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Numéro 23 WEB
Sarkozy a besoin de croyants pour sa république
photos de Andrea Paracchini
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Le Monde du 22 décembre 2007, titre en pleine page de sa Une, à propos de la visite du président de la république Nicolas Sarkozy au Vatican :

La République a besoin de croyants, dit Sarkozy. [1]

Il se trouve que moins d’une semaine, avant, paraissait le numéro 22 de la revue Les périphériques vous parlent avec un article de Marc’O intitulé "Le Croyant et le citoyen" dans lequel l’auteur essaye de distinguer deux modes de pensée qui opposent les laïcs aux religieux.

Pendant toute une époque, on a opposé la libre pensée à une pensée qui reposait sur des convictions religieuses. L’auteur de l’article parle, à ce propos, de pensée des mystagogues qu’il distingue de la pensée des philosophes. En fait, cette opposition apparaît d’une façon spectaculaire avec la visite de Sarkozy au Vatican. En la circonstance, on pourrait corriger l’intitulé du Monde par celui-ci, bien plus précis :

Sarkozy a besoin de croyants pour sa république.

Quelques mots à ce sujet.

L’auteur dans son article "Le Croyant et le citoyen" donne une explication des deux termes, mystagogue et philosophe : le premier alimente l’idée de croyance, (les choses sont ceci ou cela) le deuxième développe l’idée de la connaissance en acte (les choses deviennent). D’un côté "le Croyant" habité par des Convictions, des Certitudes, grand C, de l’autre, "le citoyen" (être social) qui cherche à s’accomplir, à comprendre et agir, dans la société civile avec tous les autres.

Marc’O précise que mystagogue désigne, à l’origine, celui qui se prétend initié aux mystères du sacré. Dans sa racine, il distingue deux éléments, le premier vient du grec mustagôgos (celui qui initie aux mystères sacrés), le deuxième vient de agein (conduire). À travers ces deux racines, les mystagogues désignent ceux qui sacralisent leur savoir, leur pouvoir, leur érudition, leur autorité, leur fric, les transformant en un droit prépondérant qu’il qualifie de principe naturel. À la suite, le terme s’appliquera encore à ces personnes qui prétendent tenir leur légitimité de leur pouvoir, de leur race, de leur sexe, de leur classe, de leur croyance, de leur mode de penser et de faire.

Dans sa version moderne, les mystagogues de l’économie de marché vous vendront des vérités clés en main garanties par des experts légitimés par une Foi qui découle de Vérités éternelles, issues d’idéologies économistes (néo-libéralisme, ultra libéralisme ou le social libéralisme actuel qui émerge un peu partout de nos jours sous des formes diverses). Dans ce contexte, celui de l’économie de marché dominant le monde, les peuples sont de moins en moins considérés comme des citoyens qui ont le pouvoir de se donner un devenir, mais comme des clientèles masse qui trouveront leurs satisfactions sur le marché. L’intérêt du marché devient ainsi l’intérêt des individus massifiés.

À l’opposé du mystagogue, on trouve le philosophe, l’ami de la sagesse, le prétendant à
la sophia, comme dit Gilles Deleuze, l’amoureux des sciences, des arts, le praticien, le chercheur impénitent du savoir. Le philosophe a donné naissance à l’Honnête Homme du siècle des Lumières qui pensait le monde, la vie - lui-même dans le monde et sa vie - non pas tant pour en révéler les Vérités insondables, mais pour trouver les possibles qui lui ouvriront un espace à sa mesure, à lui, ensemble, avec tous les autres.


Avec cette description de deux modes de voir, de penser, d’agir, on comprend immédiatement quel type de république Sarkozy veut bâtir. Une république de croyants.

C’est à cette république des croyants que l’article "Le Croyant et le citoyen" cherche à s’opposer, choisissant à s’en remettre à une république d’hommes et de femmes, qui se veulent "citoyens, à le devenir", à chaque instant de leur vie. Et en cette perspective, la conclusion est claire : aujourd’hui, une telle république ne peut reposer que sur un seul mot d’ordre : "Résistance, existence !"

Les périphériques ont fait de l’invitation de Serge Daney "L’information n’est pas un dû mais une pratique" un des fondements de leur activité. D’où ces quelques remarques, à propos des déclarations de Sarkozy au Vatican qui, aussi stupéfiantes soient-elles, ont trouvé une réponse anticipée dans le dernier numéro 22 des Périphériques vous parlent. (Nous vous invitons, au passage, à le consulter).

Quant à la formule "Résistance, existence", le mouvement social en a fait depuis longtemps déjà un mot d’ordre pour contrer les menées de ces messieurs qui veulent nous soumettre aux certitudes qui émanent directement de leur Croyance, voulant nous entraîner, là où nous savons depuis toujours ne pas vouloir aller.

Certes, l’actuel Président de la République se vante en permanence d’être un homme de conviction, mais nous, nous sommes également des femmes et des hommes de convictions. Sans doute, nos convictions ne sont pas les siennes. Les nôtres, nous voulons les partager avec celles et ceux qui leur donneront un devenir. Le devenir citoyen ne peut être que celui que chacun se rendra capable de faire émerger, pour lui, bien sûr, mais ensemble, avec les autres. En tout cas, nous ne rejoindrons jamais la masse de Croyants aux services de certitudes auxquelles ils tiennent tant à s’attacher et à nous attacher. Nous, nous tenons, avant tout, à devenir des femmes et des hommes libres.

Oui, pour crier "Liberté, Egalité, Fraternité". Non, pour ânonner "Travail, Famille, Patrie".

La Rédaction

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