<?xml 
version="1.0" encoding="iso-8859-1"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>LES PERIPHERIQUES VOUS PARLENT</title>
	<link>http://www.lesperipheriques.org/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>




<item xml:lang="fr">
		<title>Devenir capable de...</title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article379</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article379</guid>
		<dc:date>2004-01-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle STENGERS</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;La premi&#232;re semaine de mai, G&#233;n&#233;ration Chaos 2 &#233;tait &#224; l'Universit&#233; Libre de Bruxelles. Enseignante de philosophie, je m'&#233;tais improvis&#233;e &#171; contact &#187; c'est-&#224;-dire que mon nom avait &#233;t&#233; utilis&#233; dans la demande de soutien mat&#233;riel aupr&#232;s des autorit&#233;s acad&#233;miques, et que j'avais &#233;crit, pour pr&#233;senter l'entreprise aux &#233;tudiants et chercheurs qui en ignoraient tout, le texte suivant...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 2&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La premi&#232;re semaine de mai, G&#233;n&#233;ration Chaos 2 &#233;tait &#224; l'Universit&#233; Libre de Bruxelles. Enseignante de philosophie, je m'&#233;tais improvis&#233;e &#171; contact &#187; c'est-&#224;-dire que mon nom avait &#233;t&#233; utilis&#233; dans la demande de soutien mat&#233;riel aupr&#232;s des autorit&#233;s acad&#233;miques, et que j'avais &#233;crit, pour pr&#233;senter l'entreprise aux &#233;tudiants et chercheurs qui en ignoraient tout, le texte suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand on a, comme moi, la quarantaine bien sonn&#233;e, un m&#233;tier enfin stable apr&#232;s un peu de gal&#232;re, une maison, etc., on a tendance &#224; se demander : mais o&#249; sont les jeunes qui devraient faire intrusion, nous heurter, nous imposer des perspectives et des exigences inattendues ? Nous forcer &#224; vieillir et &#224; rajeunir &#224; la fois, bref nous forcer &#224; bouger ? Surtout lorsqu'on travaille &#224; l'Universit&#233;, qu'on est cens&#233; transmettre un savoir, une exp&#233;rience qui rendrait ceux et celles &#224; qui on s'adresse capables de faire autre chose que de survivre dans ce monde chaotique, o&#249; l'on nous dit que rien ne sera plus comme avant mais o&#249; on parle surtout adaptation, soumission aux demandes du march&#233;, r&#233;signation &#224; devenir toujours plus utilisables, mall&#233;ables, disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; que se pointe G&#233;n&#233;ration Chaos et un journal Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent avec cette devise : &#034;Car la fondation d'un savoir est que la jouissance de son exercice est la m&#234;me que celle de son acquisition&#034;. Ils sont &#233;tudiants-acteurs, et ils nous demandent : &#034;que faites-vous ?&#034;, &#034;quel rapport au savoir nous inoculez-vous, celui qui nous permettra de vivre le chaos, ou seulement d'y survivre, accroch&#233;s au r&#234;ve d'une stabilit&#233; perdue ?&#034;. Ils nous disent : &#034;nous apprenons &#224; &#234;tre acteurs, et c'est difficile, difficile de cesser d'&#234;tre seulement interpr&#232;tes des st&#233;r&#233;otypes et mots d'ordre que l'on croit siens. Mais vous, les enseignants, &#234;tes-vous interpr&#232;tes ou acteurs de ce que vous &#234;tes cens&#233;s transmettre ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intrusion inattendue, inqui&#233;tante, qui fait vieillir et rajeunir. Plus de satisfaction partenalistico-maternaliste quant &#224; ces jeunes qui, enfin, suivraient nos traces. Au pied du mur. Ils nous demandent ce que nous sommes en train de faire, dans la routine. Quelles illusions, quelles impuissances, quelles soumissions transmettons-nous avec la meilleure des bonnes volont&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universit&#233;, usine &#224; ch&#244;meurs ?, grande &#233;cole de formation pour une &#233;lite &#034;vraiment professionnelle&#034; ? Ch&#244;meurs, &#233;lites, il s'agit chaque fois de r&#244;les &#233;crits d'avance, &#224; interpr&#233;ter. Devenir capables de devenir acteurs ? C'est tout un travail, qui met effectivement &#233;tudiants, enseignants, chercheurs, &#224; &#233;galit&#233;. Dans la perplexit&#233;. Comment on fait pour se r&#233;veiller ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ration Chaos a invent&#233; un spectacle qui n'en est pas un. Parce qu'il n'a pas &#233;t&#233; con&#231;u puis appris- r&#233;p&#233;t&#233;, mais cr&#233;e de fa&#231;on telle que, effectivement, la jouissance du devenir-capable d'&#234;tre acteur soit la m&#234;me que celle de l'exercice du savoir-&#234;tre acteur. Il a &#233;t&#233; invent&#233; comme un &#034;agent-catalyseur&#034; pour susciter le brisement du r&#244;le de spectateur-consommateur, passif, cynique, d&#233;sesp&#233;r&#233;, &#034;&#224; qui on ne la fait plus&#034;. Un &#034;spectacle&#034;, con&#231;u pour r&#233;veiller, pour secouer, pour mettre en branle et qui devra se prolonger par un vrai travail &#034;politique&#034; au sens o&#249; la politique c'est d'abord l'invention des mani&#232;res de vivre ensemble. Comment vit-on ensemble, &#224; l'universit&#233;, lorsque certains appartiennent &#224; la &#034;g&#233;n&#233;ration chaos&#034; et que les autres croient qu'ils savent et savent ce qu'ils ont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se r&#233;veiller, c'est d'abord se saisir de l'opportunit&#233;, m&#234;me fragile, m&#234;me t&#233;nue, de se r&#233;veiller. Le chaos n'est pas la crise en ce qu'il cr&#233;e le d&#233;fi de cesser de croire que &#034;les choses s'arrangeront&#034; qu'il faut avoir confiance. Comment on fait pour cesser d'avoir confiance sans d&#233;sesp&#233;rer ? C'est ce dont nous pouvons commencer &#224; devenir capables, Mardi 3 et Mercredi 4 &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'ignorais, lorsque j'ai &#233;crit ce texte, c'est que, &#224; la mi-avril, les &#233;tudiants de Bruxelles se sont soudain mis en mouvement. &#192; la surprise de tous et &#224; la r&#233;jouissance de plus d'un. &#171; Faut-il une r&#233;volution tous les vingt cinq ans ? &#187;, demandait l'un de leurs tracts. Mais avec humour, car il ne s'agissait plus des &#233;tudiants politis&#233;s de 68 : le mouvement avait &#233;t&#233; lanc&#233; par les repr&#233;sentants &#233;tudiants au Conseil d'Administration (une &#171; conqu&#234;te &#187; de 68), t&#233;moins scandalis&#233;s de l'impuissance de ce conseil &#224; remplir sa fonction. Le d&#233;tonateur avait &#233;t&#233; un plan de restriction budg&#233;taire dont chacun savait qu'il ne serait discut&#233; que pour la forme, puis qu'on se soumettrait, comme d'habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan a &#233;t&#233; retir&#233; &#224; la fin de cette premi&#232;re semaine de mai. Les &#233;tudiants ont gagn&#233;, mais il est encore bien difficile de savoir ce qu'ils ont gagn&#233;. Mais, &#224; cette occasion, j'ai pu - et je parle ici en mon nom - mesurer le contraste entre ce mouvement, explosif, inventif, mais limit&#233; par nature et d&#233;cision aux objectifs qui avaient suscit&#233; l'explosion, et le travail qu'implique et que proposaient les membres du Laboratoire de Changement. Toute mise en mouvement traduit et amplifie bien s&#251;r l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du milieu o&#249; elle se produit. En l'occurrence, il y avait bien s&#251;r les indiff&#233;rents, ceux qui, si l'Universit&#233; &#233;tait en gr&#232;ve, restaient chez eux pour travailler (les examens &#233;taient tout proches). Il y avait ceux qui s'&#233;taient mis en mouvement, et vivaient au jour le jour les mutations du rapport de force engag&#233; avec les autorit&#233;s. Et puis il y avait ceux, tr&#232;s minoritaires, qui esp&#233;raient, n'osaient esp&#233;rer, refusaient d'esp&#233;rer, que d'autres probl&#232;mes seraient pos&#233;s, que l'on pourrait passer de la r&#233;sistance &#224; l'invention. Ce sont ceux-l&#224;, et ceux-l&#224; seuls, qui sont venus et revenus, qui ont particip&#233; aux discussions, qui en ont recrut&#233; d'autres, ex-&#233;tudiants plus ou moins ch&#244;meurs, &#233;tudiants d'autres institutions, et d'autres encore, bref qui ont cr&#233;&#233; un autre type d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; dans une situation toute diff&#233;rente : aucun objectif mobilisateur &#171; naturel &#187; m&#234;me pas, et surtout pas, celui qu'auraient pu constituer les modalit&#233;s de prolongation de la lutte universitaire, somme toute peu importante pour beaucoup de ceux qui cherchaient, en se rassemblant, &#224; devenir &#171; acteurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens de l'exp&#233;rimentation s'est impos&#233; d&#232;s que nous nous sommes retrouv&#233;s r&#233;unis &#171; seuls &#187; c'est-&#224;-dire apr&#232;s le d&#233;part des &#171; fran&#231;ais &#187;. Nous &#233;tions &#171; comme avant &#187;, et pourtant quelque chose nous avait &#233;t&#233; transmis dont nous savions que le premier d&#233;fi &#233;tait qu'elle ne se perde pas, qu'elle fasse une diff&#233;rence. Mais quelle diff&#233;rence ? Comment actualiser ce qui s'&#233;tait transmis ? Oui certes, le travail avec le laboratoire allait continuer : d&#233;j&#224; une bonne dizaine d'entre nous est en partance pour un stage &#224; Ville Evrard. Mais pour qu'un tel stage nourrisse quelque chose, il faut quelque chose &#224; nourrir. Quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun ne peut, en ce stade initial, que t&#233;moigner &#224; sa mani&#232;re de ce qui s'est pass&#233;. Les r&#233;cits o&#249; l'un peut parler pour plus d'un ne se cr&#233;ent que plus tard, lorsque &#171; ce qu'il y a &#187; &#224; raconter a pris existence. Je dirais donc que, pour moi, la qualit&#233; la plus singuli&#232;re de l'exp&#233;rimentation d&#233;butante a &#233;t&#233; la &#171; patience &#187;, au sens o&#249; patience s'oppose &#224; angoisse et urgence : comme si quelque chose nous &#171; contenait &#187;, nous permettait de tol&#233;rer les silences, la perplexit&#233;, le savoir de ce que nous &#233;tions r&#233;unis &#171; pour rien &#187;, sans mots d'ordre ni programme, et de ce que la chose normale serait de nous disperser et de reprendre le train-train de la vie &#171; normale &#187;. La question n'&#233;tait pas du tout &#171; que nous veulent-ils, ces fran&#231;ais &#187;. &#192; sa mani&#232;re, chacun le savait parfaitement. Ce qu'ils nous voulaient &#233;tait d'ailleurs en fait, me semble-t-il, identiquement cela m&#234;me qui nous &#171; contenait &#187;, ensemble, hors de l'&#233;quilibre de nos habitudes, de nos impatiences angoiss&#233;es, et de nos d&#233;sespoirs. On pourrait le dire ainsi : ils ne sont pas venus &#171; faire un spectacle &#187; ; ils nous ont donn&#233;, avec largesse, sans compter, du temps, de l'attention, de la patience. Comme si c'&#233;tait important,comme si nous importions. On ne donne pas sans cr&#233;er d'obligation. Mais l'obligation, ici, n'est rien d'autre que d'admettre, ce qui n'est pas facile, que cela, en effet, importe. Ce qui nous contenait n'&#233;tait donc autre que l'obligation de r&#233;sister &#224; la norme pr&#233;visible de la dispersion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question de &#171; temps &#187; m'int&#233;resse. Si on se disperse, c'est toujours parce qu'on a l'impression de &#171; perdre son temps &#187;. &#171; Pas de temps &#224; perdre &#187; ; &#171; &#224; quoi perdons-nous encore notre temps ! &#187;, sont des mots d'ordre d'autant plus redoutables qu'ils semblent &#233;maner d'une exigence de libert&#233;. Bien s&#251;r, ils ne portent pas en g&#233;n&#233;ral sur les bavardages au caf&#233;, les &#171; activit&#233;s de loisir &#187;, toutes ces mani&#232;res que nous avons de &#171; faire passer le temps &#187;. Ils portent sur les tentatives de &#171; cr&#233;er du social &#187;, de cr&#233;er de nouvelles mani&#232;res d'exister ensemble. C'est peut-&#234;tre pourquoi, d'ailleurs, on s'ennuie tant aux r&#233;unions politiques militantes : il faut prouver par toutes sortes d'urgences qu'on ne perd pas son temps, c'est-&#224;-dire par exemple se constituer un ordre du jour hyper-charg&#233; qui donnera &#224; chacun l'impression rassurante qu'il y a &#171; du boulot &#224; abattre &#187;. Contraste tr&#232;s int&#233;ressant avec ce que nous savons des soci&#233;t&#233;s dites &#171; traditionelles &#187; de ces villages qui peuvent se mobiliser pendant plusieurs jours pour une c&#233;r&#233;monie rituelle qui recr&#233;e des liens entre la communaut&#233; et un de ses membres en souffrance. Comme si cela importait, comme si c'&#233;tait tout sauf du temps perdu. Ce qui, au fond, n'a rien d'exotique, pas plus cette exigence que l'on trouve dans L'Unit&#233; des diff&#233;rences, que le &#171; devenir de l'entreprise &#187; et de ceux qui la font ou la feront vivre deviennent l'une des mati&#232;res du temps que l'on passe sur les &#171; lieux de production &#187;. C'est nous qui sommes exotiques, difficilement compr&#233;hensibles (quoique parfaitement explicables), lorsque nous jugeons normal et souhaitable de quitter le lieu de travail d&#232;s que possible et de d&#233;l&#233;guer la t&#226;che de s'occuper de ceux qui en ont besoin &#224; des sp&#233;cialistes dont nous achetons le temps. Et bien s&#251;r cela a un rapport avec la th&#232;se que seraient jeunes &#171; ceux qui luttent pour un pr&#233;sent qui ait de l'avenir &#187;. Ceux qui sont &#171; jeunes &#187; sans avoir &#224; lutter pour cela, les enfants, nous montrent cela : leurs jeux sont vitaux, les collectifs qu'ils ne cessent de cr&#233;er sont le site de drames, d'espoirs, de joies, de d&#233;sarrois, de violences inimaginables pour l'adulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je demandais : &#171; comment on fait pour se r&#233;veiller ? &#187;, une question qui fait &#233;cho un peu partout aujourd'hui.G&#233;n&#233;ration Chaos nous oblige &#224; reconna&#238;tre une condition sine qua non du processus : lutter contre l'imp&#233;ratif, int&#233;rioris&#233; par chacun d'entre nous, de ne pas perdre son temps. Pour le reste, &#224; Bruxelles, l'exp&#233;rimentation continue, mais il est trop t&#244;t pour qu'existent les mots qui me permettraient d'en parler au nom de plus d'un.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Soir article d'Isabelle Stengers</title>
		<link>http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article730</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lesperipheriques.org/spip.php?article730</guid>
		<dc:date>2000-03-16T15:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle STENGERS</dc:creator>



		<description>

-
&lt;a href="http://www.lesperipheriques.org/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Qui sommes-nous ?&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
