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Numéro 11
Vaincre ou perdre
Par Fahrid BENSIKHALED |
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Est-ce que, dans la victoire, on est toujours bon ? Qu’est-ce que ça veut dire “la victoire” ? On n’est pas forcément en situation de réussite quand on gagne et on n’est pas non plus dans une situation d’échec quand on perd. Il y a un équilibre à avoir entre ce qui est visible : le résultat sur la feuille de match, et la perception de ce qu’on fait, la différence entre là où on est parti et là où on est arrivé. J’ai entraîné des équipes avec des gosses de moins de treize ans qui avaient un bon niveau. Entraîner c’est compliqué, notamment par rapport à la façon dont sont perçues la défaite et la victoire. Gagner toujours ne fait pas forcément progresser les gamins, parce qu’ils en arrivent à ne plus se poser de questions sur leurs défauts. Quant à perdre... J’ai entraîné des équipes qui perdaient 10-0 tous les week-ends, le critère de réussite devenait alors le fait de ne perdre aucun gamin à la fin de l’année. Qu’est-ce qui fait alors qu’ils restent ? Le fait qu’ils progressent ou non individuellement ou que l’équipe progresse ? Ça, ce sont des critères de réussite. Avec ces gamins qui perdaient tout le temps la prise de risque n’était plus relative au score, c’était justement ce qu’ils s’accordaient à prendre comme risque dans l’activité pour faire quelque chose de différent de ce qu’ils savent faire. C’est ça pour moi la prise de risque. Je donne un exemple : il y a un gamin qui joue arrière droit et qui est tout le temps spectateur du jeu, il ne fait que défendre et ne participe jamais à la construction du jeu, il ne demande jamais la balle et ne sort jamais de sa zone. Tu peux jouer avec une équipe qui est toujours battue 15-0 tous les week-ends et en même temps faire progresser le gamin dans sa capacité à se mobiliser différemment, à ne plus être spectateur et à devenir un participant du jeu. Après, ce sont ses limites techniques dans la manipulation du ballon, ses limites physiques parce qu’il n’est pas assez vif et tonique, qui font qu’il va perdre ; mais lui, par contre, il aura fait des choses nouvelles et c’est là qu’il prend du plaisir. Je dis cela mais, en même temps, je suis conscient de l’importance de la représentation. Tu perds 10-0, t’as toujours perdu 10-0, tu rentres chez toi en te disant que tu as perdu et non en te disant j’ai fait ceci, cela. C’est à l’entraîneur, puis à l’enfant de comprendre ce qu’il a fait de nouveau à chaque match par rapport au match précédent. C’est le regard qui permet ça, ce n’est pas autre chose, le regard que tu portes sur ta pratique et sur celle des autres.