Productions
     ACCUEIL LES PERIPHERIQUES VOUS PARLENT RECHERCHER
         
Numéro 33 Web
Chant 1 schizoïde
par Coline Païta

Sommaire

Imprimer

Où es tu totem, étoile, déterminisme, foi ?

Où es tu possédant, animal intérieur, fureur, et mystère ?

Où te tiens tu lové, debout, riant, torturé ?

Patte blanche lacérante déposée sur mon front, glissant de l’échine à la croupe pour déposer l’empreinte d’haleine de forge.

Amarre de chanvre tressée, serrée par la sueur, portée comme un bijou, une arme.

Où te tiens tu caché à l’ombre de mon nom...

Oracle, fatalisme, opale pensante, sous-jascence, mémoire d’abysse, poignée de sable inassouvie, tête ovoïde trépannée où trempe l’hostie les dimanches.

Où reposes tu serres de velours, voix métallique, atavisme, réflexe, continent dérivé, cabale frisant ma volonté.

Dieux des granits tendez vos toiles, il est le moment juste de ma chute, uppercutez à l’estomac que je dégueule mes doutes sur le marbre de vos temples.

Je suis la force immanente, phallus dressé sur les décombres.

Je suis le souffle tombé des steppes qui fait claquer tes vertèbres d’un doigt en te déliant de l’extase.

J’habite l’ennuie inquiet, rappelant à ton cœur le poids juste qu’il a à peser sur ton ventre.

La bouche d’où s’épanche les didascalies, l’éventreur de nation qui charogne les élans intérieurs et polie les civilisations, les codes, les dégouts.

Le temps d’absence et de silence nécessaire pour faire monter l’écume aux commissures de l’indicible.

Te souviens tu alors des pieds que nous avons sciés sur les filins, gardes tu aux aisselles la chaleur de ce qui t’a retenu sans ôter la douleur ? La main qui caresse les cris d’une sourdine familière et te remonte des abîmes en riant...

J’ai un doute vagabond qui teinte chaque chose par capillarité et laisse les mèches de mon crâne s’en dresser de terreur.

Je partage, oh amour -car comment te nommer toi qui me révulse et m’appelle- l’incompréhension mais, faille dans la caverne tiède, me fait plutôt trembler, prostré, quand tu y déverses ta lave colère.

Où cherches tu encore faiblesse inerte, bête aux abois comme un chien veule qu’on aurait tabassé et retabassé jusqu’à lui ancrer le gémissement à la gueule et changé son existence de chair contre le végétal d’une feuille de peuplier hanté par le baromètre.

Dis moi à quel endroit tu tâtonnes pour mettre un doigt dans l’engrenage dès que tu te le sera sorti du cul ?

Octopus amoral, insérant dans les orifices de quoi violer l’intime de mes dogmes, c’est au harpon que je te cherche en suivant la tâche d’huile sombre qui enlise mon vivant comme un nuage charbonneux s’étend au ciel de mon lit.

Tu t’en grignoterai les phalanges d’une vacuité de rongeur, mon cœur d’absinthe, si tu trouvais le tendon à scier, le point à perforer, le cordon à couper pour ma chute, je navigue à tes cimes !

Il est temps de grimper la parole de roche et la paroi de mythe, la parole du tremblement dont la fragilité fait frémir la terre ;

Où es-tu enfleur d’espoir, expectative, infarctus de l’idéal, éclat avorté des étoiles, éclat dissipé et multiple, déssaleur des désirs ?

Qu’incantes tu langue perdu, intuition du marasme, perforateur du langage et performateur du logique, nommeur, quels sont les fruits que tu convoites dans mes déconfitures ?

Colère, colère pour tenter la maîtrise, la vie s’échappe de tes pognes serrées comme une poignée d’eau, larme et colère et grilles qui se rapprochent, et bruissement de craie dans l’oreille résignée. La gorge lacérée de métastase et autres infections du cri.

Reviens, métreur de l’incommensurable, souffleur d’audace, mains pleines de barreaux et de cloques, bouffeur de printemps et nausée de sève.

Reviens fakir des cruautés.

Reviens, j’ouvre les bras.

Viens déborder mes rivages, délaver l’angoisse aux couleurs criardes, noyer les terres où je tiens si longuement le soleil au bout des bras qu’il ne reste qu’une courbature désséchée, un chagrin de l’âge d’or.

Viens mettre le pied dans la friche, dans les lits de rivières endrappés de désordre, ce pas dans les sillons brisés où fraient agonie et délire.

Toi que je tiens si serré parfois que mes mains s’en nouent comme un cep et s’effiloche de cales mortes, que je tiens par force de désespoir et par la queue.

Qu’il pleuve alors entre nous.

Fais moi verser dans ma solitude comme on replie les genoux sur son corps, prêt à porter de l’indécence, main, main encore, main démangée par une facétie absente, une boule de neige, une caillasse...

Et l’angoisse sourde du vent à l’angle des coquillages ?

Coline Païta