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Numéro 13
Inspirations, pratiques et origines du danmyé.
De l’ancien Egypte à la Martinique de nos jours
Par Cristina BERTELLI, Manu ISSAC, Pierre DRU |

"Tous ces chanteurs ont une âme blues martiniquaise...."
Chant, danse, musique, combat, rituel. Pierre Dru décrit et explique le sens souvent plurivoque des pratiques culturelles liées au danmyé à travers une histoire qui se décline au présent. Cet entretien a été réalisé lors de la tournée de l’équipe des
Périphériques vous parlent et de Génération Chaos en Martinique en Juin 1999, et aussi lors de la venue à Paris de 7 danmyetistes participants au colloque "Overflow, geste sportif / geste artistique" que Les périphériques vous parlent ont organisé à l’Université de Paris8 le 4 décembre dernier. Il fait suite à l’article "Monter au tambour" publié dans le n° 10 dans lequel nous présentions cet art martial martiniquais dans ces caractéristiques générales.

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EXTRAIT

(...)
Les périphériques vous parlent : Vous avez des interprétations différentes sur l’origine du mot danmyé. Où en êtes-vous dans vos recherches à ce propos ?

Pierre Dru : A partir de la description que nous ont fait les anciens, nous avons cherché à comprendre le danmyé dans toutes ses formes. La recherche du sens du mot danmyé est très riche. On dit qu’il représenterait une symbolique qui oppose le noir et le blanc, dans le jeu de Dame. On a dit aussi qu’il vient du fait que les travailleurs damaient la terre après avoir creusé les emplacements pour construire les maisons, et qu’ils jouaient ensuite dessus au danmyé. Si on s’en tient à la langue africaine on trouve deux mots : le mot ganm et le mot danm, dérivants de deux familles de langue africaine, qui signifient "initié" [1]. La particule yè désigne le groupe : ceux qui sont danm et/ou ganm ; danmyé voudrait dire alors "ceux qui sont initiés". Cela correspond au sens profond du danmyé, ceux qui se battent au troisième niveau : le "goumen" danmyé.

En créole nous disons ganmé. Quand quelqu’un est ganmé cela veut dire aujourd’hui qu’il est élégant. Or avant, dans la société coloniale, était ganmé celui qui était habillé en blanc, c’était la couleur du coton , le prestige, mais aussi la couleur de l’initié (celui qui officie). Maintenant encore, quand on voit quelqu’un qui est toujours habillé de blanc, on lui dit en créole : "ou se an mantô" (tu est un Mentor). Mentor étant le nom d’un général martiniquais de l’armée française, passé du côté de Toussaint Louverture dans la guerre d’indépendance d’Haïti. Il est employé dans la langue créole pour désigner la puissance, plus particulièrement la puissance occulte, magique, spirituelle. Cette hypothèse n’est pas a négliger car le créole, avec d’autres mots ou des mots transformées, a conservé son sens premier.

Il y a un autre terme qui désigne le danmyé, c’est le mot lagya ou ladja (anciennement écrit laghya). Pour comprendre l’origine de cet mot, il faut partir du syncrétisme des cultures des différents peuples africains qui c’est effectué en Martinique pendant la période esclavagiste.

Il y a eu un syncrétisme noir/blanc, mais on oublie souvent le syncrétisme qui s’est opéré entre les cultures africaines elles-mêmes. Les noirs ont enlevé de leur culture tout ce qui était fortuit, superflu, pour ne sauvegarder que l’essentiel, ce qui leur permettait de maintenir les principes indispensables de vie, donc à l’époque, de résister.

[1Voir Victor Pfouma : L’histoire culturelle de l’Afrique.