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	<title>LES PERIPHERIQUES VOUS PARLENT</title>
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		<title>Atelier Corps et perception le 7 avril</title>
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		<dc:date>2018-04-07T14:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Federica BERTELLI</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;De 14h30 &#224; 17h30 aux Temps du corps, 10 rue de l'&#201;chiquier, 75010 Paris. &lt;br class='autobr' /&gt;
Places limit&#233;es, inscription obligatoire au 01 40 05 05 67 &lt;br class='autobr' /&gt; Aujourd'hui la vue prend une place consid&#233;rable du fait de l'invasion des &#233;crans dans notre quotidien. Tout est centr&#233; sur la vision. Mais que se passe-t-il dans notre corps sans la vision ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet atelier propose de d&#233;velopper la perception par les sens autres que la vue et de red&#233;couvrir ainsi la partie quasi imperceptible des sens, inhib&#233;s (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Agenda&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De 14h30 &#224; 17h30 aux Temps du corps, 10 rue de l'&#201;chiquier, 75010 Paris.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Places limit&#233;es, inscription obligatoire au 01 40 05 05 67&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.lesperipheriques.org/local/cache-vignettes/L500xH708/Corps-et-per9290-e2ddf.jpg?1510356196' ALIGN=left hspace='' width='500' height='708' style='margin:9px;' /&gt; Aujourd'hui la vue prend une place consid&#233;rable du fait de l'invasion des &#233;crans dans notre quotidien. Tout est centr&#233; sur la vision. Mais que se passe-t-il dans notre corps sans la vision ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet atelier propose de d&#233;velopper la perception par les sens autres que la vue et de red&#233;couvrir ainsi la partie quasi imperceptible des sens, inhib&#233;s par le d&#233;luge des sollicitations visuelles et auditives permanentes. Il s'agira &#233;galement de d&#233;passer les pr&#233;jug&#233;s li&#233;s au handicap, de comprendre et &#233;ventuellement surmonter les peurs vis-&#224;-vis du handicap et notamment de la c&#233;cit&#233;, d'adopter une attitude appropri&#233;e &#224; l'&#233;gard des personnes non voyantes ou malvoyantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les participants seront invit&#233;s &#224; vivre des situations sensorielles in&#233;dites, les yeux band&#233;s :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; perceptions tactiles, toucher des mati&#232;res, des objets, des sculptures, en percevoir les dimensions, les proportions et les volumes&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; perceptions sonores, &#233;coute, se rep&#233;rer dans un espace gr&#226;ce aux sons&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; se d&#233;placer, se mouvoir dans un espace donn&#233; qui comporte des obstacles&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &#233;couter la description d'un tableau ou d'une photo : travailler les mots et les images int&#233;rieures (chaque personne cr&#233;&#233;e des images mentales totalement diff&#233;rentes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ateliers anim&#233;s par Laurent Scrive et l'&#233;quipe des &lt;i&gt;P&#233;riph&#233;riques vous parlent&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Scrive : ancien chercheur dans le domaine des &#233;nergies, malvoyant suite &#224; une d&#233;g&#233;n&#233;rescence en continu de la r&#233;tine, pratiquant de Qi Gong depuis plus de 20 ans. Une sp&#233;cificit&#233; : l'humour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent&lt;/i&gt; (&#233;quipe) : Federica Bertelli, Cristina Bertelli, Yovan Gilles. Depuis 25 ans cette association intervient dans le champs culturel et social &#224; travers l'organisation d'&#233;v&#233;nements, la productions d'outils p&#233;dagogiques et des formations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ateliers r&#233;alis&#233;s avec le soutien de la Mairie de Paris&lt;img src='http://www.lesperipheriques.org/local/cache-vignettes/L200xH72/logo-mairie-d1dc-11497.jpg?1510356196' ALIGN=left width='200' height='72' /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le retour du refoul&#233;, l'av&#232;nement du flux</title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article448</link>
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		<dc:date>2006-05-22T17:24:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Federica BERTELLI</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Quand le verbe communiquer se suffit &#224; lui-m&#234;me et n'a plus besoin ni de pourquoi ni de comment, la libert&#233; s'identifie &#224; un flot de stimulus qui, en continu, branche l'individu &#224; l'univers clos du syst&#232;me de consommation. La suppos&#233;e ouverture sur le monde que repr&#233;sente la multiplication des moyens d'acc&#232;s &#224; l'information, &#224; l'art et &#224; la culture intervient au moment m&#234;me o&#249; la r&#233;duction de l'individu &#224; sa &#034;psychologie&#034;, l'enfonce (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique57" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 19&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand le verbe communiquer se suffit &#224; lui-m&#234;me et n'a plus besoin ni de pourquoi ni de comment, la libert&#233; s'identifie &#224; un flot de stimulus qui, en continu, branche l'individu &#224; l'univers clos du syst&#232;me de consommation. La suppos&#233;e ouverture sur le monde que repr&#233;sente la multiplication des moyens d'acc&#232;s &#224; l'information, &#224; l'art et &#224; la culture intervient au moment m&#234;me o&#249; la r&#233;duction de l'individu &#224; sa &#034;psychologie&#034;, l'enfonce davantage dans les limbes du repliement nombriliste. Dommage, car le monde en devenir offre l'opportunit&#233; de toutes autres aventures.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On peut ais&#233;ment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Je ne parle bien &#233;videmment pas ici des 3 trois milliards d'individus (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;dans notre soci&#233;t&#233; aujourd'hui, en France et plus g&#233;n&#233;ralement en Europe et dans les pays tr&#232;s industrialis&#233;s, se connecter 24 h sur 24 &#224; des flux d'images, de sons, de paroles, d'informations. Passer sans interruption du net &#224; la t&#233;l&#233;, de la t&#233;l&#233; &#224; la radio, de la radio au baladeur, du mobile au t&#233;l&#233;phone fixe, du net au cin&#233;ma, de la radio aux cyberespaces, du poste de radio le plus obsol&#232;te &#224; la veste de ski la plus moderne avec baladeur num&#233;rique int&#233;gr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ne jamais dormir. Satisfaire sa soif, &#224; n'importe quel moment, dans n'importe quel lieu. Les images et sons se chevauchent, s'intercalent. Nous mixons en permanence. Mais que vivons-nous au juste ? Certes, on r&#233;ussit &#224; nous vendre ces flux, qui &#233;manent la plupart du temps de conqu&#234;tes technologiques se partageant des parts de march&#233; juteuses. Je reconnais que ces technologies repr&#233;sentent des moyens utiles incontestables qu'il serait bien ridicule de nier sous n'importe quel pr&#233;texte. Seulement, savons-nous ma&#238;triser ces instants frontaliers o&#249; l'on passe d'une posture d'usage &#224; une position o&#249; l'on subit, tel un drogu&#233; en manque ? &#034;Le trafiquant ne vend pas son produit au consommateur, il vend le consommateur &#224; son produit&#034;, souligne William Burroughs dans Le festin nu. Je dirai pour ma part que c'est bien ce qui arrive quand, bien loin de nous approprier ces outils, nous nous rendons nous-m&#234;mes prisonniers d'un flux qui nous vend &#224; lui. Tourbillon o&#249; l'on trie et crie sa peine &#224; poser son regard, parce que le temps de voir et de r&#233;pondre, il est d&#233;j&#224; trop tard. On s'&#233;puise inutilement &#224; tenir t&#234;te, travers&#233;s que nous sommes par des associations &#233;clairs, impressionnistes, des dur&#233;es bien plus qu'&#233;ph&#233;m&#232;res, irr&#233;alisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UNE PERCEPTION BALAY&#201;E PAR LE BALAYAGE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, jusqu'&#224; un certain point. Un &#233;tat de paroxysme atteint, face &#224; ces flux acc&#233;l&#233;r&#233;s et surabondants, le regard glisse, il ne voit plus, ne compte plus, n'associe plus, m&#234;me pas des images infiniment subliminales. L'acc&#233;l&#233;ration des flux dans un monde qui vise l'expansion illimit&#233;e repousse toujours plus loin les seuils de la perception, jusqu'&#224; la non perception. &#192; supposer &#233;videmment que la non perception puisse exister. Il me semble plut&#244;t que c'est la perception elle-m&#234;me qui &#224; terme peut muter. Quoi qu'il arrive notre relation aux &#233;v&#233;nements en sort boulevers&#233;e. &#192; chacun d'imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du r&#233;pit. Par moments, face &#224; une sollicitation constante, la raret&#233;, disons plut&#244;t l'id&#233;e de raret&#233;, peut nous venir en aide, telle une bou&#233;e de sauvetage, dans la mesure o&#249; il peut nous sembler qu'elle seule pr&#233;servera la pers&#233;v&#233;rance du regard. Nostalgie d'un temps o&#249; la jouissance d'un produit, d'un objet, d'une &#339;uvre avait le go&#251;t d'un d&#233;sir longtemps attis&#233;. &#201;cho lointain. La raret&#233; n'est plus, dans ce monde occidental recouvert par l'abondance des produits du march&#233;. Et nous n'allons certainement pas jouer les exotiques ailleurs pour se prouver que l'on existe ici m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de quoi avons-nous peur lorsque l'on se laisse pi&#233;ger par un flux qui nous avale en lui ? Du silence, de l'autre, du temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, on nous impose des espaces/temps clef en main dans lesquels nous n'avons gu&#232;re d'opportunit&#233; de cr&#233;er nous-m&#234;me du temps. On fabrique du temps &#224; notre place, dans des espaces que l'on a &#233;galement pens&#233; &#224; notre place. Notre temps libre est certainement libre de nous amener o&#249; le march&#233; veut qu'on aille, mais sommes-nous libres pour autant ? Cr&#233;er du temps, notre temps, est autrement plus &#233;prouvant que de s'engouffrer dans un espace/temps tout donn&#233;. Plus &#233;prouvant, mais tellement plus jouissif. Dans un mode sursatur&#233; &#224; tout point de vue, la consommation jusqu'&#224; l'exc&#232;s de flux continus qui proposent des espaces/temps pr&#233;fabriqu&#233;s est proportionnelle au d&#233;senchantement et au cynisme ambiant grandissants. Plus un individu croira qu'il est bien vain de cr&#233;er du temps, plus il en consommera du tout fait. Son mode de consommation oscille aujourd'hui entre un zapping permanent et un r&#233;flexe conditionn&#233; qui privil&#233;gie le d&#233;j&#224;-connu a priori, rep&#232;re rassurant auquel se raccrocher. Anesth&#233;sie du regard. D'un c&#244;t&#233; le regard balaye en zappant sans fixer son attention sur un objet pr&#233;cis, de l'autre il r&#233;siste au balayage en se fixant sur des objets pr&#233;cis&#233;ment identifiables et par l&#224; rassurants. &#192; ce point, l'individu est tributaire &#224; son insu d'un syst&#232;me de d&#233;fense qui lui dicte ses choix : pour ne pas avoir &#224; regarder de tous c&#244;t&#233;s, le regard se fige dans une seule direction. Pour ne pas s'embraser, le regard se glace. Dans un monde, qui pourtant se vante de sa diversit&#233;, se pr&#233;figure &#224; l'horizon le spectateur clanique, identitaire. (...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je ne parle bien &#233;videmment pas ici des 3 trois milliards d'individus qui, sur la plan&#232;te, croupissent dans une mis&#232;re noire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Emission radio / projection de film</title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article402</link>
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		<dc:date>2004-12-15T18:05:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Federica BERTELLI</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Emission radio le vendredi 17 d&#233;cembre de 16h &#224; 18h (rediffusion en deux parties les lundi et mardi suivants de 11h &#224; 12h) sur FPP 106.3 bande FM - en direct sur internet www.rfpp.net &lt;br class='autobr' /&gt;
La sociologie de Paris (histoire ancienne et contemporaine de Paris) &lt;br class='autobr' /&gt;
Entretien avec Monique et Michel Pin&#231;on-Charlot d'apr&#232;s leur ouvrage du m&#234;me titre paru aux Editions La D&#233;couverte &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Paris s'embourgeoise. Les richesses et les pouvoirs s'y concentrent. Si tous les Franciliens ne peuvent (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Agenda&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.lesperipheriques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif?1507279602' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Emission radio le vendredi 17 d&#233;cembre de 16h &#224; 18h &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(rediffusion en deux parties les lundi et mardi suivants de 11h &#224; 12h) sur FPP 106.3 bande FM - en direct sur internet &lt;a href=&#034;http://www.rfpp.net&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;www.rfpp.net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologie de Paris (histoire ancienne et contemporaine de Paris)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Monique et Michel Pin&#231;on-Charlot d'apr&#232;s leur ouvrage du m&#234;me titre paru aux Editions La D&#233;couverte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Paris s'embourgeoise. Les richesses et les pouvoirs s'y concentrent. Si tous les Franciliens ne peuvent habiter dans la capitale, r&#233;sider &#224; Paris ne peut &#234;tre r&#233;serv&#233; aux seules familles fortun&#233;es sans redoubler symboliquement les in&#233;galit&#233;s. La diversit&#233; du peuplement de la capitale en fait, toujours, un lieu d'expression des diff&#233;rences sociales et des cultures du monde. Cette Sociologie de Paris entend restituer cette richesse et donner les clefs de lecture d'une vie foisonnante, mais menac&#233;e.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.lesperipheriques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif?1507279602' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Projection le Vendredi 17 d&#233;cembre &#224; 20h30&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Soir&#233;e/rencontre (en pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice) autour de la projection du film&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Un imaginaire pour une mondialit&#233; &#224; faire&#034; (fragments de deux rencontres avec Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau) de Federica Bertelli. 32 mn (2002)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au Caf&#233; citoyen - MJC Andr&#233; Philippe, 6 passage de la Mogotte - Torcy (77)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Num&#233;ro 18 : printemps/&#233;t&#233; 2004</title>
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		<dc:date>2004-11-15T20:02:56Z</dc:date>
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		<dc:creator>Federica BERTELLI</dc:creator>



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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique56" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 18&lt;/a&gt;


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		<title>Le travail hier, aujourd'hui, demain. Quel travail pour l'homme en devenir ?</title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article324</link>
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		<dc:date>2004-01-28T18:53:10Z</dc:date>
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		<dc:creator>Federica BERTELLI, Yovan GILLES</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Nous proposons ici, dans la continuit&#233; du num&#233;ro &#171; Objectif Jeunesse &#187; quelques perspectives concernant les probl&#232;mes touchant au travail. Notre propos n'est pas en l'occurrence de d&#233;fendre une th&#233;orie, mais d'indiquer quelques orientations, n&#233;cessairement fragmentaires, susceptibles de nourrir le d&#233;bat sur le sujet.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 4&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous proposons ici, dans la continuit&#233; du num&#233;ro &#171; Objectif Jeunesse &#187; quelques perspectives concernant les probl&#232;mes touchant au travail. Notre propos n'est pas en l'occurrence de d&#233;fendre une th&#233;orie, mais d'indiquer quelques orientations, n&#233;cessairement fragmentaires, susceptibles de nourrir le d&#233;bat sur le sujet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le num&#233;ro 2 nous &#233;crivions : &#171; Alors que la s&#233;curit&#233; de l'emploi qui assurait la stabilit&#233; du &#171; travail salari&#233; &#187; est en train d'&#234;tre &#233;branl&#233;e, elle ne pourra que de moins en moins alimenter cet effort consenti par chacun pour s'assurer une place &#224; vie dans la soci&#233;t&#233; &#187;. En m&#234;me temps qu'une br&#232;che s'ouvre dans la soci&#233;t&#233; &#171; du tout salarial &#187;, &#171; la mentalit&#233; de salari&#233; &#187; s'obstine &#224; vouloir restaurer cette s&#233;curit&#233; de l'emploi que l'avenir ne peut plus promettre. Obnubil&#233;es par une id&#233;e immuable de la vie humaine, professionnelle et sociale, les mentalit&#233;s travaill&#233;es autant par le syst&#232;me &#233;ducatif et la famille que par l'entreprise et la culture dominante s'accrochent au &#171; salariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'emploi salari&#233; n'est pas seulement crit&#232;re de la reconnaissance et de l'int&#233;gration sociale, mais en premier lieu fondement de la reconnaissance de soi, il nous a paru utile de r&#233;sumer l'interpr&#233;tation que donne Andr&#233; Gorz de l'&#233;volution de la place et du sens du travail &#224; travers l'histoire, dans son livre M&#233;tamorphoses du travail, cela :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;afin de montrer comment la forme et l'exp&#233;rience du travail que nous connaissons sont relativement r&#233;centes, &lt;br class='autobr' /&gt;
d'autre part, pour comprendre en quoi la pr&#233;pond&#233;rance accord&#233;e au travail salari&#233;, qui r&#233;sume actuellement le sens de l'activit&#233; humaine, est historiquement situ&#233;e, &lt;br class='autobr' /&gt;
enfin, pour voir comment l'&#233;volution actuelle du cadre de production rend possible &#171; d'autres modes de travailler et de vivre la vie &#187;, &#224; condition toutefois que la soci&#233;t&#233; assigne le travail humain &#224; d'autres fins que celles pour lesquelles il continue de contraindre la majorit&#233; des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;UNE BR&#200;VE HISTOIRE DU TRAVAIL&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Chez les Grecs le travail tenait de la servitude, il symbolisait la soumission de l'homme aux n&#233;cessit&#233;s et contraintes de l'existence assum&#233;es dans la sph&#232;re priv&#233;e de la famille. &#171; L'homme libre refuse de se soumettre &#224; la n&#233;cessit&#233; ; il ma&#238;trise son corps afin de ne pas &#234;tre esclave de ses besoins et, s'il travaille, c'est seulement pour ne point d&#233;pendre de ce qu'il ne ma&#238;trise pas, c'est-&#224;-dire pour assurer ou accro&#238;tre son ind&#233;pendance &#187; Si le foyer est le centre de tout travail et activit&#233; &#233;conomique, la polis est, elle, l'espace des affaires publiques auxquelles seul l'homme lib&#233;r&#233; des contraintes &#233;conomiques, peut se consacrer. C'est ainsi que l'&#233;conomie domestique chez les Grecs &#233;tait r&#233;serv&#233;e aux femmes et aux esclaves. Gorz &#233;crit : &#171; Le travail &#233;tait indigne du citoyen non pas parce qu'il &#233;tait r&#233;serv&#233; aux femmes et aux esclaves ; tout au contraire, il &#233;tait r&#233;serv&#233; aux femmes et aux esclaves parce que travailler, c'&#233;tait s'asservir &#224; la n&#233;cessit&#233;. Et seul pouvait accepter cet asservissement celui qui, &#224; la mani&#232;re des esclaves, avait pr&#233;f&#233;r&#233; la vie &#224; la libert&#233; et donc fait la preuve de son esprit servile. &#187; Pour pouvoir participer librement &#224; la vie publique o&#249; se joue la participation directe &#224; l'&#233;laboration de la cit&#233;, l'homme doit donc s'affranchir des imp&#233;ratifs domestiques. &#171; L'id&#233;e m&#234;me de travailler &#233;tait inconcevable dans ce contexte : vou&#233; &#224; la servitude et &#224; la r&#233;clusion dans la domesticit&#233;, le travail, loin de conf&#233;rer une &#034;identit&#233; sociale&#034; d&#233;finissait l'existence priv&#233;e et excluait du domaine public celles et ceux qui y &#233;taient asservis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Gorz l'id&#233;e contemporaine du travail dont nous sommes les h&#233;ritiers, se d&#233;veloppe avec le capitalisme manufacturier, c'est-&#224;-dire avec la naissance de l'esprit capitaliste et la rationalisation du travail. Ce changement que nous pouvons situer aux alentours de 1860 se fait bien &#233;videmment progressivement. &#171; Jusqu'au XVIIIe si&#232;cle, pr&#233;cise-t-il, le terme de travail (labour, Arbeit, lavoro) d&#233;signait la peine des serfs et des journaliers qui produisaient soit des biens de consommation, soit des services n&#233;cessaires &#224; la vie et exigeant d'&#234;tre renouvel&#233;s jour apr&#232;s jour, sans jamais laisser d'acquis. Les artisans, en revanche, qui fabriquaient des objets durables, accumulables, que leurs acqu&#233;reurs l&#233;guaient le plus souvent &#224; leur post&#233;rit&#233;, ne travaillaient pas, ils &#339;uvraient, et dans leur &#339;uvre ils pouvaient utiliser le travail d'hommes de peine appel&#233;s &#224; accomplir les, t&#226;ches grossi&#232;res, peu qualifi&#233;es. &#187; &#192; travers l'instauration de la rationalit&#233; capitaliste le long du XIXe si&#232;cle, ces artisans-producteurs deviennent peu &#224; peu des travailleurs-consommateurs. Gorz nous en donne l'exemple &#224; travers l'&#233;volution de l'industrie du tissage. Jusqu'&#224; la moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, le tissage est une industrie domestique qui repr&#233;sente pour les tisserands &#224; domicile bien plus qu'un gagne-pain, un mode de vie. Cette production mat&#233;rielle et cette r&#233;gulation de la vie sont compl&#232;tement boulevers&#233;es par l'av&#232;nement des marchands capitalistes dont le souci fondateur est la rationalisation du travail. Le profit &#233;conomique devient l'&#233;l&#233;ment moteur, la concurrence s'installe, le syst&#232;me des fabriques vient se substituer &#224; la production &#224; domicile, le travailleur &#224; l'ouvrier, l'ouvrier au sens &#171; d'&#339;uvrer &#187;, de faire &#339;uvre, bien &#233;videmment, et non pas au sens d'ouvrier de fabrique comme on l'entend aujourd'hui. C'est un changement de vie et de mentalit&#233;. &#171; Ainsi, la rationalit&#233; &#233;conomique du travail n'a pas consist&#233; simplement &#224; rendre plus m&#233;thodiques et mieux adapt&#233;es &#224; leur but des activit&#233;s productrices pr&#233;existantes. Ce fut une r&#233;volution, une subversion du mode de vie, des valeurs, des rapports sociaux et &#224; la nature, l'invention au plein sens du terme de quelque chose qui n'avait encore jamais exist&#233;. L'activit&#233; productrice &#233;tait coup&#233;e de son sens, de ses motivations et de son objet pour devenir le simple moyen de gagner un salaire. Elle cessait de faire partie de la vie pour devenir le moyen de gagner sa vie. Le temps de travail et le temps de vie &#233;taient disjoints ; le travail, ses outils, ses produits acqu&#233;raient une r&#233;alit&#233; s&#233;par&#233;e de celle du travailleur et relevaient de d&#233;cisions &#233;trang&#232;res. La satisfaction d'&#339;uvrer en commun et le plaisir de faire &#233;taient supprim&#233;s au profit des seules satisfactions que peut acheter l'argent. &#187; Parmi toutes les difficult&#233;s qui ont accompagn&#233; cette r&#233;volution, Gorz mentionne celles qu'eurent les entrepreneurs &#224; intensifier le travail, afin d'accro&#238;tre les profits, puisque les &#171; nouveaux travailleurs &#187; ne raisonnaient pas en ces termes : &#171; combien puis-je gagner par jour si je fournis le plus possible de travail ? &#187;, mais : &#171; combien dois je travailler pour gagner les 2,50 marks que je recevais jusqu'&#224; pr&#233;sent et qui couvrent mes besoins courants ? &#187;. L'incitation &#224; travailler davantage pour plus de gain n'a pu exister que par rapport aux compensations qu'offre la consommation, et dont le niveau de salaire repr&#233;sente justement le symbole. N'oublions pas que ce qui a constitu&#233; cette nouvelle classe de travailleurs-consommateurs est li&#233;e &#224; la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er une classe sociale homog&#232;ne qui assure l'&#233;coulement de la production. On peut donc affirmer que le salariat est le reflet d'une organisation socio-&#233;conomique dans laquelle le travail de l'homme, qui n'est plus qu'un simple auxiliaire du syst&#232;me de production, est finalis&#233; par la consommation. De ce fait, &#171; la socialisation doit donc op&#233;rer &#187;, &#233;crit Gorz, &#171; dans deux directions &#224; la fois : elle doit &#233;duquer l'individu &#224; adopter vis-&#224;-vis du travail une attitude instrumentale du genre : ce qui compte, c'est la paie qui tombe &#224; la fin du mois ; et elle doit l'&#233;duquer, en tant que consommateur, &#224; convoiter des marchandises et des services marchands comme constituant le but de ses efforts et les symboles de sa r&#233;ussite. &#187; (Nous renvoyons ici &#224; l'article de Marc'O qui traite tout particuli&#232;rement des cons&#233;quences de la consommation comme mod&#232;le de vie et symbole d'identification sociale.)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vu que la croissance ne produira pas d'emplois, vu encore que les emplois directement productifs iront diminuant, il s'agit de mettre en &#339;uvre des emplois fictifs pour sauver les apparences du plein-emploi, bien souvent des emplois domestiques : repasseurs de linge, vacations d'aide-m&#233;nag&#232;res, pousseurs de foules &#224; la RATP, ensacheurs au supermarch&#233;, cireurs de pompe dont les services sont faiblement solvables parce que les clients modernes r&#233;pugnent &#224; se les faire cirer. M&#234;me si l'under-class est d&#233;j&#224; r&#233;duite &#224; la bassesse d'une classe servile, l'ironie veut que la classe privil&#233;gi&#233;e d&#233;daigne l'offre de cette ladrerie bon march&#233;, parce qu'elle d&#233;grade son id&#233;e de l'homme. Le sort veut que ces travailleurs de la peur, s'ils veulent travailler finissent &#224; la rue, s'ils refusent de travailler, finissent &#233;galement &#224; la rue ; dans les deux cas ils subiront les outrages d'une soci&#233;t&#233; soucieuse de la dignit&#233; de l'homme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;PR&#201;CARISATION ET D&#201;CLIN DU SALARIAT&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'apparition d'un ch&#244;mage de masse conjugu&#233; &#224; la mont&#233;e de la pr&#233;carisation (&#171; l'homme qualifi&#233; &#187; se disqualifie), la certitude, d'autre part, de plus en plus av&#233;r&#233;e par les faits que &#171; quelle que soit la croissance elle ne produira pas d'emplois &#187;, mettent &#224; mal la coh&#233;sion sociale. S'exprime, par l&#224;, une mutation sociale du travail et du cadre de production.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sortir de la soci&#233;t&#233; salariale implique que l'homme soit autre chose qu'un consommateur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pour reprendre une formule d'Andr&#233; Gorz, pr&#233;cisons que le ch&#244;mage n'est qu'un effet de l'&#233;volution de la sph&#232;re de production dans laquelle &#171; un volume croissant de richesses &#187; est produit pour &#171; un volume de travail moindre &#187;. Les emplois directement productifs disparaissant peu &#224; peu, c'est le travail-emploi comme seul crit&#232;re de l'activit&#233; productive de l'homme qui est aujourd'hui en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la pr&#233;carisation, si elle traduit cette mise au ban de la soci&#233;t&#233; d'une partie toujours plus importante des travailleurs : selon le CERC l'emploi stable non menac&#233; ne concerne plus que 51,6 % des actifs - elle est une cons&#233;quence de la restructuration industrielle en cours subordonn&#233;e aux imp&#233;ratifs de la guerre &#233;conomique mondiale pour la comp&#233;titivit&#233;, guerre que se livrent les pays industrialis&#233;s avanc&#233;s. (Pour un plus ample d&#233;veloppement nous renvoyons ici &#224; l'entretien de Riccardo Petrella dans ce m&#234;me num&#233;ro.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre opinion est que la pr&#233;carisation se nourrit de solutions apparentes aussi bien que de r&#233;ponses au coup par coup pour rem&#233;dier &#224; l'exclusion. Entre autres, &#224; travers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.lesperipheriques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif?1507279602' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; l'&#233;mergence du travail &#224; temps partiel et la multiplication des contrats pr&#233;caires,
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.lesperipheriques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif?1507279602' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; la salarisation des activit&#233;s domestiques et des services aux personnes, la mon&#233;tarisation des &#233;changes et des services non-marchands confinant &#224; des emplois sociaux peu solvables et cr&#233;ant le risque d'une sous-&#233;conomie &#224; vocation sociale, qui ne produirait plus que des revenus de subsistance, &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.lesperipheriques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif?1507279602' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ajoutons-y la volont&#233; de d&#233;mant&#232;lement de l'enseignement public pour cr&#233;er des universit&#233;s d'&#233;lite branch&#233;es directement sur les bassins d'emplois ou le d&#233;veloppement de cycles courts d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La banalisation de ces r&#233;alit&#233;s ne font que confirmer un processus angoissant : &#224; savoir que si le ch&#244;mage baisse la pr&#233;carit&#233; augmente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces emplois de compensation - bien qu'ils s'imposent pour beaucoup comme un recours &#224; la mis&#232;re - sont en train pourtant de mettre en place une &#171; ladrerie v&#233;ritable &#187; : l'under-class, &#224; la p&#233;riph&#233;rie d'un syst&#232;me de production de plus en plus prot&#233;g&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait marquant, aujourd'hui, est que le syst&#232;me productif ne peut r&#233;int&#233;grer dans ses circuits la masse des exclus et des ch&#244;meurs, qu'en les pr&#233;carisant. C'est ce qui nous fait crier : R&#233;sistance/Existence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cemment le CJD affirmait : &#171; le contrat social qui s'est &#233;labor&#233; durant la p&#233;riode industrielle autour du plein emploi et de l'&#201;tat Providence ne parvient plus &#224; assurer la coh&#233;sion du pays... l'accroissement continu de la richesse nationale maintient la France dans le peloton de t&#234;te des nations, mais s'accompagne d'une fracture sociale qui devient insupportable et compromet l'avenir m&#234;me de l'&#233;conomie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, ce constat n'&#233;mane plus seulement de la mouvance sociale, mais des responsables &#233;conomiques eux-m&#234;mes. &#192; savoir, pour reprendre une formule de Fran&#231;ois Plassard, que l'on voit mal non seulement une soci&#233;t&#233; mais une &#233;conomie perdurer dans laquelle &#171; des marchandises sans acheteurs c&#244;toient des travailleurs sans revenus parce que sans travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;COMMENT PASSER DU TRAVAIL COMME SOURCE DE LA RECONNAISSANCE D'UN STATUT SOCIAL ET D'UNE QUALIFICATION, AU D&#201;VELOPPEMENT DES ACTIVIT&#201;S DE CONNAISSANCE ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sister &#224; la pr&#233;carisation &#187; ne peut donc plus avoir pour objectif de s'int&#233;grer - insertion - dans un monde du travail qui a besoin de moins en moins de personnels pour fonctionner, mais consiste &#224; se demander quel cadre de production, de vie, quel type de march&#233;, de culture, de soci&#233;t&#233; concevoir dans lesquels chacun aurait un r&#244;le &#224; jouer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sens de la vie ressemble &#224; la traque du chasseur : plus la proie se rar&#233;fie, plus elle aiguise son ardeur guerri&#232;re, mais si la proie vient &#224; prolif&#233;rer et s'offre facile, le traqueur s'en d&#233;tourne. La qu&#234;te du sens de la vie se pose dans le profond d&#233;dain de l'homme pour toute r&#233;ponse &#224; cette question.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Un responsable du CJD affirmait r&#233;cemment que &#171; 80 % des nouveaux m&#233;tiers que l'on exercera en 2030 ne sont pas encore connus. &#187; Ces m&#233;tiers in&#233;dits il va donc falloir les inventer. Mais que recoupe &#171; cette nouveaut&#233; &#187;, au moment m&#234;me o&#249; l'on continue de &#171; qualifier &#187; des hommes &#224; partir de m&#233;tiers obsol&#232;tes qui sont en train de dispara&#238;tre ? On voit tout de suite que cela concerne les jeunes g&#233;n&#233;rations. Quels seraient ces nouveaux emplois dans un monde du travail o&#249; la mati&#232;re grise doit remplacer la force de travail ? Dans L'homme disqualifi&#233;, Marc'O affirme que &#171; la deuxi&#232;me p&#233;riode industrielle n'a pris en compte que la force de travail, seule utile au d&#233;veloppement de la production &#187;, qui est maintenant source de disqualification. L'activit&#233; de production qui s'impose aujourd'hui (enfin, devrait s'imposer) repose sur ce que l'on appelle &#171; la mati&#232;re grise &#187;, productrice de savoir, g&#233;n&#233;ratrice d'&#233;changes sociaux, de d&#233;veloppement de qualit&#233;s humaines sp&#233;cifiques &#224; chacun. Malheureusement, ce d&#233;veloppement continue &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233; comme secondaire par rapport &#224; &#171; la production hard &#187; qui assure &#171; la consommation maximale, garantissant la bonne sant&#233; du march&#233; &#187;. Le &#171; savoir-faire &#187; qui se rapporte &#171; aux comp&#233;tences techniques, technologiques et aux usages productif qui en d&#233;coulent, &#187; soit l'exercice du m&#233;tier &#187;, ne suffit plus &#224; anticiper sur les besoins g&#233;n&#233;r&#233;s par l'&#233;volution rapide du mode de production. L'&#234;tre humain, d&#233;sormais se doit de d&#233;velopper son &#171; savoir-&#234;tre &#187; qui &#171; exprime le comportement de l'homme et de la femme face aux astreintes que l'&#233;volution du m&#233;tier, de la profession leur impose, tant au plan social que culturel &#187;. Comme le souligne Marc'O, l'expression &#171; ressource humaine &#187;, dans la deuxi&#232;me p&#233;riode industrielle sous-entendait la &#171; force de travail &#187;. Aujourd'hui, on pourrait &#233;voquer &#171; la force de l'esprit &#187;, mais surtout l'on devra oublier cette formule barbare de &#171; ressource humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste &#224; se demander, quel cadre de production et de formation offrir aux individus pour d&#233;velopper cette &#171; force de l'esprit &#187; ? Comment s'int&#233;resser aux probl&#233;matiques touchant au &#171; savoir-&#234;tre &#187;, alors que la r&#233;duction des personnels ne cesse de transformer des pans entiers de la population en une main d'&#339;uvre &#171; flexible &#187;, sacrifi&#233;e aux profits imm&#233;diats et r&#233;duite &#224; continuer &#224; vendre sa force de travail sur un march&#233; o&#249; l'offre va se rar&#233;fiant ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA TRANSFORMATION DE L'&#201;CHANGE&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Diminuer le temps de travail, diversifier les revenus du travail et donc d&#233;velopper la multi-activit&#233; et des activit&#233;s en dehors de la sph&#232;re de production classique qui viseraient &#171; la production de soi &#187;, vont certes dans le sens d'une &#233;volution souhaitable. Mais nous rajouterons que &#171; travailler moins pour vivre autrement &#187; (in Jacques Robin - Quand le travail quitte la soci&#233;t&#233; postindustrielle, &#233;d. GRIT) n'est possible qu'&#224; partir du moment o&#249; &#233;merge une demande sociale d'un autre type pour des activit&#233;s productives et des buts de vie qui n'ont plus pour finalit&#233; la consommation. Cela implique donc une mutation de la qualit&#233; de l'&#233;change, qu'il s'agisse du service, du produit ou de la relation sociale g&#233;n&#233;ratrice de culture. Marc'O sur ce point affirme que, &#171; dans le mot &#233;change, il y a le mot change &#187;, il avance, &#224; la suite, &#171; qu'il n'y a &#233;change qu'&#224; changer... En r&#233;sum&#233;, l'&#233;change quand il se r&#233;v&#232;le apte &#224; changer les hommes et les femmes qui s'y impliquent (le commerce, dans son sens noble), non seulement produit de la richesse, mais peut d&#233;gager des opportunit&#233;s pour produire des emplois nouveaux, des emplois d'un autre type &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; plus-value culturelle de l'&#233;change &#187; est de proposer un changement dans le mode de consommation lui-m&#234;me en rapport avec le d&#233;veloppement d'un autre cadre de vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'impatience ranime ce que la patience a tu&#233; </title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article323</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article323</guid>
		<dc:date>2004-01-28T18:29:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Federica BERTELLI</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;SEPTEMBRE 1994 &lt;br class='autobr' /&gt;
Parution du num&#233;ro 2 des P&#233;riph&#233;riques, &#171; Objectif jeunesse &#187;. Nous cherchons une d&#233;finition de la jeunesse autre que &#171; de nature &#187;, li&#233;e &#224; l'&#226;ge des 15-25 ans. Nous d&#233;finissons la jeunesse &#171; de culture &#187;, une jeunesse &#224; inventer &#224; tout &#226;ge. Cette d&#233;finition nous sort des conflits de g&#233;n&#233;ration, de l'absurdit&#233; de parler de probl&#232;mes de jeunes par rapport &#224; ceux des adultes, elle accorde de l'importance &#224; la mani&#232;re d'&#234;tre de chaque personne, &#224; ses (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 4&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;SEPTEMBRE 1994&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Parution du num&#233;ro 2 des P&#233;riph&#233;riques, &#171; Objectif jeunesse &#187;. Nous cherchons une d&#233;finition de la jeunesse autre que &#171; de nature &#187;, li&#233;e &#224; l'&#226;ge des 15-25 ans. Nous d&#233;finissons la jeunesse &#171; de culture &#187;, une jeunesse &#224; inventer &#224; tout &#226;ge. Cette d&#233;finition nous sort des conflits de g&#233;n&#233;ration, de l'absurdit&#233; de parler de probl&#232;mes de jeunes par rapport &#224; ceux des adultes, elle accorde de l'importance &#224; la mani&#232;re d'&#234;tre de chaque personne, &#224; ses id&#233;es, &#224; sa capacit&#233; de les faire &#233;voluer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;OCTOBRE 1994&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sortie en France du film &lt;i&gt;Tueurs n&#233;s&lt;/i&gt; (Natural Born Killers) d'Oliver Stone. Je suis au cin&#233;ma dans une disposition bien pr&#233;cise, avec cette exigence que le cin&#233;ma m'impose de penser ce qui m'est donn&#233; &#224; voir, de ne pas tomber dans le laisser-aller des images qui d&#233;filent, dans le flot d'impressions et de r&#234;ves qui nous aident &#224; fuir la r&#233;alit&#233;. Je tiens &#224; visualiser et rendre concret ce qu'un film me permet de dire, lui donner une r&#233;alit&#233; par rapport &#224; mes choix, en parler sans en parler. Je ne veux surtout pas recouvrir le cin&#233;ma d'une conception de l'art qui en ferait un acte de cr&#233;ation irrationnel, inexplicable, souvent apolitique, qui se d&#233;roberait par nature &#224; toute explication, &#224; toute parole, vou&#233; &#224; la contemplation silencieuse, toute une vie. Fuir cela afin que mon regard ne se perde pas et ne devienne pas flou et flottant, qu'il ne se d&#233;tache surtout pas de la nettet&#233; et la pr&#233;cision de l'art cin&#233;matographique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;JUIN 1995&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au Laboratoire d'&#233;tudes pratiques sur le changement, nous travaillons sur le ph&#233;nom&#232;ne du sync, ainsi d&#233;crit par Hall dans Au-del&#224; de la culture :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsqu'il y a interaction des individus, soit ils bougent ensemble (totalement ou en partie), soit ils n'ont pas le m&#234;me rythme et interrompent alors celui des autres participants. G&#233;n&#233;ralement les individus en interaction remuent ensemble dans une sorte de danse, mais ne se rendent pas compte de la synchronie de leurs mouvements et les ex&#233;cutent sans musique et orchestration consciente. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le sync existe souvent dans des situations courantes, dans une cour de r&#233;cr&#233;ation par exemple, nous essayons ici &#224; 15 de le recr&#233;er. Au cours du travail, je remarque qu'&#234;tre en sync n'implique aucunement de se sacrifier pour un ensemble ou de se conformer aux autres. Au contraire, les initiatives rythmiques et gestuelles, les &#233;v&#233;nements singuliers sont la condition m&#234;me pour qu'il y ait cr&#233;ation d'un mouvement coh&#233;rent ; ils sont au sync ce que le hors-champ est &#224; l'image, ce qui permet &#224; l'image d'&#233;voluer en cr&#233;ant de tout autres cadres. S'il n'y a pas d'&#233;coute, aucun hors-champ ne peut surgir. Aussit&#244;t produit il est d&#233;truit, aucun sync ne s'&#233;tablit entre nous, notre repliement sur nous-m&#234;mes, notre indiff&#233;rence nous am&#232;ne &#224; une r&#233;p&#233;tition monotone et &#224; une entente m&#233;canique. Depuis, je m'interroge sur l'existence dans notre soci&#233;t&#233; de situations politiques, sociales ou autres, qui pourraient tel le sync d&#233;voiler des hors-champ, aiguiser notre vision du monde.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;OCTOBRE 1995&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je me dis qu'il y a un lien entre ces trois &#233;v&#233;nements. Je cherche &#224; le d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis devant un &#233;cran de cin&#233;ma, comme au bord d'un gouffre. Je ne regarde pas des images, j'interroge des images qui me regardent et m'interpellent &#224; leur tour sur mon futur... Il y a trois ans, j'&#233;tais sur une sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre : &#171; No future, Angelina &#187;,, me glissaient mes fr&#232;res &#224; l'oreille. Je ne voulais pas le croire. Et maintenant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant cet &#233;cran, je vis un parcours, une cavale, une fuite, un emprisonnement, une qu&#234;te, un malaise, une torture, celle de Mickey et Mallory Knox, figures imaginaires, mythiques, effigies de d&#233;cadence et d'espoir, saisies par Oliver Stone, un jour d'hiver. Il y a malaise, malaise dans la civilisation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas venue au cin&#233;ma pour regarder une histoire, surtout pas. Je suis venue y chercher des bribes, du sens, le non-sens du sens. Sans id&#233;es pr&#233;con&#231;ues, sans projections id&#233;ales je n'essaye surtout pas de m'imaginer ce que je vais voir. Dans l'attente du film, je porte mon attention uniquement sur le devenir du cin&#233;ma, un avenir qui ricane. Il y a malaise, l&#224; aussi. Je ne puis ne pas avoir d'amertume envers cet art qui se moule de plus en plus dans une &#171; r&#233;alit&#233; conformis&#233;e &#187;, la pire : description complaisante d'un monde dont nous sommes d&#233;j&#224; trop d&#233;go&#251;t&#233;s. C'est triste, le cin&#233;ma devient plat comme des vies m&#233;diocres, consensuel comme la r&#233;signation et l&#226;che comme l'attente. Aurait-il perdu toute ambition de faire du r&#233;el un espoir, une cassure, un cri, un son et une image qui tuent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis l&#224;, en tout cas, dans une salle de cin&#233;ma. Je n'arr&#234;te pas de chercher, d'esp&#233;rer. Soudain, je suis terrifi&#233;e par un souvenir : moi-m&#234;me devant ma vieille t&#233;l&#233; noir et blanc &#224; attendre de voir la fin de l'histoire d'un film, un t&#233;l&#233;film. Regarder pour voir une histoire, voir sans voir &#171; le voir &#187;, serait-ce l&#224; un mal du si&#232;cle ? Suspendue aux &#233;v&#233;nements, il y a entre moi et la t&#233;l&#233; un cordon ombilical nomm&#233; histoire qui m'infantilise. Il n'y a que &#231;a dans le petit &#233;cran, petit cadre qui chasse tout &#233;l&#233;ment de sens. Le hors cadre, il n'existe m&#234;me plus, ou plus exactement il signifie la domination de l'histoire sur toute chose, une logique bien terrible qui ne laisse pas la place aux dits, aux non dits, &#224; la qu&#234;te du sens. Au cin&#233;ma, l'histoire a toujours exist&#233; pour signifier autre chose que sa propre fixation anecdotique, elle est cette maille qui au bout de sa qu&#234;te permet au cin&#233;aste de construire ce qu'il a &#224; dire. Aujourd'hui la t&#233;l&#233;vision nous donne &#224; voir la d&#233;cadence d'un cin&#233;ma qui lui est perm&#233;able, alors qu'un cin&#233;ma des derniers souffles nous montre implacable l'impossibilit&#233; de la t&#233;l&#233;vision telle qu'elle se donne actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cin&#233;ma, j'aime le moment o&#249; l'&#233;cran s'&#233;teint. Nous ne pouvons plus remettre &#224; un tiers notre plaisir. La fin de l'histoire proclame notre avenir. Les personnages disparaissent &#224; l'&#233;cran, alors que seul reste ce que nous pouvons &#224; notre tour en faire, &#224; l'&#233;chelle d'un cin&#233;ma qui se g&#233;n&#232;re de ce qu'il ne nous dit pas et de ce que nous avons &#224; en dire. Si le cin&#233;ma nous donne la possibilit&#233; de chercher du sens et de la vie dans ce qui n'est pas d&#233;j&#224;-l&#224;, dans le plus ou moins d'une image, dans le manque, dans l'ailleurs &#224; inventer, comment &#171; d&#233;penser un film &#187; ?, comment lui donner son importance, le faire parler, continuer &#224; le faire tourner &#224; la lumi&#232;re du jour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Tueurs n&#233;s ont fait leur chemin, ils nous ont montr&#233; leurs choix, leur violence, la t&#233;l&#233;vision nous a d&#233;peint son r&#244;le de metteur en sc&#232;ne d'une r&#233;alit&#233; crue qui fait de tout du spectacle, elle a fabriqu&#233; ses victimes en les &#233;rigeant en idoles. Et nous pendant tout ce temps, pendant et apr&#232;s, qu'allons-nous r&#233;pondre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardant autour de moi, je me dis, sur le coup, qu'il n'y a plus de moralit&#233; : l'exclusion cr&#233;e l'exclusion, &#224; tous les niveaux. Si je pense &#224; la moralit&#233;, je me dis qu'il y en a bien une, elle est le plus souvent culpabilisante. Complice d'une logique du pire, elle entrave le devenir. Quand je pense au devenir, je me dis que ce n'est pas si simple de faire en sorte qu'il ne d&#233;pende que de nous, encore faut-il apprendre &#224; voir, en nous et partout, ce qui refoule la question du devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que devient une soci&#233;t&#233; lorsque des adolescents en arrivent &#224; tuer de sang froid, sans aucun souci, sans remords, sans regrets, sans sentiments ? Se rendent-ils compte de tout ce que cela exclut, l'acte de prendre un fusil ? Mickey et Mallory Knox tuent et on les traque. On les poursuit pour leurs actes criminels, leurs meurtres, mais pour leurs images surtout. Il y a de la violence dans ce film, comme en Am&#233;rique ou ailleurs. Mais tous ceux qui croient que ce film exalte la violence estiment que montrer la violence pr&#233;suppose d'y adh&#233;rer, tandis que ceux qui croient au contraire qu'il la d&#233;nonce objectent qu'en montrer les pires exc&#232;s peut seul &#233;veiller notre conscience. D'un c&#244;t&#233; on est immoral, de l'autre on est moraliste. Ce n'est peut-&#234;tre pas aussi simple que cela, et puis le probl&#232;me n'est peut-&#234;tre m&#234;me pas l&#224;. Dans le fond, que cherche-t-on au cin&#233;ma, &#224; cataloguer ou &#224; se d&#233;passer ? On a trop souvent le r&#233;flexe de voir dans un film ce qu'on veut bien y voir, photocopie conforme de nos pr&#233;jug&#233;s, de nos certitudes. Il serait triste de se fier aux seules impressions que d&#233;gage l'histoire de ces deux assassins, s'attachant aux jugements dict&#233;s par notre pr&#233;tendu bon sens, sans se demander ce que cette histoire peut vouloir dire, &#224; quel sens elle se pr&#234;te, au-del&#224; de ce que notre conscience ou notre moralisme s'applique &#224; y voir. C'est l&#224; une fa&#231;on d'enterrer un film &#224; jamais. Je tiens d&#233;sormais &#224; avoir d'autres yeux pour voir. Ce qui importe finalement, c'est de s'interroger sur ce qui n'est pas directement montr&#233;, sur ce que nous ne sommes pas habitu&#233;s &#224; voir et penser. Mickey et Mallory Knox ne sont pas des tueurs, ils sont des tueurs n&#233;s, voil&#224; o&#249; r&#233;side la diff&#233;rence entre un film qui donnerait la violence en spectacle, que ce soit pour l'exalter ou la fustiger, et ce film qui montre les pressions, les perversions d'une soci&#233;t&#233; qui cr&#233;e in&#233;vitablement ses propres tueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne peut pas &#234;tre un tueur n&#233;, on devient mauvais. Tueur, ca s'apprend. &#187; r&#233;plique le reporter t&#233;l&#233; &#224; Mickey qui insiste : &#171; je suis un tueur n&#233;. &#187; Le reporter ne peut pas s'y r&#233;soudre. On devine ses pens&#233;es, qui sont souvent les n&#244;tres : &#171; mais enfin, comment est-il possible d'&#234;tre un tueur n&#233; ? Devenir mauvais, c'est l&#224; un choix de l'individu, sa responsabilit&#233; m&#234;me, ca ne tient qu'&#224; lui, &#224; son int&#233;grit&#233;, &#224; ses mauvais choix sans doute, &#224; des mauvaises fr&#233;quentations, une volont&#233; mal plac&#233;e &#187;. Mauvais, mauvais &#224; le devenir ! &#171; Je suis n&#233; mauvais &#187;, n'est-ce pas l&#224; une affirmation qui ne s'accorde pas avec &#171; la r&#233;alit&#233; conformis&#233;e &#187; ? Il y a l&#224; une impossibilit&#233; logique presque, un non-sens. C'est s&#251;r, Mickey et Mallory Knox ne peuvent &#234;tre des tueurs n&#233;s, ils ont choisi entre le bien et le mal. C'est ce qui nous rassure nous autres qui sommes diff&#233;rents d'eux, nous autres qui n'avons pas perdu notre conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dire de Mickey et Mallory Knox que mauvais, ils ne peuvent que le devenir, n'est-ce pas l&#224; plut&#244;t une erreur logique, cette erreur bannie par Nietzsche qui consiste &#224; confondre la cause et l'effet ? L'on met en question l'individu, seul responsable de son destin ou de sa d&#233;ch&#233;ance. La moralit&#233; se jette sur lui, elle le d&#233;vore et le d&#233;robe &#224; lui-m&#234;me ; ses malheurs deviennent ses causes et sa d&#233;rive son immoralit&#233;. On le punit, on le chasse, on le culpabilise. On oublie tout hors-champ, on oublie qu'aujourd'hui les exclus naissent exclus s'ils ne parviennent pas &#224; se munir d'un autre avenir, &#224; contre courant, contre leur destin&#233;e. Peut-on na&#238;tre &#171; int&#232;gre &#187; dans une soci&#233;t&#233; qui est fauss&#233;e d&#232;s le d&#233;part, &#224; notre naissance, bien avant nous ? Pour sauver notre int&#233;grit&#233; ne resterait-il plus que l'int&#233;gration ? Tant qu'on culpabilisera l'individu de cette fa&#231;on, on continuera &#224; vouloir le &#171; normaliser &#187;. Ce sera notre faiblesse &#224; ne pas changer de cadre et de soci&#233;t&#233;. Cette phrase de Maurice Mallet par rapport &#224; la psychiatrie fait ici cr&#251;ment &#233;cho : &#171; comme il est beaucoup plus difficile de soigner la soci&#233;t&#233;, on s'en prend au malade. &#187; Quand on prend l'effet pour la cause on symbolise ce mythe d'insertion, c'est un acte qui aveugle, l&#224; o&#249; il commence s'arr&#234;te la libert&#233; de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on n'aille surtout pas croire que je soutiens par l&#224;, champ-contrechamp, l'opinion de ceux qui clament que la faute est &#224; la soci&#233;t&#233;, blanchissant par l&#224; l'acte individuel d'une fa&#231;on toute aussi morale. Ce serait en effet comme prendre l'ellipse cin&#233;matographique pour un simple raccord que de justifier le &#171; na&#238;tre mauvais &#187; en accusant la fatalit&#233; de la soci&#233;t&#233;. Que tous ceux qui laissent faire toute l'injustice que l'on vit au quotidien ne s'&#233;tonnent pas alors que leurs enfants sont des &#171; tueurs n&#233;s &#187; programm&#233;s. Quant &#224; moi, je dirai au contraire que ce &#171; na&#238;tre mauvais &#187; nous montre que les individus ont &#224; rendre compte &#224; eux-m&#234;mes, &#224; leur bonne conscience, de l'&#233;tat des choses d'une soci&#233;t&#233; qu'ils contribuent &#224; faire ou &#224; laisser faire.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VIVE LE CIN&#201;MA !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse, cherchons-la ailleurs que dans les images qui n'en sont que les clich&#233;s. Mieux, inventons-la.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aimons les cin&#233;astes qui nous donnent une image pour que nous aillons explorer son hors-champ. Sortons du cadre ! De culture, la sortie du cadre est l'acte fondamental de jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La richesse de l'image, c'est son hors cadre, son hors cadre &#224; explorer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Ailleurs, &#224; un autre moment, une autre &#233;poque, sur un autre mode, sans doute, un &#233;tudiant, sans le savoir, fr&#244;le le m&#234;me destin d'un tueur n&#233;. Cet &#233;tudiant se dit que l'enseignement cr&#233;e une philosophie de professeurs et des professeurs de philosophie. Est-ce lui qui, n'arrivant pas &#224; s'adapter, s'inventerait le malaise d'un DEUG qui ne sert &#224; rien, ou bien son probl&#232;me est-il un probl&#232;me r&#233;el ? Il sait qu'il y a des professeurs qui minimisent et m&#234;me d&#233;truisent ses propos. Doit-il se persuader que c'est lui qui ne tourne pas juste ou ne vaudrait-il pas mieux qu'il essaye au contraire de trouver les causes de son malaise &#224; travers une critique rationnelle de l'universit&#233; ? Il peut s'armer de confiance, se dire qu'il n'est pas dispos&#233; &#224; subir les effets d'un enseignement que des momies s'acharnent &#224; maintenir debout. Il le peut. Non ? Dans une autre vie, celle de la famille, il y a aussi des consciences &#224; louer. Face au p&#232;re qui lui dit &#171; tu es mauvais, regarde comme tu es mauvais &#187;, le fils doit lutter pour ne pas devenir ce qu'il &#233;tait d&#233;sign&#233; &#224; &#234;tre d&#232;s sa naissance. D'autre part, si le fils devient ce que son p&#232;re lui chuchotait d'autorit&#233;, ce dernier ne pressentira m&#234;me pas que peut-&#234;tre c'est lui-m&#234;me qu'on aurait d&#251; soigner. La cause se retourne contre l'effet, les effets dans les causes... &#171; Ce n'est pas parce qu'il y a r&#233;pression qu'il y a refoulement, c'est parce qu'il y a refoulement qu'il y a r&#233;pression &#187;, disait Lacan. Que sommes-nous en train de refouler que certains n'arriveront pas &#224; contenir ? On consid&#232;re &#224; juste titre la n&#233;gativit&#233; de la violence, mais on consid&#232;re rarement cette autre violence qui l'a fond&#233;e. &#171; On dit d'un fleuve qui emporte tout qu'il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l'enserrent &#187;, disait Brecht. On n'oublie toujours de parler de cette autre r&#233;alit&#233; qui nous enserre et nous pousse &#224; bout, jusqu'aux pires crimes, l&#224; o&#249; il sera l&#233;gitime de nous emprisonner. C'est par d&#233;faut que l'on culpabilise l'individu face &#224; ses perversions et ses p&#234;ch&#233;s, pour maintenir notre regard sur l'id&#233;al d'une soci&#233;t&#233; lisse comme l'innocence d'un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a du coup cette envie d'emprunter un autre chemin. Pour certains, sans doute. S'arr&#234;ter un peu, &#224; cette affirmation qu'un individu puisse na&#238;tre mauvais. Je suis n&#233; mauvais avant de le devenir et aussit&#244;t changement de cadre, sortie de toute pr&#233;vision, mise en ab&#238;me d'un monde &#224; tordre et retordre. Nous ne pouvons plus, alors, saisir l'individu d'une fa&#231;on abstraite, atemporelle, &#224; croire que l'on peut en d&#233;finir la nature. Ici, l'individu devient ce par quoi l'on peut analyser l'ordre social et politique, questionner l'exercice de notre libert&#233;, d&#233;busquer les r&#232;gles qui nous r&#233;gissent malgr&#233; nous, les conditionnements auxquels nous nous habituons. La lumi&#232;re est ind&#233;niablement mise sur l'individu lui-m&#234;me, mais &#233;galement sur l'ensemble de notre soci&#233;t&#233;. Nous interrogeons ses logiques, ses effets pervers, les instances qui p&#232;sent sur l'individu depuis son enfance. L'individu en signifiant son hors cadre, d&#233;voile l'&#233;poque avec sa brutalit&#233;, sa duret&#233;, ses s&#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mickey et Mallory Knox acqui&#232;rent leur libert&#233; au prix de sa n&#233;gation. Renoncer &#224; sa libert&#233; c'est le seul moyen de vivre. Oter toute moralit&#233; &#224; ses actions c'est la seule fa&#231;on d'&#233;chapper &#224; une moralit&#233; &#233;touffante, de se d&#233;barrasser d'une soci&#233;t&#233; qui impose ses modes de vie. C'est bien ce que nous montre Oliver Stone en nous racontant l'adolescence de Mallory &#224; travers les reprises d'un court soap-op&#233;ra, portrait de ce qu'il y a de plus minable, entre une m&#232;re qui tape sur les nerfs et un p&#232;re qui tripote les fesses. Pour montrer cette vie middle class quoi de plus tranchant, en effet, que de choisir la forme m&#234;me de cette sous-culture t&#233;l&#233;vis&#233;e qui l'a produite, reconnaissable par son image grasse et l'intercalation de rires tout aussi grossiers. Heureusement il y a ceux qui n'ont jamais ri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouvons-nous accepter que des individus naissent mauvais ? Et si nous &#233;tions tous des tueurs n&#233;s, v&#233;ritables fils de notre soci&#233;t&#233; ? Ceux qui se disent qu'il ne reste plus qu'&#224; prendre les armes et tout d&#233;truire, fuir et &#234;tre pourchass&#233;s, ceux-l&#224; sont pi&#233;g&#233;s par leur propre d&#233;sespoir, ils se condamnent eux-m&#234;mes en voulant &#233;chapper &#224; une autre condamnation qu'on leur impose, celle de subir une soci&#233;t&#233; pervertie, qui d&#233;ploie une logique de vie implacable. Mais que dire de ceux qui l'acceptent cette soci&#233;t&#233; perverse, qu'ils sont les bons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tueurs n&#233;s&lt;/i&gt; nous plonge dans le pr&#233;sent comme une lame qui nous coupe les veines. Peut-on dire d'une vie qui coule qu'elle est v&#233;cue ? Quelque chose fait ici irruption, comme si cela voulait nous d&#233;chirer davantage. Je ne puis mieux faire, en la circonstance que de citer un passage d'un article de F. Varela intitul&#233; Repr&#233;sentation et connaissance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chacun sait que les chatons, &#224; la naissance, sont aveugles. Deux chatons d'une m&#234;me port&#233;e sont plac&#233;s dans deux paniers s&#233;par&#233;s, eux-m&#234;mes li&#233;s &#224; un petit chariot que l'on d&#233;place &#224; certaines heures de la journ&#233;e. Les deux chatons sont c&#244;te &#224; c&#244;te : ils ont donc par d&#233;finition la m&#234;me exp&#233;rience visuelle, aux m&#234;mes heures du jour. Mais le chaton n&#176; 1 est transport&#233; passivement, il ne peut sortir du panier pour marcher, tandis que le chaton n&#176; 2 peut se d&#233;placer activement, lorsqu'on lui fait faire une petite promenade. L'un est transport&#233; passivement, l'autre garde ses propres activit&#233;s motrices. Au bout d'un mois, on les laisse aller librement. On constate alors que le chaton n&#176; 2 se comporte comme un chaton normal, alors que le chaton n&#176; 1 se comporte comme s'il &#233;tait aveugle : il ne voit pas les chaises, tombe de la table, etc. N&#233;anmoins, son syst&#232;me visuel est intact. On en conclut que l'on ne peut s&#233;parer la vision de l'action. L'activit&#233; motrice est aussi constitutive des distanciations visuelles que ce que la r&#233;tine permet de faire. Il n'y a pas du tout une image &#034;externe&#034; que l'on traite. Il y a une histoire d'activit&#233;s, qui est assez coh&#233;rente. Dans cet exemple, c'est une activit&#233; sensori-motrice qui va donc constituer la solidit&#233; physique du monde, les chaises, les tables, etc. Certes, ce monde physique et visuel avec ses couleurs et ses formes, pr&#233;existe aux chatons, mais ces derniers - et c'est ce qui est int&#233;ressant - doivent constituer ce monde visuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image des chatons est une excellente m&#233;taphore. Demandons-nous simplement &#224; la suite si &#224; travers les exp&#233;riences que nous vivons, nous nous construisons notre vision du monde, quels types d'exp&#233;riences nous travaillent et qu'est-ce qu'elles nous font devenir ? &#192; quelle vision du monde, la soci&#233;t&#233;, l'&#233;ducation nous pr&#233;parent-elles aujourd'hui ? Qu'en est-il du comportement d'interpr&#232;te qui a marqu&#233; ce si&#232;cle, occultant du m&#234;me coup les probl&#233;matiques li&#233;es &#224; l'acteur ? Ceux qui ont fait l'exp&#233;rience d'un monde d'interpr&#232;tes, se sont constitu&#233;s en tant qu'ex&#233;cutants et ont perp&#233;tu&#233; ce type de monde. Toute l'histoire du th&#233;&#226;tre ces trente derni&#232;res ann&#233;es en t&#233;moigne. Aujourd'hui, c'est &#224; nous de nous en d&#233;barrasser. Mais l'universit&#233; nous apprend-elle &#224; vivre dans ce monde, un monde qui n'est plus celui des ann&#233;es 60, 70 ou 80, ou bien nous enseigne-t-elle des programmes pour un monde qui est en train de mourir, un monde d&#233;j&#224; mort ? &#171; L'universit&#233; apprend aux gens &#224; s'adapter alors qu'elle devrait apprendre &#224; r&#233;sister &#187;, m'a dit un jour un professeur. Il m'a redonn&#233; confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir son avenir autrement qu'un retour au pass&#233; ou une r&#233;p&#233;tition du pr&#233;sent. S'en remettre &#224; sa propre d&#233;cision de vie. Comment d&#233;tecter aujourd'hui les logiques, les situations, les exp&#233;riences qui se pr&#234;tent tout naturellement &#224; faire de nous, petits chatons aveugles de naissance, des adultes aveugles &#224; leur vie ? Apprenons-nous &#224; voir, ou apprenons-nous &#224; voir sans voir ? Comment l'universit&#233; et la soci&#233;t&#233; forment-elles notre capacit&#233; &#224; devenir ? Politiquement, socialement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;plique &#224; Aristote qui consid&#233;rait que certains hommes naissent pour l'esclavage, il y a cette phrase de Rousseau qui me semble vitale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aristote avait raison ; mais il prenait l'effet pour la cause. Tout homme n&#233; dans l'esclavage na&#238;t pour l'esclavage, rien n'est plus certain. Les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu'au d&#233;sir d'en sortir ; ils aiment leur servitude comme les compagnons d'Ulysse aimaient leur abrutissement. S'il y a donc des esclaves par nature, c'est parce qu'il y a eu des esclaves contre nature. La force a fait les premiers esclaves, leur l&#226;chet&#233; les a perp&#233;tu&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ENVERS DE LA M&#201;DAILLE DU M&#201;RITE LIB&#201;RAL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le souligne Jean-Jacques Dupeyroux dans Le Monde du 21 d&#233;cembre 1994, il faut savoir que derri&#232;re le taux de ch&#244;mage officiel &#034;miraculeux&#034; de 9 % aux &#201;tats-Unis (12 % en France), se cache la cr&#233;ation d'un tr&#232;s grand nombre &#034;&lt;i&gt;d'emplois pr&#233;caires r&#233;mun&#233;r&#233;s cinq &#224; six dollars l'heure - bien moins que notre SMIC - et sans s&#233;curit&#233; sociale. (...) incontestablement, les champions d'un vrai lib&#233;ralisme ont raison : en supprimant salaire minimum et assurance ch&#244;mage, on peut affamer - au sens propre du mot - les cat&#233;gories sociales d&#233;pourvues d'&#233;pargne, les contraindre donc &#224; accepter n'importe quoi et faire baisser le taux de ch&#244;mage.&#034;&lt;/i&gt; &#201;videmment, quand le corps est affam&#233;, l'esprit s'&#233;chauffe. C'est ainsi &#034;&lt;i&gt;qu'une telle exploitation est in&#233;vitablement g&#233;n&#233;ratrice d'un climat un peu tendu. On craque une allumette et un quartier s'embrase. Pour contenir cette contre-violence&lt;/i&gt; (nous soulignons), &lt;i&gt;un million de personnes seraient encarcer&#233;es dans les prisons am&#233;ricaines. &#199;a fait cher, mais il faut bien se donner les moyens de sa politique sociale !&lt;/i&gt; &#034; Pour conclure : &#034;&lt;i&gt;les d&#233;tenus ne sont pas compt&#233;s comme demandeurs d'emplois&#034;&lt;/i&gt;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les passages en italiques sont de Jean-Jacques Dupeyroux.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; tueurs n&#233;s &#187; ne c&#232;dent pas &#224; devenir, contre nature, des esclaves par nature, c'est leur refus d'une vie &#224; la saveur de soap-op&#233;ra qu'ils fuient. Lorsque les esclaves contre nature deviennent des esclaves par nature, il est trop tard. Dans les pires sc&#233;narios, on peut pr&#233;voir que demain l'on payera la l&#226;chet&#233; de ceux qui aujourd'hui s'habituent aux violences, seraient-elles &#171; sot &#187;, qu'ils subissent, complices d'un &#233;tat des choses qui contamine le monde &#224; venir, esclaves perdus de l'absurdit&#233; d'un ordre social inamovible. Comme le chaton qui, transport&#233; passivement, ne fait pas l'exp&#233;rience de la chaise et de la table et se comportera toute sa vie comme s'il &#233;tait aveugle alors que ses yeux voient, on grandira alors dans la neutralit&#233; de sa vie, &#233;tranger &#224; soi-m&#234;me, priv&#233; de tout &#233;lan de vie. Aujourd'hui, beaucoup trop prennent toute mise en garde du pr&#233;sent pour une dramatisation. Ceux-l&#224; n'ont pas compris que nous n'avons qu'une vie. Parfois, lors des interventions des P&#233;riph&#233;riques vous parlent dans les lieux publics avec une sayn&#232;te qui rel&#232;ve les chiffres de l'exclusion en Grande Bretagne (1 enfant sur trois est sous le seuil de pauvret&#233;) avec cette exigence de voir ce qui se met en place aujourd'hui en France pour &#171; neutraliser toute r&#233;sistance possible de la part des g&#233;n&#233;rations montantes &#187;, je m'entends dire : &#171; c'est bien, mais c'est trop violent &#187;. J'aime alors r&#233;pondre avec cette phrase de Brecht : &#171; croyez-vous vaincre la barbarie en faisant l'ange ? &#187; Nous portons publiquement ce cri : &#171; comment nous ouvrir un autre avenir que celui que nous rel&#232;ve cette enqu&#234;te britannique ? &#187; C'est cela que nous essayons d'explorer &#224; travers la th&#233;&#226;tralit&#233;, - je renvoie ici &#224; l'article de Yovan Gilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis habit&#233;e par cette interrogation : comment nous pr&#233;parer un avenir autre que celui qui est en train de se pr&#233;parer sans nous pour nous ? Qu'allons-nous faire aujourd'hui pour demain, ou bien pour reprendre une formule heureuse entendue autrefois : si on accepte ce qui est en train d'advenir maintenant, qu'est-ce que nous aurons accept&#233; dans dix ans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En regardant &lt;i&gt;Tueurs n&#233;s&lt;/i&gt;, j'ai v&#233;cu deux &#233;poques, la pire : l'apocalypse, ce cadre de vie qui tue l'espoir, et l'espace du hors cadre, l&#224; o&#249; notre &#233;lan peut nous r&#233;v&#233;ler ce qu'un cadre induit comme choix et buts de vie, tout en donnant dans le m&#234;me mouvement la possibilit&#233; d'en cr&#233;er un nouveau, de prendre ainsi prise sur un autre r&#233;el qui constitue encore mieux notre r&#233;alit&#233;. Si le cin&#233;ma peut &#234;tre un cri d'espoir et de vie c'est bien parce qu'il peut nous apprendre &#224; produire du hors cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des images qui lib&#232;rent du sens et du possible, elles font advenir l'inexprimable. Il y a des images qui permettent au hors cadre d'exister et il y en a qui le tuent, comme l'image t&#233;l&#233;, tout simplement. De m&#234;me, il y a des situations, des logiques qui permettent &#224; l'individu de devenir, de produire du sens dans sa vie, de retrouver le sync perdu, et il y en a qui &#233;touffent tout possible, &#224; petit feu, sans que l'on s'en aper&#231;oive, ou comme si cela ne pouvait en &#234;tre qu'ainsi, ou bien, comme si l'on &#233;tait oblig&#233; de suivre ce qui se pr&#233;sente comme le cours naturel des choses, expression m&#234;me de notre jeunesse de nature, nous masquant ce qu'il en est de notre gen&#232;se, de nos modes de &#171; faire culture &#187;. &lt;i&gt;Tueurs n&#233;s&lt;/i&gt; expose ce type de situations qui nous incitent &#224; travailler le hors cadre simplement parce qu'elles nous permettent de penser autrement le pr&#233;sent et le devenir. Je cherche &#224; me munir de concepts, de mots, d'id&#233;es, d'activit&#233;s qui me permettront de ne pas &#234;tre dupe de la pire r&#233;alit&#233;, des proc&#233;dures, en somme, m'incitant &#224; analyser les causes derri&#232;re l'apparence des effets, d&#233;tournement du regard, une autre mani&#232;re de raisonner par rapport &#224; ce qui est d&#233;j&#224;-l&#224;, mise en jeu de cette capacit&#233; vitale : changer de construction. &#171; Travaillons donc &#224; bien penser : voil&#224; le principe de la morale &#187; dit Pascal. Le hors cadre n'est pas quelque chose de formel, c'est une mani&#232;re de penser, de penser tout ce qui est ellipse, sortie de champ, un &#233;lan qui nous d&#233;barrasse des &#171; n&#233;o-vieilleries &#187;, cr&#233;ant un nouveau contexte de vie et de devenir, une nouvelle morale pourquoi pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des questions surgissent. Comment travailler de nouvelles contradictions ?, se forger des concepts qui nous permettent d'avoir une autre vision de monde ?, poser des questions autrement en balayant la tricherie des questions mal pos&#233;es ? Je guette le hors-champ, de la vie, de ma vie, ce mouvement qui va m'&#233;jecter de cette r&#233;alit&#233; normalis&#233;e vers la construction d'un monde possible. Au seuil du hors cadre, je pourrai alors d&#233;couvrir avec surprise la cadre qui m'enfermait, me demander d'o&#249; vient cette faiblesse &#224; ne pas savoir en sortir. Tel est mon d&#233;fi, en tout cas mon projet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Pr&#233;lude &#224; une philosophie en acte pour des philosophes debout</title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article307</link>
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		<dc:date>2004-01-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Federica BERTELLI, Yovan GILLES</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ann&#233;e derni&#232;re, les p&#233;riph&#233;riques vous parlent, le Laboratoire d'&#233;tudes pratiques sur le Changement , la philosophe Isabelle Stengers, Pierre L&#233;vy, l'anthropologue Bertrand Masquelier organisaient &#224; l'universit&#233; Paris 8 une manifestation sur le th&#232;me : &#171; professeurs/&#233;tudiants : acteurs ou interpr&#232;tes ? &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 4&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Acte du devenir &#224; l'universit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ann&#233;e derni&#232;re, les p&#233;riph&#233;riques vous parlent, le Laboratoire d'&#233;tudes pratiques sur le Changement , la philosophe Isabelle Stengers, Pierre L&#233;vy, l'anthropologue Bertrand Masquelier organisaient &#224; l'universit&#233; Paris 8 une manifestation sur le th&#232;me : &#171; professeurs/&#233;tudiants : acteurs ou interpr&#232;tes ? &#187;. &#192; l'issue de deux journ&#233;es de d&#233;bats et d'interventions r&#233;unissant des personnels universitaires, de nombreuses cat&#233;gories socio-professionnelles et des repr&#233;sentants d'associations de ch&#244;meurs, une &#171; Universit&#233; d'Urgence &#187; s'&#233;tait constitu&#233;e &#224; partir de l'&#233;vidence de concevoir une universit&#233; comme &#171; lieu de production de connaissances &#187; ouvert &#224; tous, engageant professeurs et &#233;tudiants dans une relation d'un nouveau type. Depuis, des cours de l'Universit&#233; d'Urgence se sont r&#233;guli&#232;rement d&#233;roul&#233;s. C'est dans ce cadre qu'une d&#233;marche concernant la philosophie et l'enseignement a &#233;t&#233; engag&#233;e par Isabelle Stengers et un certain nombre d'&#233;tudiants de l'Universit&#233; Libre de Bruxelles qui ont form&#233; un &#171; atelier d'exp&#233;rimentation &#187; (voir l'article Mise en jeu de la philosophie), et d'autre part d'une fa&#231;on plus informelle par la r&#233;daction des P&#233;riph&#233;riques et les participants au Laboratoire de Changement, dont certains poursuivent des &#233;tudes de philosophie &#224; l'universit&#233; Paris 8. Au mois d'ao&#251;t dernier une rencontre s'est d&#233;roul&#233;e au Laboratoire de Changement avec Isabelle Stengers (nous en reproduisons des extraits le long de ce texte). Cette rencontre a permis d'approfondir ces questions et d'aboutir &#224; un ensemble que nous aimons parfois baptiser sur un ton de boutade &#171; Philosophes debout &#187; en r&#233;f&#233;rence aux philosophes &#171; culs de plomb &#187; auxquels Nietzsche n'a jamais cess&#233; d'adresser des remarques d&#233;sobligeantes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;S'il s'agit ici de philosophie ce n'est certes pas pour l'&#233;riger comme une cat&#233;gorie disciplinaire qui d&#233;signerait et exclurait les non-philosophes. &#192; la question : qu'est-ce que la philosophie ?, nous lui donnons d'embl&#233;e ce sens : une mani&#232;re d'&#234;tre qui s'incarne du matin au soir, la recherche d'une pens&#233;e qui pense son pr&#233;sent et surtout son avenir. La philosophie recoupe, certes, un champ h&#233;t&#233;rog&#232;ne de pratiques &#224; l'intersection tout autant des &#171; sciences dures &#187; que des sciences humaines, mais au-del&#224; des champs qu'elle investit, nous estimons que la philosophie doit &#234;tre faite par tous et pour tous, comme Lautr&#233;amont l'affirmait de la po&#233;sie. Par cons&#233;quent elle ne peut &#234;tre le credo d'une minorit&#233; s'adressant les uns aux autres dans le cadre d'une soci&#233;t&#233; savante composant souvent, pour la repr&#233;sentation commune, un zoo humain avec son jargon sp&#233;cialis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Stengers faisait &#224; propos du philosophe cette remarque un peu ironique : &lt;i&gt;&#171; Le philosophe est le seul que je connaisse qui dira que lui et quelques-uns de ceux qu'il conna&#238;t sont des philosophes mais que tous les autres ne le sont pas &#187;&lt;/i&gt;. &#192; l'inverse ce serait faire preuve de na&#239;vet&#233; et de volontarisme de laisser entendre que tout le monde est philosophe. Disons plut&#244;t que, si tout le monde ne l'est pas et que ceux qui le sont, ne sont pas toujours ceux qui se pr&#233;valent de l'&#234;tre, qu'est-ce qui fait alors que chacun peut, &#224; un moment donn&#233;, faire surgir de la philosophie ? C'est &#224; la mesure de cette question que l'on fraiera - &#224; vouloir parfois nommer l'innommable : la sophia de la philosophie, et &#224; d&#233;sacraliser le sacr&#233;. Pour retourner une formule de Leibniz qui dit que &lt;i&gt;&#171; tout n'est pas vivant, mais il y a du vivant partout &#187;&lt;/i&gt;, &lt;strong&gt;tout n'est pas philosophie mais il y a de la philosophie partout&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment pourrait-il y avoir une m&#233;thode, un syst&#232;me pour atteindre &#224; ce qui est la vie-m&#234;me ? Pour ce qui est immobile, fix&#233;, mort, il existe une voie d'acc&#232;s, un chemin trac&#233; ; il n'y a rien pour parvenir &#224; la vie. Ne commence pas par r&#233;duire la r&#233;alit&#233; &#224; un paysage gel&#233; pour pouvoir, ensuite, pr&#233;tendre en trouver le chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruce Lee, Tao du Jeet Kune Do.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ici, en l'occurrence, de la position et de la situation de quelques &#233;tudiants et professeurs en philosophie et autres qui se sont saisi d'un certain nombre d'interrogations relatives au devenir qui se joue ou a du mal &#224; se jouer, en particulier &#224; l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il en effet de la philosophie telle qu'elle est enseign&#233;e &#224; l'universit&#233; ? Prenons par exemple l'&#233;nonc&#233; de Nietzsche : &lt;i&gt;&#171; seul celui qui agit comprend &#187;&lt;/i&gt;. Si cet &#233;nonc&#233; fonctionnait en tant qu'&#233;nonc&#233;, c'est-&#224;-dire s'il d&#233;bouchait sur la pratique qu'il &#233;nonce justement, parions que l'universit&#233; commencerait de s'affoler devant les contradictions qui fondent son discours. Mais nous n'en sommes pas l&#224;. De toute &#233;vidence, nous avons dans nos mani&#232;res d'apprendre, de vivre la vie, de faire semblant de comprendre, refoul&#233; ce malentendu initial, au point que le faire appara&#238;tre peut s'assimiler &#224; de l'ing&#233;nuit&#233; intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci pour affirmer que, s'il y avait &#224; poser une question, c'est que par sa simplicit&#233; m&#234;me qui risque de d&#233;cevoir et de d&#233;tourner notre int&#233;r&#234;t pour des questions plus s&#233;rieuses, l'&#233;tudiant le plus penaud ne peut au fond l'&#233;viter : qu'en est-il de la sophia en milieu universitaire ? &lt;i&gt;&#171; Les trois quarts des dipl&#244;m&#233;s de philosophie&lt;/i&gt;, poursuit Isabelle Stengers, &lt;i&gt;ne sont pas philosophes mais on peut rencontrer des philosophes partout... L'universit&#233; n'est pas un bon lieu pour la philosophie parce que c'est un lieu qui suscite bien souvent des recherches sans n&#233;cessit&#233;, sans vecteurs de vie, sinon produire des th&#232;ses pour pr&#233;tendre postuler &#224; des postes... C'est un long travail bien &#233;videmment de vouloir devenir vivant : il faut apprendre &#224; d&#233;placer les mots d'ordre ; o&#249; et comment les &#233;tudiants et les professeurs pourraient-ils devenir vivants quand les travaux &#224; l'universit&#233; sont des travaux d'&#233;rudition &#224; travers lesquels l'on va prouver simplement que l'on conna&#238;t bien le fran&#231;ais ? Consid&#233;rer que quelqu'un va enseigner la philosophie pour la simple raison qu'il a fait un travail de recherche universitaire, c'est horrible. Il faut au contraire favoriser une pratique philosophique qui nous rende capable d'en faire pour nous. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exp&#233;rience ajoutons que souvent l'enseignement se pr&#233;sente comme la m&#233;diation de la pens&#233;e philosophique, par le truchement de laquelle l'&#233;tudiant devrait &#171; apprendre &#224; penser &#187; et &#224; utiliser des concepts. Le souci de transmission de cette pens&#233;e repose le plus souvent sur une non-relation entre des professeurs &#171; &#233;chos du savoir &#187;, interpr&#232;tes de la pens&#233;e des auteurs, et des &#171; &#233;tudiants-&#233;ponges &#187; formant un parterre de spectateurs pour qui il n'y a de philosophie que le spectacle de sa valeur et un march&#233; du &#171; pr&#234;t-&#224;-penser &#187; o&#249; des clients viennent glaner ici et l&#224; quelques &#171; articles philosophiques &#187; ; ce m&#234;me &#233;tudiant qui avouera ne pas se sentir directement impliqu&#233; par l'enseignement ou n'en voit pas l'utilit&#233;, tout en &#233;tant incapable la plupart du temps de proposer autre chose, de saisir les enjeux d'une appr&#233;hension r&#233;solument int&#233;ress&#233;e de la philosophie, d'une connaissance &#171; pour soi &#187;. Et au tour du professeur de se sentir consid&#233;r&#233; comme un vulgaire &#171; distributeur d'UV &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au GREPH, en 1975, Derrida affirmait que &lt;i&gt;&#171; le professeur est le transmetteur fid&#232;le d'une tradition et non l'ouvrier d'une philosophie en train de se faire &#187;&lt;/i&gt;. Ce &#224; quoi, plus pr&#232;s de nous, Deleuze et Guattari r&#233;pondent : &lt;i&gt;&#171; quelle est la meilleure mani&#232;re de suivre les grands philosophes, r&#233;p&#233;ter ce qu'ils ont dit, ou bien faire ce qu'ils ont fait, c'est-&#224;-dire cr&#233;er des concepts pour des probl&#232;mes qui changent n&#233;cessairement ? &#187;&lt;/i&gt; Est-ce que la sp&#233;culation philosophique &#224; l'universit&#233; (&#171; sp&#233;culation &#187; dans le sens boursier du terme) ne recouvre-t-elle pas l'activit&#233; philosophique, justement cette &#171; philosophie en train de se faire &#187; ? L'enseignement &#224; l'universit&#233; ne promeut-il pas des professeurs de philosophie qui n'enseignent qu'une philosophie de professeurs, selon l'expression de Nietzsche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement il y a ceux qui s'interrogent et qui savent qu'abandonner la lutte &#224; l'universit&#233; c'est faire r&#233;gner une philosophie qui n'en est pas une et qui &#233;tale la mort de la pens&#233;e devenue chose parmi les choses. Mais inutile d'&#234;tre nostalgique aujourd'hui de ces moments pass&#233;s o&#249; la philosophie faisait &#233;cole de vie et d'espoir, mouvement de vie et de pens&#233;e, puisque nous sommes riches de cette nouvelle question : quelle philosophie est possible aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous disons qu'il y a connaissance chaque fois que nous observons un comportement efficace (ou appropri&#233;) dans un contexte donn&#233;, c'est-&#224;-dire dans un domaine que nous d&#233;finissons par une question (explicite ou implicite). (H. Maturana et F. Varela, &lt;i&gt;L'Arbre de la connaissance&lt;/i&gt;)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ne pas constituer des groupes professeurs/&#233;tudiants de r&#233;flexion et d'action sur l'enseignement de la philosophie ?, nous semble une orientation susceptible de nourrir la relation professeurs/&#233;tudiants. V&#233;rifier la concordance entre les r&#233;ponses aux questions : &lt;i&gt;&#171; qu'est-ce qu'enseigner la philosophie ? &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; qu'est-ce que la philosophie ? &#187;&lt;/i&gt;, c'est interroger en permanence les buts des &#233;tudes, mais c'est aussi pour &#233;tudiants et professeurs, d&#233;terminer les crit&#232;res qui permettent d'&#233;valuer en quoi &#171; conna&#238;tre &#187; consiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette voie, la relation professeurs/&#233;tudiants pourrait se structurer autrement que par un &#171; manque &#224; penser &#187; le sens de &#171; l'engagement philosophique &#187;, quand &#171; Engagement &#187; signifie par ailleurs autre chose que le fait pour des philosophes de mettre leur autorit&#233; au service d'hyst&#233;ries guerri&#232;res r&#233;demptrices contre toute atteinte &#224; la d&#233;mocratie sur la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que serait une philosophie qui se fonderait de la relation professeurs/&#233;tudiants ? Comment encore, &#224; travers l'enseignement, la philosophie pourrait-elle, pour emprunter une formule de Foucault, &lt;i&gt;&#171; se dissoudre dans des activit&#233;s de pens&#233;e ? &#187;&lt;/i&gt; Un livre peut &#234;tre une bo&#238;te &#224; outils, aimait-il dire. Par cons&#233;quent comment l'enseignement de la philosophie pourrait-il &#234;tre l'outil par excellence du devenir de la sophia ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autre phrase de Foucault, &lt;i&gt;&#171; D&#233;crire une formulation en tant qu'&#233;nonc&#233; ne consiste pas &#224; analyser les rapports entre l'auteur et ce qu'il dit, mais &#224; d&#233;terminer quelle est la position que peut et doit occuper tout individu pour en &#234;tre le sujet &#187;&lt;/i&gt;, nous situe en plein dans la probl&#233;matique de la pratique philosophique. Elle marque cette ambition, qu'&#233;tudiants et professeurs se donnent la possibilit&#233; d'acc&#233;der &#224; leur propre puissance de philosophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la sorte nous pensons qu'il est du r&#244;le de l'universit&#233; de devenir un lieu vivant, &lt;strong&gt;un lieu d'activation des &#233;nonc&#233;s&lt;/strong&gt;, et non pas un lieu de stabilisation, d'entomologie des id&#233;es o&#249; livr&#233;es &#224; l'usure du commentaire, du discours sur du discours, elles ne servent plus qu'&#224; &lt;i&gt;&#171; faire la critique des mots par les mots &#187;&lt;/i&gt;., selon la formule de Nietzsche. Il y a l&#224; sans aucun doute des dispositifs &#224; inventer pour &#233;prouver les &#233;nonc&#233;s de la philosophie, c'est-&#224;-dire les restituer &#224; la pens&#233;e vivante qui les a produites. &lt;i&gt;&#171; Les probl&#232;mes philosophiques ne peuvent de la sorte &#234;tre appropri&#233;s : ils appartiennent &#224; ceux qui les posent, et deviennent nuls si ceux qui les posent le font en tant qu'interpr&#232;tes, autoris&#233;s seulement par une comp&#233;tence dipl&#244;m&#233;e, et non comme acteurs d'une n&#233;cessit&#233; qui les expose et les met en risque &#187;&lt;/i&gt; affirme I. Stengers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens l'enseignement ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une dispensation, la d&#233;position abstraite de la transmission, mais bien mati&#232;re &#224; penser &#171; l'op&#233;ration philosophique &#187; elle-m&#234;me, qui n'est pas un savoir appropriable mais avant tout un pr&#233;sent dans lequel &#171; des vivants &#187; se reconnaissent un droit &#224; l'exp&#233;rience et &#224; l'exp&#233;rimentation. &lt;i&gt;&#171; La connaissance n'est en aucune fa&#231;on quelque chose que l'on peut traiter comme un stockage symbolique susceptible d'&#234;tre transmis. On ne peut pas passer des connaissances d'un endroit &#224; un autre. La connaissance est toujours situ&#233;e sur la base d'une boucle d'actions et c'est sur la logique de la boucle d'actions qu'il faut agir pour pouvoir justement s'ouvrir en flexibilit&#233;, en transformation. &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit Francisco Varela, chercheur en sciences cognitives. Si &#171; comprendre &#187; c'est &#234;tre engag&#233; dans un processus o&#249; la pens&#233;e est &#171; v&#233;cue avec ses risques &#187;, selon l'expression d'I. Stengers, ses t&#226;tonnements, ses frayages, comment alors d&#233;limiter une sc&#232;ne du vivant ? Quelles proc&#233;dures inventer dans une relation &#224; plusieurs afin de construire une sc&#232;ne de l'activit&#233; philosophique o&#249;, par exemple, &lt;i&gt;&#171; plus que d'expliquer des probl&#232;mes philosophiques, il s'agirait d'abord de les dire &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise-t-elle ? Comment encore la connaissance pourrait-elle se fonder sur la base d'une co-production &#233;tudiants/professeurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter de r&#233;pondre &#224; ces questions il faut un point de d&#233;part que nous avons imagin&#233; sous la forme d'une premi&#232;re exp&#233;rience &#224; engager &#224; Paris 8, et intitul&#233;e sur le fil d'une intuition : &lt;strong&gt;&#171; Philosophie en Actes et Acte de philosophie &#187;&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#171; Agir en acteur ou en interpr&#232;te ? C'est &#224; partir de ce qui diff&#233;rencie profond&#233;ment un acteur d'un interpr&#232;te qu'une pratique de la philosophie pourrait se chercher. Cette philosophie devrait &#234;tre &#224; m&#234;me d'engager entre &#233;tudiants et professeurs un autre type de relation, une relation o&#249; l'activit&#233; de conna&#238;tre deviendrait l'affaire de tous. Que serait alors une d&#233;marche philosophique dans le cadre du vivant : la th&#233;&#226;tralit&#233; ? Quelle pourrait &#234;tre sa forme et de quelle consistance serait faite cette philosophie s'exprimant sur une sc&#232;ne (un th&#233;&#226;tre des op&#233;rations) o&#249; agissent et interagissent des acteurs ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans ce cadre le Laboratoire d'&#233;tudes pratiques sur le Changement, (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment, c'est l&#224; un point de d&#233;part pour inciter professeurs, &#233;tudiants et non-universitaires, c'est-&#224;-dire personnes de tous horizons susceptibles de former universit&#233;, &#224; s'engager dans une dynamique durable, &#224; tenter l'impossible, &#224; capter dans les cours les interrogations qui, pour le moment, sont les n&#244;tres et &#224; leur apporter des r&#233;ponses qui seraient les leurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi cet effort-l&#224;, demandera-t-on, alors qu'il suffirait de continuer comme avant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que, et ce sera l&#224; notre conclusion, nous n'oublions pas que la philosophie ne peut &#234;tre perm&#233;able aux &#171; probl&#233;matiques du pr&#233;sent &#187;, et qu'il ne s'agit pas ici de mettre du piment dans les disciplines de l'esprit. Qu'il suffise en l'occurrence de penser &#224; la pr&#233;carit&#233; qui menace l'universit&#233;, &#224; la n&#233;cessit&#233; imp&#233;rative (il y va de la survie de l'universit&#233;) de penser la pr&#233;carisation comme la condition impens&#233;e d'un devenir social qui se concr&#233;tise chaque jour un peu plus dans les faits. &lt;i&gt;&#171; Si on ne consid&#232;re pas la philosophie ou la po&#233;sie comme des instruments de lutte, quel peut &#234;tre alors leur sens. L'universit&#233; n'est plus un espace de lutte, coup&#233;e qu'elle est de la vie r&#233;elle. Elle ne peut impulser de la vie &#187;&lt;/i&gt;, affirme S&#233;bastien Bondieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre conviction est qu'il ne tient qu'&#224; la pratique philosophique de devenir cette matrice d'activation qui contribue &#224; transformer l'universit&#233;. Il est de son ressort d'&#234;tre &#224; la fois &#171; foyer de r&#233;sistance &#187; et r&#233;ponse possible &#224; un savoir sans devenir qui confine de plus en plus les individus &#224; se couler dans le moule universitaire des fili&#232;res et des d&#233;bouch&#233;s bouch&#233;s. Il s'agit maintenant de tenter de m&#233;tamorphoser les fili&#232;res en chemins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans ce cadre le Laboratoire d'&#233;tudes pratiques sur le Changement, Marc'O, Isabelle Stengers, des &#233;tudiants, Les p&#233;riph&#233;riques essaieront de donner forme et contenu &#224; ces questions dans un espace o&#249; le terme &#171; agir &#187; ne sera pas propos&#233; &#224; la seule sp&#233;culation philosophique, mais saisi comme &#171; moyen m&#234;me de l'expression philosophique en actes &#187;. (Cette initiative s'inscrit dans les activit&#233;s de l'Universit&#233; d'Urgence. Une premi&#232;re journ&#233;e de d&#233;bats s'est d&#233;roul&#233;e dans le cadre des &#171; Mardis de Paris 8 &#187;, le 14 novembre &#224; l'universit&#233; Paris 8 Saint-Denis.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Andr&#233; S. Labarthe</title>
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		<dc:creator>Federica BERTELLI</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Deux extraits d'interview de Andr&#233; S. Labarthe.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique46" rel="directory"&gt;Hors-champs&lt;/a&gt;


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		<title>En qu&#234;te d'objets bris&#233;s</title>
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		<dc:creator>Andr&#233; S. LABARTHE, Federica BERTELLI, Marc'O</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'en est-il de l'image, au cin&#233;ma ou &#224; la t&#233;l&#233;vision ? Quelle place laisse-t-elle au spectateur aujourd'hui ? Le spectateur ? Qui est-il ? A-t-il encore sa place ? Cet oubli&#233;, cet omis, &#233;cart&#233; par le primat accord&#233; aux cr&#233;ateurs, d&#233;positaires de l'art. Dans cette recherche &#224; voix haute, &#224; la lumi&#232;re de deux films d'Andr&#233; S. Labarthe sur Artaud et Van Gogh, il s'agit de d&#233;gager, plus qu'une id&#233;e de l'art ou du cin&#233;ma, la possibilit&#233; hors-objectif d'un devenir humain. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 17&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'en est-il de l'image, au cin&#233;ma ou &#224; la t&#233;l&#233;vision ? Quelle place laisse-t-elle au spectateur aujourd'hui ? Le spectateur ? Qui est-il ? A-t-il encore sa place ? Cet oubli&#233;, cet omis, &#233;cart&#233; par le primat accord&#233; aux cr&#233;ateurs, d&#233;positaires de l'art. Dans cette recherche &#224; voix haute, &#224; la lumi&#232;re de deux films d'Andr&#233; S. Labarthe sur Artaud et Van Gogh, il s'agit de d&#233;gager, plus qu'une id&#233;e de l'art ou du cin&#233;ma, la possibilit&#233; hors-objectif d'un devenir humain. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(...) Andr&#233; S. Labarthe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cin&#233;aste, cr&#233;ateur avec Janine Bazin de la s&#233;rie Cin&#233;astes de notre temps (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : Oui, qu'arrive-t-il au regard d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale ? Je ne peux pas dissocier le record de la parole. Le regard n'est rien. Je me souviens d'un chien que j'avais, un berger allemand. Lorsque nous regardions la t&#233;l&#233;, il se couchait &#224; nos pieds, la t&#234;te vaguement tourn&#233;e vers l'&#233;cran. Mais que voyait-il ? Les yeux mi-clos, les oreilles en alerte, il dormait comme dorment les chiens, d'un sommeil prudent. En l'observant, je notais que ces images, non seulement il ne les regardait pas, mais il ne les voyait pas. Si, cependant, sur l'&#233;cran, un chien aboyait, alors ses oreilles se dressaient, il se levait, faisait le tour du poste. Qu'est-ce que cela signifiait ? Que ce chien sur l'&#233;cran, il l'avait reconnu, il l'avait, en quelque sorte, nomm&#233;. Comme les enfants qui apprennent &#224; parler, il avait dit : chien. Et je pense que nous en sommes tous l&#224;. Pour que les choses existent, ici et maintenant, je dois les nommer. Je dois prononcer les mots chien, magn&#233;tophone, bicyclette, mais aussi perversion, fatigue, r&#233;volution. C'est &#224; cela que sert le langage. A fabriquer de la r&#233;alit&#233; en nommant ce qui m'environne. Lorsque nous sommes devant notre t&#233;l&#233;, sommes-nous si diff&#233;rents de mon chien qui ne voyait que ce qu'il reconnaissait, que ce sur quoi il avait pu mettre un nom ? L'image, ce n'est rien. La difficult&#233; qu'avait Artaud &#224; &#233;crire ou Van Gogh &#224; peindre tenait &#224; cela : la fuite, la d&#233;perdition, l'&#233;vaporation incessantes de ce qu'ils avaient sous les yeux. Comment s'opposer &#224; cette &#233;vaporation, &#224; cette d&#233;perdition, &#224; cette fuite ? Pour Artaud c'&#233;tait tragique : &#034;je ne suis pas au monde&#034; &#233;crivait-il &#224; Jacques Rivi&#232;re, sachant tr&#232;s bien que pour &#234;tre au monde encore fallait-il que ce monde exist&#226;t. Le Th&#233;&#226;tre de la cruaut&#233; n'avait pas d'autre raison d'&#234;tre. Pour Van Gogh, c'&#233;tait : comment faire exister ce bouquet de tournesols, ces ravins, ce cypr&#232;s - et la r&#233;ponse &#233;tait : en les incendiant. Oui, je crois vraiment qu'incendier ce cypr&#232;s, c'&#233;tait, pour Van Gogh, le nommer - et le faire exister. Si ce cypr&#232;s existe, alors, moi, Van Gogh, j'existe : tel est le cogito de Van Gogh... J'ai tent&#233; de faire passer cette id&#233;e aupr&#232;s de mes &#233;tudiants &#224; Paris 8 o&#249; j'ai enseign&#233; pendant quelques mois. Je leur disais : voici un verre, imaginons que nous le filmons dans le but de le faire exister, l&#224;, sur l'&#233;cran. Nous le posons sur une table, puis cam&#233;ra, lumi&#232;re, moteur, coupez. Projection du rush. Et voici, sur l'&#233;cran, l'image du verre. Non pas le verre, mais son image. Le verre n'est pas l&#224;. Nous reprenons le plan, le verre sur la table, mais cette fois nous soignons l'&#233;clairage, reflets, contrastes, relief. Nouvelle Projection. Cette fois, l'image du verre est saisissante mais il s'agit toujours d'une image. Imaginons maintenant qu'au cours d'une troisi&#232;me tentative, alors que la cam&#233;ra tourne, imaginons que, par quelque circonstance, le verre tombe et se brise. Projection, en catastrophe. Et soudain, alors que l'image avoue sa d&#233;faite, soudain le verre est l&#224;, &#224; l'instant m&#234;me o&#249; il se brise, comme si le scandale de sa disparition r&#233;v&#233;lait l'&#233;clat de sa pr&#233;sence. Cela signifie deux choses. D'abord que ce verre existera pour moi, &#224; cet instant, parce qu'il lui arrive quelque chose. Ensuite que ce quelque chose est de l'ordre du malheur, de la mort. Tu vois on n'est pas loin de Bataille. On n'est pas loin non plus de ce que nous disions du langage tout &#224; l'heure. Car c'est la disparition du verre, sa disparition scandaleuse, qui va me sommer de prononcer le mot &#034;verre&#034;, et le faire exister. Je ne voudrais pas, cependant, que ces consid&#233;rations nous entra&#238;nent vers une vision tragique de la vie. La mort est un n&#233;ant actif, elle est le ferment de la vie. Toutes consid&#233;rations sur le pessimisme ou l'optimisme seraient ici d&#233;plac&#233;es. Je pense &#224; cette phrase d'Apollinaire que je cite souvent, elle est dans Alcools : &#034;Mon verre s'est bris&#233; comme un &#233;clat de rire.&#034; Je pense aussi au burlesque - au burlesque am&#233;ricain, notamment, que Bunuel et Dali mettaient au dessus de tout. L'agressivit&#233; qui est au c&#339;ur du burlesque est de la m&#234;me nature que celle qui fait voler le verre en &#233;clats pour le faire, encore une fois, exister. Et je me demande si je n'&#233;tais pas guid&#233; par cette intuition lorsque, dans le film sur Artaud, j'ai film&#233; un verre qui tombe au ralenti avant de se briser sur le sol et, de nouveau vers la fin du film qui tombe encore au ralenti, comme si se trouvait illustr&#233; l&#224; le destin d'un homme qui n'a cess&#233;, sa vie durant, d'atteindre cet instant de la brisure qui le ferait enfin &#034;&#234;tre au monde&#034;. Paix dans les brisements disait Michaux... (...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cin&#233;aste, cr&#233;ateur avec Janine Bazin de la s&#233;rie &lt;i&gt;Cin&#233;astes de notre temps&lt;/i&gt; (de 1964 &#224; 1972), rebaptis&#233;e depuis 1989 &lt;i&gt;Cin&#233;ma, de notre temps&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Halte au massacre</title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article80</link>
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		<dc:date>2003-01-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Federica BERTELLI</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Herodes est bien vivant / Il est au pouvoir / Il a d&#233;cr&#233;t&#233; la famine / Une forme plus subtile / De tuer les enfants / Qui sont n&#233;s au Br&#233;sil / Oh Herodes - gouvernement mangeur d'anges / Oh Herodes - gouvernement d&#233;voreur d'enfants / Oh Herodes - gouvernement carnivore / Oh Herodes - il a d&#233;j&#224; mang&#233; le Br&#233;sil entier &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Herodes est une chanson qui a &#233;t&#233; compos&#233;e par le groupe musical Moleque de Rua, form&#233; par 13 enfants des rues de S&#227;o Paulo au Br&#233;sil &#226;g&#233;s de 12 &#224; 21 ans.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 0&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Herodes est bien vivant / Il est au pouvoir / Il a d&#233;cr&#233;t&#233; la famine / Une forme plus subtile / De tuer les enfants / Qui sont n&#233;s au Br&#233;sil / Oh Herodes - gouvernement mangeur d'anges / Oh Herodes - gouvernement d&#233;voreur d'enfants / Oh Herodes - gouvernement carnivore / Oh Herodes - il a d&#233;j&#224; mang&#233; le Br&#233;sil entier &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Herodes est une chanson qui a &#233;t&#233; compos&#233;e par le groupe musical Moleque de Rua, form&#233; par 13 enfants des rues de S&#227;o Paulo au Br&#233;sil &#226;g&#233;s de 12 &#224; 21 ans.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au Br&#233;sil on tue 5 enfants par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai entre les mains un journal intitul&#233; : JOURNAL DES ENFANTS DU MONDE. Il est dat&#233; avril 1992. On peut y lire les titres suivants : N'EXTERMINEZ PAS NOS ENFANTS ; LES ESCADRONS DE LA MORT ; LA RUE DE L'ENFANCE PERDUE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux m'emp&#234;cher de souligner cette phrase, lue dans un des articles : &#171; Si les humains sont les seuls &#234;tres vivants qui s'entretuent pour des raisons politiques, une civilisation qui se permet de tuer ses propres enfants montre un d&#233;s&#233;quilibre &#233;vident, en remettant en cause un des fondements de vie humaine &#187;. Souligner cette phrase pour me rendre bien &#233;vidente la monstruosit&#233; de ce qui se passe au Br&#233;sil, pour manifester sans doute aussi ma solidarit&#233;, pour compenser, peut-&#234;tre, mon impuissance &#224; agir contre ces &#233;v&#233;nements ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre phrase me saute aux yeux : &#171; La violence contre les enfants pauvres est la partie la plus &#233;vidente, la plus choquante des actions qui portent atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; de la personne humaine. &#187; Non, en fin de compte, &#224; y regarder davantage, il n'y a rien &#224; souligner ! Rien ! Il n'y a que les faits qui s'affichent, t&#234;tus. &#192; quoi bon souligner des expressions telles que &#171; fondements de vie humaine &#187;, &#171; atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; &#187;, si ce n'est pour se construire un mur de protection, se fixer &#224; un ancre de sauvetage pour ne pas &#233;branler son existence, sa bonne conscience ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien &#224; souligner ! Rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture du JOURNAL DES ENFANTS DU MONDE ne m'offre aucune &#233;chappatoire. Une extermination d&#233;lib&#233;r&#233;e d'enfants et d'adolescents se d&#233;roule au Br&#233;sil. Ce sont des &#171; gamins de rue &#187; : abandonn&#233;s, ils n'ont d'autre lieu de vie que la rue et les lieux publics. Mais, de ces espaces de vie on a fait des lieux de mort : les cadavres sont laiss&#233;s dans la rue, sur les places ou les terrains vagues. &#171; Mieux vaut tuer les enfants aujourd'hui, pour qu'ils ne deviennent pas des criminels lorsqu'ils seront adultes &#187; est la logique des Escadrons de la Mort constitu&#233;s par des policiers, des ex-policiers, des groupes soutenus par les petits et les grands commer&#231;ants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me trouve face &#224; une r&#233;alit&#233; qui ne peut pas ne pas me bouleverser. Je ferme le journal. Je me demande : que pouvons-nous faire, que puis-je faire ? Commenter en s'indignant ? Certainement pas, je sais trop bien que l'indignation, serait-elle v&#233;h&#233;mente, ne d&#233;bouche que sur la surench&#232;re verbale. Il doit bien y avoir quelque chose de plus important &#224; faire que de s'indigner. Je pense : avril 1992 est une date d&#233;j&#224; lointaine ! Pourquoi, donc, n'ai-je connaissance de ces &#233;v&#233;nements que maintenant ? Probablement depuis cette date la situation n'a-t-elle fait qu'empirer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par hasard que j'ai eu entre les mains ce journal. Ce n'est pas par hasard par contre que j'ai regard&#233; r&#233;cemment un documentaire sur les enfants tu&#233;s au Br&#233;sil. Cette situation inhumaine ne touche probablement pas seulement le Br&#233;sil, mais la question qui m'habite, moi, en l'occurrence, est : o&#249; s'arr&#234;te ce qu'il m'est possible de conna&#238;tre et o&#249; commence ce que je pourrais conna&#238;tre ? M&#234;me si les &#233;v&#233;nements existent en dehors de nous, n'y a-t-il pas des moments o&#249; obligation nous est faite de voir mais, cela d&#233;pend-il que de nous ? - ce qui se trame ailleurs d'horreurs ? D'&#234;tre vigilants aux appels de d&#233;tresse, pr&#234;ts &#224; nous r&#233;veiller d&#232;s que &#171; la b&#234;te immonde &#187; pointe le nez ? Certes, mais alors, faudra-t-il apprendre &#224; regarder autrement autour de nous et chercher cons&#233;quemment, &#224; explorer autour de nous ce qui dans le quotidien se donne comme normal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde donc de plus pr&#232;s, du plus pr&#232;s possible, et je me demande : le contexte dans lequel je vis, la r&#233;gion parisienne et l'universit&#233; Paris 8 o&#249; je passe la plupart de mon temps, n'est-elle pas la sc&#232;ne id&#233;ale pour affronter mon impuissance ou plut&#244;t ma paresse &#224; agir ? &#192; chacun d'en &#233;tablir les limites. Il suffit de franchir la distance qui nous s&#233;pare de la sc&#232;ne, de nous-m&#234;mes, il suffit de sortir de son enfermement, il suffit de ne plus d&#233;l&#233;guer aux autres le droit &#224; la parole. Comme dit Artaud :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pour exister il suffit de se laisser aller &#224; &#234;tre, / mais pour vivre, / il faut &#234;tre quelqu'un, / pour &#234;tre quelqu'un, / il faut avoir un OS, / ne pas avoir peur de montrer l'os, / et de perdre la viande en passant. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux me faire les os, et je peux le faire, maintenant, sur cette sc&#232;ne. Ne nous renseigne-t-elle pas d'elle-m&#234;me &#233;norm&#233;ment sur ce qui peut se passer ailleurs, encore plus peut-&#234;tre, ne nous &#233;claire-t-elle pas directement cet ailleurs ? Regardons encore de plus pr&#232;s l'universit&#233;, par exemple, ce lieu cens&#233; &#234;tre un lieu de rencontre, de production, de formation, de vie, et demandons-nous si nos &#233;tudes nous pr&#233;parent aux changements, aux exigences, aux interventions que l'&#233;poque exige et si, plus important, nos &#233;tudes trouveront, un jour, un d&#233;bouch&#233; dans la vie professionnelle. Ou bien alors, devrais-je me r&#233;signer &#224; devenir, &#224; mon &#233;chelle, un petit concentr&#233; de la d&#233;ch&#233;ance universitaire et en subir, tout le long de ma vie, les terribles cons&#233;quences ? Mais qu'allons-nous faire de notre sort, de notre avenir ? Le monde du travail ne nous offre certainement pas l'espoir d'un monde meilleur ! Vous avez des doutes ? Demandez aux ch&#244;meurs ce qu'ils en pensent ! &#171; vous avez de la chance d'&#234;tre &#224; l'universit&#233; &#187;, r&#233;pondront certains. Quelle chance ? Celle de remettre &#224; plus tard une exclusion que nous sentons in&#233;vitable ? Celle de nous maintenir, au jour le jour, gr&#226;ce &#224; un illusoire confort estudiantin dans le marasme g&#233;n&#233;ral ? Quelles fadaises !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque l'appel des banlieues manifestation la plus explicite des enjeux d'une logique d'exclusion ne nous a pas encore renseign&#233;s sur notre devenir, comment pouvons-nous entendre les cris de millions d'enfants tu&#233;s au Br&#233;sil ? Et pourtant c'est ce cri qu'il est essentiel de ne pas chasser, en le recouvrant par tous les faux bruits du train-train quotidien. Parce que ce cri, nous fait savoir que ce qui est en &#339;uvre au Br&#233;sil et dans les pays de la mis&#232;re programm&#233;e, c'est la mise en place, partout dans le monde et &#224; tous les niveaux de la soci&#233;t&#233;, d'une logique du pire qui est tout simplement une logique consciente ou inconsciente ? - de l'exclusion.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le narcissisme est une trag&#233;die. La trag&#233;die d'exister en ignorant l'autre. Comment exister si j'ignore la beaut&#233; de l'autre. Si mon reflet est moi que j'adore alors comment nommer celui-l&#224;, qui me regarde contempler ma propre image, laquelle ne sait que me d&#233;visager comme je la d&#233;visage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il faut intervenir sur les probl&#232;mes d'injustice, l&#224; o&#249; on vit pour pouvoir r&#233;pondre aux cris de d&#233;tresses, ailleurs. Comment pouvons-nous nous positionner face aux enfants massacr&#233;s au Br&#233;sil si nous ne parvenons m&#234;me pas &#224; avoir un regard critique sur la mis&#232;re qui &#233;crase nos banlieues ? Si nous nous privons de ce regard simultan&#233; sur l'ici et l'ailleurs, comment pouvons-nous prendre conscience que la trag&#233;die des enfants des rues au Br&#233;sil ne traduit rien d'autre que la phase terminale de l'exclusion, la derni&#232;re caisse de r&#233;sonance pour nous faire savoir que notre tour arrive ? Voil&#224; le probl&#232;me : que d&#233;ciderons-nous de changer de logique ou d'attendre, le cul coll&#233; &#224; la chaise, que le pire nous tombe dessus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert, il y a quelques jours, en lisant le CIDV (Centre Inter-Culturel Paris 8) INFOS N&#176; 1 qu'il existe une association qui s'appelle ERE BRASIL (ENFANTS - DES RUES ET &#201;DUCATEURS AU BR&#201;SIL), cr&#233;&#233;e par des enseignants et &#233;tudiants de Paris 8. &#201;vitons de demander aux &#233;tudiants s'ils sont au courant de cette initiative, pas la peine de s'entendre r&#233;pondre que l'information ne circule pas ou qu'on s'en fout de ce qui se passe &#224; l'universit&#233; ! Ajoutons simplement que s'ouvrir &#224; sa propre vie exige d'abord d'abattre les fronti&#232;res qui d&#233;coupent l'universit&#233; en compartiments si l'on ne veut pas finir encag&#233; dans sa propre indiff&#233;rence. &#171; Votre indiff&#233;rence nourrit l'indiff&#233;rence de l'autre &#187;, nous dit un proverbe africain. Quant &#224; moi, mon souhait est que cet article contribue &#224; favoriser une rencontre de l'Association ERE BRASIL avec les &#233;tudiants pour soutenir le groupe MOLEQUE DE RUA &#224; l'occasion de leur tourn&#233;e en France entre mai et octobre 1993. J'ajouterai pour conclure : j'esp&#232;re d'ici l&#224; &#234;tre &#224; la hauteur des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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