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Numéro 16
Miracle à l’italienne
Par Cristina BERTELLI |

L’idée selon laquelle la globalisation économiste transforme progressivement le pouvoir politique en simple courroie de transmission des pouvoirs financiers, se vérifie aujourd’hui à travers l’avènement d’un gouvernement italien à la tête duquel "règne" un homme d’affaires. Ce qui est moins évident, c’est la façon dont l’ultralibéralisme de Berlusconi recycle un certain nombre de valeurs étatistes issues du fascisme pour aboutir à une synthèse idéologique confuse qui pose les bases d’une dictature new-look.

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Extrait

(...) Aux origines du fascisme, forte était la contradiction entre totalitarisme et libéralisme. Ceci précisé, on imagine mal comment dans une Italie acquise aujourd’hui à l’économie de marché la plus débridée en Europe, on peut parler d’un risque de totalitarisme sans incongruité. Et pourtant, justement parce qu’est posée une contradiction apparente entre totalitarisme et libéralisme, il s’agit de percer à jour la singularité de la conjoncture contemporaine afin de comprendre en quoi l’idée d’un totalitarisme politique "nuova maniera" peut prendre corps dans le cadre de la globalisation économique et financière.

Le libéralisme comme doctrine économique prône le libre échange et la capacité des marchés à s’autoréguler. Depuis une trentaine d’années, le néolibéralisme et sa forme agressive : l’ultralibéralisme, se sont imposés partout dans le monde. Ces deux courants ont porté au paroxysme la dérégulation du droit au travail, le libre-échangisme sur les marchés mondiaux, rendus possibles par la limitation du rôle de l’interventionnisme de l’État, cela au nom d’une recherche de profit maximal propre à soutenir le développement d’une économie financière qui subordonne elle-même l’économie réelle et productive. Notre réalité est celle d’un marché mondial déréglementé, libéralisé, compétitif, qui traduit une dictature des marchés financiers, reléguant le pouvoir politique de chaque nation au rang d’auxiliaire d’une gouvernance économique planétaire.

À partir des années 70, le Welfare State, l’État Providence, édifié sur l’idée d’un droit social inaliénable facteur de cohésion sociale, a dû céder du terrain sous le coup des injonctions des politiques néo ou ultralibérales de Tachter et Reagan qui ont contribué au recul des politiques publiques. Peu de pays peuvent aujourd’hui se permettre de prendre leur distance avec les politiques économiques dictées par la libéralisation forcenée des marchés. Mondialisation oblige, la voie est ouverte au grand marché mondial qui détermine aujourd’hui, à différents degrés, les politiques nationales, dont la souveraineté est conditionnée par le respect scrupuleux des critères de convergence et de libre-échange promus par les institutions financières internationales. "La politique des marchés financiers a une intention très précise : transférer progressivement le pouvoir qui dépend de la Nation aux institutions privées qui régentent l’économie mondiale. Dans une économie de plus en plus globalisée, non seulement les États perdent leur pouvoir, mais les marchés locaux avec leurs particularités et leurs spécificités disparaissent, intégrés dans un marché mondialisé où les Marques et Labels de la consommation de masse font la loi. Nous sommes en plein dans le règne des Places fortes Financières, expression qui désigne autant les bourses que les institutions bancaires et financières de tout genre. La société est sous l’influence des intérêts du marché, c’est-à-dire des intérêts privés. À travers le mot d’ordre "moins d’État", on essaye de nous convaincre que dans le meilleur des mondes marchands, les gouvernements nationaux devraient avoir pour unique vocation d’assujettir l’opinion aux vues de l’économisme : faire gagner des parts de marché à son pays. Existe-t-il plus beau patriotisme ?" (...)