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Numéro 22
Édito

De crises sociales en mécontentements, d’engouements contagieux pour une France qui travaille plus pour gagner plus au désenchantement qui constate le recul du pouvoir d’achat et le régime de « la vie chère », la France, louvoyant entre mythe culturel du déclin et réformisme économique, traverse une période éminemment problématique, percluse de contradictions.

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Parmi elles, celle qui dresse l’une contre l’autre la justice sociale et l’efficacité économique dans un contexte où l’imaginaire du marché prend un nouvel essor à travers une offre politique qui cultive toutes les ubiquités sur l’issue à donner à cette question, si ce n’était la remise en cause des « acquis sociaux » au nom d’une revalorisation du mérite et du travail.

Le lecteur trouvera dans ce numéro des contributions explorant des questions d’actualité sans cependant coller à l’actualité immédiate, concernant l’idéologie socio-économique trempée dans la religion du chiffre, les pratiques illicites ancrées dans l’économie légale avec la nouvelle corruption, d’autres portant sur des enjeux ambiantaux et de santé publique à l’échelle mondiale ou encore des articles à dimension philosophique ou littéraire débusquant les fictions et les images écran qui s’interposent entre notre perception et ce que nous appelons réalité, mixte d’imaginaire, de réel et de symbolique : qu’il s’agisse, entre autres, de la glorification de la croissance et du spectacle, de la compétitivité ou encore de la domination supposée des États-Unis sur le monde.

Une revue est un espace d’analyse certes, mais également d’expression des sensibilités. La sensibilité que nous évoquons ne se laisse pas réduire à l’affect, au verdict du sentiment volubile ou au ressenti immédiat qui ourle le versant obscur de la subjectivité. Ce à quoi nous sommes singulièrement ou collectivement le plus sensible mobilise des types d’intérêts, déterminant des choix politiques ou existentiels qui se dérobent à l’influence supposée sans partage de l’intérêt économique sur nos vies.

La rédaction

La France qui se lève tôt se couche également tôt. Son mérite doit donc être relativisé et sa performance réestimée selon cette observation : quand on est fatigué le soir, on a envie d’être en forme le matin. Se coucher tard et se lever tôt est par contre plus méritoire quand il s’agit d’exalter le mérite. Quant à la France qui ne se couche jamais, elle reste relativement mineure en cette période.

Travailler plus pour gagner plus. Toute autre formule : travailler autant pour gagner moins, travailler moins pour gagner plus, eût mené tout autre candidat à un échec au prétexte d’irréalisme, de défense des intérêts patronaux ou, au contraire, de délit de socialisme invétéré. La première formule qui séduisit est donc un truisme car elle ne souffre pas de contestation. Il y a quelques années, la gauche plurielle, avec l’instauration des 35 heures, aurait pu proférer tout haut ce qu’elle n’a dit alors qu’à voix basse : travailler moins pour gagner autant.