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Numéro 18
La compensation
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Extrait

L’acquisition de la marchandise équivaut principalement pour le consommateur à s’approprier des signes de dénotation statutaires. Le destin glorieux auquel le système de consommation promet la marchandise culmine aujourd’hui avec la prépondérance de la marque par laquelle l’objet marchand se dématérialise jusqu’à devenir un status symbole reconnu selon des règles commerciales de codage.

Citant un passage du Faust où Goethe exprimait déjà ainsi l’éther où flotte la marchandise : "si je puis me payer six chevaux, leurs forces ne sont-elles pas miennes ?" Marx commentait : "Ce que je peux m’approprier grâce à l’argent, ce que je peux payer, c’est-à-dire ce que l’argent peut acheter, je le suis moi-même, moi le possesseur de l’argent". L’argent n’est plus "l’entremetteur entre le besoin et l’objet" mais entre un client et un besoin sans autre objet que de satisfaire le besoin euphorisant de consommation lui-même. L’achat devient ainsi un acte majeur de valorisation sociale qui transforme les biens de consommation en fétiches. Dans sa théorie analytique, Freud parle du fétiche comme de la jouissance d’un objet sexualisé qui se substitue au but sexuel, la chose sublimée tenant lieu de l’absence de l’acte par lequel j’en fais l’expérience directe. De la même manière, la société de consommation est celle où le régime de l’objet marchand tente d’imposer une telle activité substitutive et où, l’individualité, bien plus encore que d’exister à travers ce qu’elle possède, n’existe pas tant qu’elle ne peut s’approprier ce dont l’économie, symboliquement, organise le manque.