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Numéro 5
Apprendre à agir en citoyen
Par Marc’O |

Un citoyen n’est pas forcément acteur, par contre un acteur est nécessairement un citoyen.

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Qu’est-ce qu’un citoyen lorsque les perspectives d’avenir sont complètement bouchées ? Qu’est-ce que « être citoyen » quand une partie croissante de la population est destinée à survivre dans le cadre d’une sous-classe maintenue en dessous du seuil de pauvreté ? Qu’est-ce que la liberté alors si, d’une part, elle ne peut être garantie qu’aux hommes et aux femmes pourvus d’un emploi et que, d’autre part, la stabilité de l’emploi se révèle pour l’ensemble de la population de plus en plus aléatoire ? Qu’en est-il alors de la démocratie ?

Sous un autre aspect, peut-on avancer qu’il n’y ait pas de citoyens dans un pays totalitaire ou fasciste ? Certes non. Dans ces pays sans démocratie, on rencontre des résistants, des rebelles, des dissidents qui réagissent, se dressent contre l’oppression. Je serai personnellement porté à penser que ces individus qui désobéissent, se révoltent et résistent, agissent absolument, totalement en citoyens je dirais qu’ils sont le modèle même qui exprime « le citoyen ». À l’inverse, dans les pays démocratiques où la citoyenneté est à la base de la constitution, sommes-nous sûrs qu’en dehors des périodes électorales, les populations aient l’opportunité d’exprimer leur citoyenneté ? Le voudraient-ils, auraient-ils la possibilité d’agir en citoyens ?


"La matière à l’équilibre est aveugle et, loin de l’équilibre, elle voit. Le non- équilibre est source de structure" (llya Prigogine). Si on me demandait, à brûle-pourpoint, de préciser ce qui sépare l’acteur de l’interprète (le comédien), je dirai que l’interprète vise toujours à se situer dans un état d’équilibre, un déjà-là normalisé, stabilisé. Autrement dit, il agit, s’exprime, dans le cadre d’un équilibre normatif : un équilibre qui dépend des normes qui le définissent. L’acteur, lui, prend en compte le déséquilibre. L’équilibre pour lui n’est qu’un moment stable (court terme) dans un espace instable (long terme). Son expression se constitue à partir de son engagement à affronter l’instabilité. Ce qu’il arrive alors à exprimer, à réaliser est un acte d’auteur. Cette activité, on pourrait l’appeler artistique. Notons au passage qu’il y a "de l’artistique" dans toutes les activités humaines, c’est par là que l’acteur devient auteur, responsable de ses actes.


Cherchons maintenant à préciser la question du « citoyen » sous une forme qui engage un choix de société : le terme citoyen renverrait-il à un simple rôle social, au même titre que les autres rôles que chacun est amené à tenir dans sa vie (celui par exemple, de travailleur, d’employé, de consommateur, de mère et père de famille, de vacancier), ou ne devrait-on pas plutôt le référer à une activité qui dans le cadre de la cité, de la nation, fait de chaque femme, chaque homme chaque adolescent, un acteur : auteur de ses actes ?

Notre choix se porte évidemment sur cette dernière acception : acteur, auteur de ses actes. On peut parler là d’engagement politique, dans la mesure où il signifie ce pour quoi on a envie de se battre. Le terme citoyen va alors concerner avant tout la personne humaine : la femme, l’homme, l’adolescent dans l’activité même de savoir. Le savoir, dans cette perspective, rend manifeste l’idée d’une co-construction de la cité par les citoyens, la cité garantissant à chacun, à chaque groupe, à chaque communauté les moyens, les espaces démocratiques de leur devenir. Nous établirons à la suite que la citoyenneté concerne ce que l’on peut appeler le savoir-être capable de, soit l’activité d’acteur, qu’il faudra distinguer nettement de celle de l’interprète. Un savoir-être s’exprimant à travers les savoir-faire propres à chacun.