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Numéro 30 WEB
Les conditions du lisible 6 : De la vraisemblance
photo d’Alexandre Chemla
Par Marc’O |

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À vous de jouer, dit l’imaginaire, pour découvrir le vraisemblable ou l’invraisemblable visage qui s’offrira à vos yeux, sinon pour vous éblouir, du moins pour vous rendre tout à fait perplexe. Vous connaissez l’adage « Selon que vous serez puissant ou misérable les jugements de cours vous rendront blanc ou noir », le blanc étant la couleur de la vérité, laissant au noir le soin d’assumer la non-vérité. Vous voyez, il ne s’agit pas seulement de faire reculer les limites où se fabrique la vérité ou le mensonge, mais d’abord de les percevoir, ces limites, derrière les grands airs que l’on se donne ou des sourires qui se veulent narquois. Il demeure que c’est à la limite qu’il faudra faire la vérité ou le mensonge. La vraisemblance, l’invraisemblance.

Pour en revenir maintenant à l’acte notarial, l’authentification du vrai, j’observe que pour toutes ces raisons il n’est en somme qu’un acte de droit, un droit formel et constitutionnel, une désignation notariale du vrai reconnu comme vraisemblable, un signifiant validé par un écrit, en quelque sorte, qui rappelle d’autres formulations rhétoriques comme « le gel d’un acte » ou au cinéma « un arrêt sur image » ou ces horribles expressions qui s’appellent « le show business », « la société salariale », « les ressources humaines ». Dans le langage politique règnent les entournures de phrases du « politiquement correct » un amas d’idées à rebours qui propagent des faux semblants peu ragoûtants. Heureusement, l’on peut toujours détourner ces clichés-vérités, à l’exemple de Marx qui nous exhibe « la pensée bourgeoise » sous la forme de cette phrase incisive « les eaux glacées du calcul égoïste »

Le paysage qui s’offre à ma vue au moment où je fais ce constat en plein milieu d’un virage conjoncturel périlleux échappe à mes yeux. Invisible, parce que pas vu (unseen) en même temps que l’idée s’impose en moi que je suis ailleurs, fasciné par un acte notarial qui n’est pas autre chose qu’une allégation, un échappatoire, qui a pour objet de garantir l’exactitude des textes offerts à la lecture : c’est sur cette imposture que se construit la narration dominante. Y contredire, est une manière d’être bien dans sa peau. Je m’empresse d’ajouter, il y en a beaucoup, beaucoup d’autres. Ce n’est pas ma pensée qui est vraie, c’est la nécessité de fournir à mon esprit qui pense l’exact état de mes aspirations, le devenir auquel je prétends.

Entre vérité et exactitude, que le dictionnaire donne comme des synonymes, il y a un monde, un monde de faux fuyants qui crée ce fameux « état de droit », si cher aux démocraties qui depuis l’aube de l’humanité n’ont d’autres fonctions que de masquer, sous des formes variables « le droit du plus fort », converti en droit des plus gueulards, les communicants d’aujourd’hui. Quant à l’exactitude, celle que l’on prête aux rois, elle dépend des critères que l’étiquette attribue à leur majesté avec tout le respect qui doit leur être dû, évidemment, ou aux bidouillages des horlogers qui créent la vérité des automates, des systèmes qui mettent chacun à sa place, bien ou mal dans ses petits souliers ou ses baskets devant la télé ou au volant de sa bagnole. La vérité devenue juste une idée, à défaut de se faire reconnaître par une idée juste subsiste sous la forme d’une question têtue. Par exemple, celle « des nuages », comme dit Popper, il faut aller la chercher ailleurs, aux charbons, dans les prévisions de la météorologie qui ne fait pas toujours le beau ou mauvais temps qu’elle annonce.

Juste au moment où je m’apprête à reconnaître que ses prévisions sont de plus en plus exactes, la voix du Père Ubu ou de Jarry Alfred, en personne, prononce ces paroles : « Emmanuel Dieu attend l’heure sidérale que sa tête s’en aille ».

- Merdre de merdre ! Abat les certitudes, Mère Ubu.

- Vive le doute ! Père Ubu !

- Vous en doutez, Mère Ubu ?

Lire la suite : La fin des certitudes ? J’en doute