertures ou plut&#244;t les sites vivants et cr&#233;atifs o&#249; viennent se greffer de multiples branches, brindilles pointant vers le haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces brindilles sont non seulement les terrains d'acc&#232;s au plaisir intellectuel, spirituel ou individuel, mais aussi &#224; la joie d'en disposer avec son environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux se r&#233;v&#233;ler &#224; soi-m&#234;me et aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits cela pourrait se traduire par un parcours universitaire plus adapt&#233; &#224; chacun : il n'y a pas n&#233;cessairement des scientifiques, des litt&#233;raires ou des artistes, il y a des &#234;tres pluriels &#224; qui il convient mieux de ne pas s'enfermer dans un type de connaissance. Chacun ayant ses pr&#233;f&#233;rences personnelles, il lui faut les garder et les pr&#233;f&#233;rer plus que jamais afin de les mettre &#224; profit : faire &#233;merger de soi ses qualit&#233;s propres au travers des autres, ceux avec qui l'on partage des moments de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier, &#224; l'universit&#233;, on pourrait imaginer des petits groupes compos&#233;s librement (&#233;tudiants, enseignants et tout intervenant &#233;ventuel), o&#249; chacun pourra faire part aux autres de sa propre exp&#233;rience, suscitant alors une interaction extensive entre les uns et les autres. Chaque personne sera plus apte &#224; comprendre davantage les r&#233;alit&#233;s de telle ou telle activit&#233; (professionnelle...) et &#224; prendre position sur les r&#233;percussions possibles de son acte personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, un professeur ne sera pas l'enseignant d'une connaissance, mais un individu travaillant dans un groupe et interlocuteur privil&#233;gi&#233; sur un domaine particulier de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci, afin de donner la libert&#233; &#224; chacun de choisir son chemin de connaissance, de le faire &#233;voluer &#224; souhait, d&#224;ns une situation de continuelle interaction entre tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une formation qui serait &#233;l&#233;vation par et pour soi et les autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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