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Numéro 10
À propos du sync
Par Fahrid BENSIKHALED |

Fahrid Bensikhaled relate la manière dont il a utilisé dans le cadre de son activité d’animateur sportif des recherches menées sur la synchronie (sync) lors du séminaire Musique / Sport / Overflow.

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Je dirais surtout des choses sur le sync et pas trop sur le séminaire, n’ayant pas vécu la totalité du week-end. Quatre points qui me font penser que je n’ai pas perdu mon temps :

- Le sync est un excellent outil lorsque l’on part de rien. En fait, il permet de mettre en évidence que chacun a des pré-requis, une expérience. L’outil engage ce qu’il y a de plus profond, de plus caché dans la personne, et dans les rapports sociaux en général. C’est-à-dire sa responsabilité à apporter quelque chose dans une production collective, ainsi que la nécessité d’écouter l’autre, et de reproduire à sa façon ce que nous propose l’autre. Je fais référence à un article de la revue Dire de la FSGT concernant les processus d’apprentissage de l’enfant. Cet article dit, si je m’en souviens bien, que dans le jeu l’enfant alterne entre des situations de création et des moments de répétition, d’imitation. Mais avec le sync, nous sommes dans une production collective, alors que dans l’article, ce processus était vu sous l’angle individuel.

- Deuxième aspect : Quand on part d’un balbutiement, la création reste fondamentale. Mais ce qu’il y a de plus fondamental, c’est surtout de se donner le droit de rater des choses. D’y aller par tâtonnement. Chose qui est relativement peu admise dans une société où l’on vante les mérites de la productivité et de la rentabilité. Mais finalement, se donner le temps d’essayer, collectivement, pour trouver les meilleures formes de production, n’est-ce pas engager, dans leurs formes les plus évoluées, tous les savoir-faire et les savoir-être de l’être humain ?

- J’insisterai sur un point qui a été abordé lors d’une réunion du collectif Jeune Solidarité. C’est la nécessité de prendre acte de ce que l’on fait pour se laisser le temps de comprendre. Donc, l’alternance Action/Réflexion sur l’action pour ne pas se laisser enfermer dans une spirale de l’action pour l’action et finir par abandonner par excès de volontarisme. La volonté de changer des choses ne suffit pas, encore faut-il y ajouter du sens...

- Enfin, dernier point en ce qui me concerne et pour ceux qui pensaient que le sync est inutilisable dans notre activité sportive.


Dans Au-delà de la culture, E.T. Hall écrit : "Lorsqu’il y a interaction des individus, soit ils bougent ensemble (totalement ou en partie), soit ils n’ont pas le même rythme et interrompent alors celui des autres participants. Généralement les individus en interaction remuent ensemble dans une sorte de danse, mais ne se rendent pas compte de la synchronie de leurs mouvements et les exécutent sans musique et orchestration consciente." Au Laboratoire d’études pratiques sur le Changement, de nombreuses expérimentations utilisent le sync, amènent à comprendre très concrètement, au plan du sensible, la manière dont la créativité est possible, dès lors que les idividus sur une scène agissent en réagissant les uns aux autres.


Avec mon groupe de 7-11 ans à la section enfants multisports de l’ES Vitry (groupe très hétérogène quant à la composition sociale du public), nous avons utilisé le sync comme élément de départ pour une production collective. Sans savoir réellement où nous voulions aller (le plus extraordinaire est que je ne savais pas moi-même et que je l’ai dit au départ aux enfants) nous avons abouti à une chorégraphie avec une musique au bout de deux séances de 2 heures. Cela s’est fait sans que je n’ai à intervenir sur l’aspect technique de l’activité danse (n’y connaissant absolument rien). Mais nous avons repris les mots essai/erreur - création/imitation, en prenant le temps de nous arrêter pour nous observer les uns les autres et réfléchir ensemble à ce que l’on allait faire dans la séance. Je rajouterai que c’était la première fois que l’on pratiquait de la danse ou plutôt de l’expression corporelle avec ce groupe (et même depuis que je suis animateur). En conclusion de cette expérience, les enfants sont tous capables, même les plus timides. Chacun a son mot à dire, et j’ai beaucoup appris des autres. Et pour finir, je vais partir à la recherche d’outils pédagogiques comme le sync pour aller vers d’autres activités sportives.