Productions
     ACCUEIL LES PERIPHERIQUES VOUS PARLENT RECHERCHER
         
Numéro 22
L’imaginaire, à l’écran comme à la vie
par Federica Bertelli

Les films que nous voyons sont trop souvent l’occasion de passes-temps sans lendemain. Nous oublions que ces films, et plus généralement les œuvres, représentent, au fond, ce que nous en faisons ou en pensons : la somme de nos préjugés ou de nos découvertes.

Imprimer
Photo Tendance Floue

Extrait

Chaque film a son synopsis, plus ou moins fidèle à ce qu’est le film, à ce qu’il pourrait être, à ce qu’il n’est pas en réalité, à ce qu’il va être, différemment, pour chaque spectateur. Le synopsis joue des tours et des détours à celui qui s’y fixe, aveuglement, parce que derrière une histoire, la plus simple soit-elle, un imaginaire peut se déployer, mais aussi parce que les histoires sur papier ne sont jamais, non plus, à coup sûr synonyme d’une envolée à l’écran.

Dans une salle de cinéma, spectatrice, lorsqu’un film a besoin de moi - dans le sens où l’entend André S. Labarthe lorsqu’il avance qu’"un mauvais film est un film qui n’a pas besoin de moi" - le besoin est désir, plaisir, jouissance. Connaissance. Les images ne sont pas des reflets, ni des miroirs, encore moins des substituts. D’ailleurs peut-être l’intérêt est de se détourner précisément de l’image comme image.

J’ai autant besoin du film que le film a besoin de moi pour exister. Je m’interroge, spectatrice. Un film qui a besoin de moi est peut-être un film qui respire et transpire le temps de ma respiration, me propose un espace/temps où ma respiration doit se faire, une respiration à construire, inattendue, particulière, qui m’est propre, qui m’écarte de mes habitudes, déploie mon imaginaire. Le rythme est à composer, à trouver, à forger. Respiration de notre imaginaire comme signe de vie. On se dilate les poumons comme si l’on était en altitude. L’imaginaire transforme le besoin en désir, un désir qui n’est pas un cliché. Un désir trouble qui n’a rien à voir avec les désirs pré-fabriqués des mauvais films qui ne sont que le reflet pitoyable et prévisible d’une reconnaissance parfaitement maîtrisée et calculée, désir impersonnifié, sans effort, sans inconnu, sans conquête. Les films qui nous asphixient, maintenant, on les connaît bien et il devient assez facile d’en répérer les pièges.

Mais que sait-on du travail qu’il faudrait entreprendre face à un film qui a besoin de nous ? Assommés par un flot ininterrompu d’images et de sons, saisissons-nous l’occasion, par ces films, qui nous permettrait de déplacer du coup l’attente vers l’inconnu d’un désir et d’une connaissance à venir ? Prenons-nous réellement le temps de faire ce travail ? Surtout, aime-t-on le faire ?

[...]